Après avoir fait les manchettes pour son appui au rétablissement de la peine de mort et pour sa sympathie envers Donald Trump, Yvon Deshaies retient l'attention pour des propos tenus avec des adolescents sur le cannabis.

Cannabis: une «mauvaise blague» d'Yvon Deshaies

«J'ai assez hâte qu'ils légalisent. Je vais pouvoir fumer tranquille. Sans me faire achaler. Là, il faut que je me cache. Je me cacherai pu. Dans le bureau du maire, paf!»
Si jamais Yvon Deshaies croyait donner son opinion sur la consommation de cannabis à l'abri des regards, le maire de Louiseville doit maintenant réaliser que les téléphones intelligents sont partout, principalement dans les lieux publics. 
Ces propos du maire ont été tenus durant une discussion à bâtons rompus avec des adolescents lors d'un match de hockey disputé en février à l'aréna de Louiseville. Le Nouvelliste a mis la main sur une vidéo qui a capté les propos assez clairs d'Yvon Deshaies laissant sous-entendre qu'il est lui-même un consommateur de cannabis.
Après avoir confirmé aux adolescents qu'il est candidat à l'élection du mois de novembre, il raconte qu'il attend des compagnies de cannabis à Louiseville (des promoteurs souhaitent construire une usine de cannabis thérapeutique à Louiseville). De fil en aiguille, il exprime sa hâte de voir le gouvernement canadien légaliser le cannabis.
Le maire semble au courant qu'il est filmé (il regarde en direction de la personne qui est en train de capter les images) et ne manifeste aucune réaction négative. Il ne demande pas à la personne de cesser de le filmer et continue à discuter avec le groupe d'adolescents, sans jamais dire qu'il fait des blagues.
«Une mauvaise blague»
Questionné mercredi sur la teneur de ses propos, Yvon Deshaies déclare qu'il a fait une blague. Il convient que celle-ci n'était pas vraiment appropriée, surtout en présence d'adolescents.
«C'est une mauvaise blague. C'est un geste toto de ma part. On rencontre tellement de monde et on dit tellement de choses. Mais si vous avez l'enregistrement, je ne dirai pas que je ne l'ai pas dit», raconte M.Deshaies, qui n'a aucun souvenir de cette discussion.
M. Deshaies raconte que le projet d'usine de cannabis thérapeutique fait beaucoup jaser à Louiseville et que les gens sont nombreux à l'aborder à ce sujet. Il affirme cependant ne jamais dire aux adolescents de consommer soit de l'alcool ou du cannabis.
Parlant de consommation, Yvon Deshaies souligne ne pas prendre de cannabis. Mais si un jour le cannabis devient légal, il ne dit pas non.
«Je vais possiblement en prendre et je vais vous dire pourquoi. Il y a un an, j'ai fait une chute dans le stationnement de l'église (M. Deshaies est sacristain). J'ai eu une fracture à l'épaule. J'ai un nerf complètement déchiré à l'épaule gauche.
Mon docteur ne me conseille pas l'opération, car le résultat n'est pas garanti. Je ne suis pas un consommateur de cannabis, mais avec mon mal, ça me tente. Je pense à faire une demande pour du cannabis thérapeutique. Je ne suis pas un preneux de pilule. Mais tant qu'à prendre des pilules fortes, ça pourrait être du cannabis en joint ou en huile.»
M. Deshaies ne fait pas de cachette concernant son opinion sur le cannabis. Selon lui, ce produit devrait être légalisé pour éviter qu'une personne ait un dossier criminel et risque de perdre son emploi après avoir été arrêté avec un joint.
Si M. Deshaies démontre une ouverture quant à la légalisation du cannabis, il n'est pas encore tout à fait à la page concernant les déclarations faites en public en cette ère de téléphones intelligents et de réseaux sociaux.
«Je ne suis pas dans la mentalité de me faire filmer», avoue M. Deshaies, qui demeure candidat à la mairie de Louiseville en novembre.
Pas un comportement exemplaire
Si Yvon Deshaies s'est mis les pieds dans les plats en tenant des propos avec des adolescents laissant entendre qu'il consomme du cannabis, sa maladresse ne doit pas conduire à une démission pour autant, croit Michel Nadeau.
Le directeur général de l'Institut sur la gouvernance, un centre d'excellence en la matière, estime que le maire de Louiseville a commis un impair comportemental en s'adressant ainsi à des adolescents à propos de ce sujet.
«Un élu est quelqu'un qui a été choisi par les concitoyens pour gérer le bien public. Vous êtes un élu. Vous devez montrer l'exemple que vous respectez la loi, car vous gérez le bien commun. La prudence aurait commandé un peu plus de réserve.
Je comprends qu'il a probablement voulu faire une blague. Devant des jeunes, ce propos n'est pas pertinent. Mais ce n'est pas un comportement qui mérite de le condamner ou de le vilipender, car le cannabis est en voie d'être libéralisé. C'est une question de mois.»
Le fait qu'Yvon Deshaies dit aux adolescents qu'il doit se cacher envoie un mauvais message, ajoute le directeur général.
«Il doit avoir un comportement exemplaire. Le comportement exemplaire commande de dire que le cannabis n'est pas disponible. Dire qu'un élu doit contourner la loi est un comportement qui n'est pas exemplaire. C'est presque un incitatif de dire aux jeunes: «C'est le fun, faites comme moi, fumez en cachette et dans un an ou deux, on n'aura plus de problèmes». 
Le comportement du maire de Louiseville n'est pas souhaitable, selon M. Nadeau, mais d'autre part, ses propos arrivent à une époque où la population fait preuve de plus d'ouverture face à la consommation de cannabis. 
«L'élu devrait attendre que la législation soit adoptée. Il devrait s'excuser en disant que ce n'est pas un comportement exemplaire. Le message à transmettre est de respecter la loi», commente M. Nadeau, en soulignant que le cas d'Yvon Deshaies ne se compare nullement à celui de Rob Ford, l'ex-maire de Toronto qui avait été filmé en train de fumer du crack.