Alain Gélinas (à gauche) et Michel Lemay, respectivement président et vice-président de la CAVP.

CAVP: beaucoup de pain sur la planche

Trois-Rivières — Malgré la somme colossale de travail abattue par la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite (CAVP) par les années passées, l’organisme a encore beaucoup de pain sur la planche.

Bien que 8000 permis de construction aient été émis entre 1996 et 2008, période touchée par l’utilisation de la pyrrhotite dans le béton, seulement 4000 propriétaires ont fait tester les fondations de leur maison à ce jour. Or, ces analyses démontrent que la moitié de ces 4000 maisons contenaient de la pyrrhotite.

Ces statistiques font dire à la CAVP qu’entre 3000 et 4000 autres maisons en Mauricie pourraient aussi contenir de la pyrrhotite. Toutefois, aucun test n’a encore été fait par les propriétaires pour le confirmer.

On se souviendra que l’automne dernier, la CAVP avait tenu un sondage auprès des victimes de la région afin de connaître les motifs pouvant expliquer pourquoi autant de propriétaires ne font pas faire ce test.

À peine 200 personnes ont répondu au questionnaire. Malgré toutes les informations qui ont circulé dans les médias au sujet de la pyrrhotite, certains répondants ont indiqué qu’ils n’ont pas fait faire de test parce qu’ils n’ont pas encore aperçu de fissures dans leurs fondations. On sait pourtant que l’apparition des dommages peut prendre de nombreuses années.

Les résultats du sondage confirment d’ailleurs que le tiers des répondants n’ont pas encore fait faire leurs tests de pyrrhotite.

D’autres refusent de faire ce test parce qu’ils n’ont tout simplement pas l’argent pour faire les travaux correctifs. «Il y a encore des gens qui sont dans le déni, qui ne veulent pas voir la chose», constate le président de la CAVP, Alain Gélinas. «Il y a des personnes âgées, là-dedans, qui se sentent complètement démunies par ce gros drame-là», dit-il.

D’autres encore pensent que le procès intenté dans ce dossier est un recours collectif et qu’ils seront couverts automatiquement lors du jugement. Or ce n’est pas le cas du tout, rappelle le président de la CAVP. Chaque personne doit consulter un avocat et intenter des poursuites sans quoi elle ne sera pas dédommagée lorsque le jugement sera rendu.

Rappelons qu’il reste environ trois semaines de représentations devant la Cour d’appel et que le jugement, pour la première vague, sera rendu l’automne prochain. Le résultat déterminera s’il y aura un procès pour la deuxième vague et un autre aussi pour les cas orphelins, soit ceux dont le taux de pyrrhotite est inférieur à 0,23 %, qui sont donc dans une zone grise et qui ne sont pas admissibles  de ce fait à l’aide financière.

Myrabelle Chicoine, qui a pris le leadership du groupe en question, attend d’ailleurs ce jugement avec impatience. «Tous nos dossiers sont déposés», dit-elle. «Est-ce qu’on va aller en cour ou est-ce que ça va se régler hors cour? C’est ça qu’on veut savoir», dit-elle. Une centaine de dossiers ont été déposés, mais Mme Chicoine estime qu’une centaine d’autres pourraient s’ajouter au groupe, «mais les gens n’osent pas trop parce que ça coûte des sous faire les tests et faire un recours individuel», explique-t-elle. Les propriétaires situés dans la zone grise attendent donc le jugement pour établir leur propre plan de match, précise-t-elle.

Pour l’instant, la CAVP n’a pas l’intention de demander de nouveaux fonds pour venir en aide aux victimes de la pyrrhotite. Pas moins de 17 millions $ déjà versés n’ont pas encore été utilisés par les victimes et un montant de 10 millions $ en provenance d’Ottawa sera versé cette année, indique M. Gélinas.

Au moins 150 personnes se sont tout de même manifestées pour bénéficier de cette aide, cette année, précise le président en pressant les autres de ne pas tarder pour se prévaloir de ce soutien financier pendant qu’il en reste encore.

La CAVP souhaite toujours que le gouvernement établisse une norme qui indiquerait à quel taux la pyrrhotite n’occasionne pas de détérioration prématurée du béton. D’ici là, la CAVP souhaite négocier des incitatifs pour les propriétaires qui n’ont pas encore fait leur test.

L’organisme rencontrera sous peu la ministre Lise Thériault pour discuter des principaux enjeux actuels.

La Coalition entend aussi poursuivre ses échanges avec les victimes de la pyrrhotite dans l’État du Connecticut, aux États-Unis, qui pourraient d’ailleurs venir à leur tour de ce côté-ci de la frontière afin de voir comment la région procède pour se sortir de cette crise. La CAVP s’était rendue dans cet État en 2016 afin de partager des informations.