Les professeurs Hugo Germain et Isabel Desgagné-Pénix.

Cannabis: l’UQTR formera les premiers spécialistes

Trois-Rivières — L’Université du Québec à Trois-Rivières a répondu à une demande de l’industrie du cannabis légal en créant, pour sa session d’automne, un nouveau profil d’études sur la biochimie du cannabis et autres drogues d’origine végétale. Pour l’instant, elle est la seule université au Canada à offrir cette formation.

Le professeur Hugo Germain, qui coordonne ce profil avec sa collègue Isabel Desgagné-Pénix, précise que plusieurs entreprises sont déjà à la recherche de personnes formées dans ce domaine. Dans la région notamment, «il y a une grosse entreprise de production de cannabis qui est déjà établie à Louiseville et une autre usine dont la construction va commencer incessamment dans le parc industriel de Trois-Rivières. Il y a également une entreprise dont la construction est déjà commencée dans le parc industriel de Bécancour et il y a une entreprise à Saint-Cyrille-de-Wendover au niveau du chanvre. C’est la plus grosse au Québec au niveau de la transformation», signale-t-il.

Les finissants de l’UQTR qui auront ce profil d’étude n’auront donc pas de difficulté à trouver du travail.

«Le savoir-faire qu’on va développer ici, c’est quelque chose qui pourrait s’exporter. Le savoir-faire qui existe actuellement s’est développé de façon illicite. Les plantes se sont développées de façon illicite, les génotypes également. Il y a énormément de connaissances qui ne sont pas nécessairement basées sur une science qui est très solide et c’est ce qu’on veut changer», explique le professeur Germain.

«Ça fait deux ans qu’on discute avec des entreprises et il n’y a pas de main-d’œuvre. Elles veulent une main-d’œuvre qualifiée qui connaît la plante de cannabis, qui sait comment les métabolites sont produits à l’intérieur de la plante et elle n’existe pas, cette main-d’oeuvre-là», dit-il.

Le profil d’études «cannabis et autres drogues» se concentre tout particulièrement sur le cannabis «qui produit le THC, le CBD (cannabidiol), les métabolites qu’on connaît, de même que le chanvre, qui est légal et cultivé au Québec», explique le professeur Germain.

L’expression «autres drogues», dans l’appellation du profil d’études, vient du fait qu’il s’agit d’un programme de biochimie, «donc on voit les voies de biosynthèse du THC et du CBD, qui sont des molécules connues, mais il y a d’autres drogues produites par les plantes, l’opium par exemple ou la caféine», illustre-t-il.

La professeure Isabel Desgagné-Pénix indique que les plantes n’ont pas que des propriétés médicinales. Elles peuvent également avoir des pouvoirs antimicrobiens, par exemple, à partir desquels on peut faire des produits de nettoyage. D’autres propriétés des plantes permettent également de produire des cosmétiques ou des nutraceutiques. Il y a une panoplie d’applications qui se développent de plus en plus», dit-elle.

La formation permettra donc à la future main-d’œuvre qualifiée de comprendre «comment les plantes, les champignons ou les microorganismes produisent ces molécules-là et quels en sont les effets», explique la scientifique.

«On sait que le cannabis est psychoactif. On en connaît un peu à ce sujet, mais il y a beaucoup de choses qu’on ne connaît pas encore», plaide-t-elle. Certains composés volatils du cannabis pourraient même trouver une place dans l’art culinaire, illustre-t-elle.

Les étudiants auront également à apprendre les voies de biosynthèse des drogues illégales, comme la cocaïne, «parce qu’elles sont connues en partie donc c’est important que les étudiants le sachent», signale le professeur Germain. Leur formation portera toutefois principalement sur le cannabis.

«Il y a plus d’une soixantaine de cannabinoïdes dans le plant de cannabis. Ce sont toutes des molécules qui pourraient avoir des activités biologiques non psychotropes qui sont d’intérêt potentiel pour lesquelles l’industrie nous a contactés», dit-il. «Comment on extrait ça? Ils n’ont pas ces réponses-là présentement. C’est ce à quoi les étudiants vont s’attaquer», explique le chercheur.

L’UQTR recevra un maximum de 32 étudiants, à la session d’automne, à cause de la capacité d’accueil des laboratoires. Une formation collégiale en sciences de la nature est demandée pour accéder à cette formation. Il s’agit d’un baccalauréat en biochimie de 90 crédits, dont 18 crédits sont consacrés au profil cannabis. Parmi les cours, il sera également question de dépendances, de narcotiques, de plantes médicinales et de biochimie végétale.

«On ne vise pas la promotion du cannabis ni à accroître sa consommation», souligne le professeur Germain. L’enseignement ne portera pas non plus sur la culture du cannabis. «On n’est pas une école ou une faculté d’agriculture», plaide-t-il. Six heures seront néanmoins consacrées à la culture de la plante en question «parce que la culture a des effets sur ce que la plante produit», nuance-t-il.

Ce n’est pas par hasard si cette nouvelle formation et les cours de criminalistique qui se donnent à l’UQTR sont dans le même département, indique le professeur Germain. «On a déjà un projet de recherche sur le cannabis. Un étudiant commence en mai un programme de maîtrise coordonné par Frank Crispino», professeur de criminalistique. «C’est un projet avec les services frontaliers, mais je ne peux en dire plus pour l’instant», indique-t-il.

Une demande sera faite à Santé Canada afin que les étudiants, dans les laboratoires, puissent manipuler le cannabis, mais aucune des licences disponibles auprès de Santé Canada ne prévoit l’enseignement, indique le professeur Germain. «Les démarches sont assez longues», dit-il et les étudiants ne manipuleront donc pas de cannabis à la session d’automne.