Annie Gauthier

Cannabis: la prévention, le nerf de la guerre

À moins d'un an de la légalisation du cannabis au Canada, le Québec doit miser sur la prévention afin d'encadrer le mieux la consommation de ce produit.
Philippe Malchelosse
L'importance de faire de la prévention est le message qui sera livré par deux organismes qui participeront jeudi à Trois-Rivières à la journée de consultation régionale sur l'encadrement du cannabis. Le gouvernement québécois a lancé cette vaste campagne de consultation la semaine dernière concernant l'engagement du gouvernement canadien à légaliser le cannabis en juillet 2018. Selon Philippe Malchelosse, la prévention doit contenir un message clair et franc.
«Personne ne pense qu'il y aura une abstinence de consommation. On le sait que c'est là. Il faut parler de ce sujet. Et ça prend un message transparent: dire à un jeune que s'il consomme du cannabis, il va finir avec une seringue dans le bras, ça ne marche pas, car c'est faux. C'est 0,5 % de la population qui consomme du cannabis qui va se ramasser toxicomane. C'est comme si on disait à une personne que si elle prend une coupe de vin, elle va finir alcoolique. Ce qu'il faut, c'est encadrer la consommation: tu ne consommes pas n'importe où, avec n'importe qui, tu ne consommes pas avant un examen, tu ne prends pas ton véhicule si tu as consommé, car c'est une substance qui fait que les gens deviennent amorphes», mentionne M. Malchelosse, directeur général de l'organisme Point de rue de Trois-Rivières.
Annie Gauthier, directrice générale de l'organisme La Relance, croit aussi qu'il faut miser sur la prévention au lieu de la répression.
«On n'est pas contre la légalisation. C'est la banalisation qui nous préoccupe. On va arriver avec une loi difficile à saisir et remplie de nuances. Pour que les gens aient une consommation responsable, il faut une campagne de prévention pour sensibiliser nos jeunes aux risques. On veut leur rappeler que s'ils consomment, qu'ils le fassent de façon responsable: ne pas prendre la voiture, ne pas faire de mélange, se trouver dans un milieu sécuritaire. Si le jeune est en peine d'amour et se retrouve en compagnie de nouveaux amis, ce n'est peut-être pas le moment idéal de consommer», raconte la directrice générale de ce centre d'expertise en dépendances du secteur Nicolet-Bécancour.
Les deux dirigeants vont déposer un mémoire à Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie. Le mémoire de Point de rue recommandera au gouvernement québécois que le cannabis soit vendu par une société d'État, que le taux de THC (la substance psychoactive du cannabis) soit indiqué sur le cannabis vendu et que l'argent récolté par cette société d'État soit réinvesti en santé et en services sociaux. M. Malchelosse croit que cet argent doit servir à traiter la dépendance et à offrir du soutien aux familles.
«On sait que dans des pays où le cannabis est légalisé, il reste un marché noir. Un enjeu important est que le prix de vente du cannabis légal soit plus bas que celui du marché noir, ce qui semble une bonne façon d'inciter les gens de le prendre dans un système où il y a un contrôle du produit», ajoute M. Malchelosse.
Point de rue désire que toute promotion ou publicité du cannabis soit interdite, comme c'est le cas pour les produits du tabac. La Relance fera la même recommandation à la ministre Charlebois et propose qu'on remplace la formulation de consommation de cannabis à des fins récréatives par consommation responsable et encadrée du cannabis.
«Si on veut protéger nos jeunes, la nature du message est importante, car ils vont juste garder l'aspect récréatif. Et on veut que l'usage du cannabis en public soit plus restreint que l'usage du tabac. Pensez à deux fumeurs (de cannabis) et deux non-fumeurs dans une voiture. C'est quelque chose de préoccupant. 
Si une personne veut fumer un joint à sa pause, c'est préoccupant pour un employeur», indique Mme Gauthier, qui souligne l'importance de miser aussi sur le financement nécessaire pour lancer des campagnes de prévention dès janvier prochain.
Lise Lebel
Lise Lebel déposera un mémoire
Lise Lebel, de la Fondation Katerine Beaulieu, sera également de la rencontre jeudi. Elle préfère demeurer discrète sur le contenu du mémoire jusqu'à son dépôt, mais ne se cache pas pour manifester son opposition à la légalisation du cannabis.
Celle qui a perdu sa fille en 2010 à la suite d'un accident de voiture causé par une personne en état d'ivresse confie que son mémoire contient des pistes pour que la consommation de cannabis se fasse dans les moins mauvaises dispositions. Elle craint toutefois les impacts sociaux et les drames que cela peut engendrer.
«Mon point de vue est très direct: une personne qui consomme de l'alcool ou de la drogue risque la vie de quelqu'un si elle prend le volant. Pour l'alcool au volant, c'est tolérance zéro pour les jeunes. Mais ils s'intoxiquent au cannabis, car les policiers ne sont pas équipés pour détecter ça. La substance est déjà là et on va leur faciliter l'accès.»
Mme Lebel s'explique mal que le gouvernement canadien banalise la consommation d'une substance qui comporte des risques réels pour la santé.
«Ça me dérange. On est dans une société qui chiale parce qu'on sert des frites aux enfants dans les écoles, mais on va leur mettre une substance comme celle-là entre les mains. C'est illogique.»
Le Centre de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec présentera un mémoire. Le document fera état de certaines préoccupations en matière de santé et proposera des pistes de recommandations afin de faire face à la légalisation.
La journée de consultation aura lieu à l'hôtel Gouverneur. Les représentants d'organisations pourront se faire entendre en après-midi, alors que les citoyens pourront échanger à compter de 18 h.