Cannabis: des députés pour la décriminalisation

Alors que le député libéral de la région défend les vertus de la légalisation de la marijuana au Canada, les députés de l'opposition s'entendent sur l'importance de la décriminalisation.
Ruth Ellen Brosseau
«Notre parti demande depuis longtemps de décriminaliser la marijuana. On trouve que ça n'a pas de sens qu'on envoie des personnes, des jeunes en prison pour quelque chose qu'on va bientôt légaliser», a fait savoir la députée néo-démocrate de Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau.
Celle-ci dit être en attente de voir le projet de loi pour légaliser le cannabis. «La première étape à faire, c'est de décriminaliser la marijuana et après, aller de l'avant», croit-elle.
Même son de cloche du côté du député bloquiste de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon. «On aurait dû y aller par étape avec d'abord la décriminalisation. J'ai encore des gens qui viennent au bureau et qui se font interdire d'entrer aux États-Unis, alors qu'ils ont un dossier pour consommation personnelle, possession d'un joint en 1968», fait-il remarquer.
En principe, le vétéran à la Chambre des communes se dit favorable à la légalisation de la marijuana, tout comme son parti. «On l'a fait pour l'alcool. En autant que c'est l'État qui le contrôle. Ç'a été ça pour la boisson et le jeu. Quand on a enlevé d'entre les mains du monde interlope les machines à jeux, c'est l'État qui profite d'un milliard», souligne-t-il.
Toutefois, celui-ci verrait d'un mauvais oeil que la marijuana soit contrôlée par la SAQ. Le député du Bloc suggère plutôt les pharmacies qui, selon lui, pourraient prodiguer des conseils médicaux pour la consommation de pot, au même titre que la SAQ éduque les gens à bien boire.
«Ça pourrait être voté au printemps sur le principe, mais après cela, la mise en application ne pourrait pas se faire avant fin 2018. Il va y avoir bien des modalités», soutient le parlementaire expérimenté.
À son avis, le rapport qui fut déposé est très intéressant, avec ses 68 recommandations. «Certaines font rire un peu comme celle limitant à quatre le nombre de plants de pot par maison», se plaît à relever celui qui se montre inquiet face à la marijuana d'aujourd'hui comparativement au «pot des années peace and love».
Francois-Philippe Champagne
Pour sa part, le député néo-démocrate de Trois-Rivières, Robert Aubin, dit avoir davantage de questions que de réponses à ce sujet. «Ce qui m'apparaît clair et confus de la part des libéraux, on a parlé d'une légalisation rapide pendant la campagne, et un an plus tard, on a à peine avancé. D'un côté de la bouche, on dit qu'on va légaliser la possession simple de cannabis et de l'autre côté, on continue de faire des dossiers criminels à des gens qui sont pris pour possession simple ou à n'importe quel adolescent qui fait une expérience d'un joint. Ça me pose problème sérieusement», confie-t-il.
D'où son opinion voulant que «l'étape qui aurait été logique et qui est celle où moi je me situe présentement, c'est celle de la décriminalisation». «Je ne vois pas comment se fait-il qu'on monterait un dossier criminel à un jeune qui est pris pour possession simple ou qui a fait une expérience de pot et qui mettrait de sérieuses embûches à d'ambitions futures de voyage ou de carrière à l'extérieur du pays alors qu'on a promis la légalisation. Il me semble que la première étape qui aurait pu être faite rapidement, cela aurait été au moins celle de la décriminalisation», affirme M. Aubin.
C'est sans compter que pour lui, la légalisation est encore problématique, entre autres, «parce qu'il y a plein de questions qui demeurent sans réponse, notamment sur les teneurs en THC». «Le joint de pot qui se fumait alors que j'étais adolescent et celui qui se consomme aujourd'hui a passablement changé», signale le député trifluvien.
Celui-ci dit douter que la marijuana sera moins accessible par sa légalisation et craint que le crime organisé se réorganise en offrant des drogues plus fortes. «Et pour l'alcool, on détient les moyens de vérifier si les conducteurs conduisent en état d'ébriété alors que pour des conducteurs qui auraient consommé du cannabis, je ne sais pas encore quel est l'instrument par lequel on va mesurer ça et empêcher ces gens-là de prendre la route. Si l'alcool, c'est criminel au volant, j'imagine bien que le cannabis doit l'être aussi», poursuit M. Aubin.
Même s'il dit avoir très hâte de voir le projet de loi et ce qu'il contient, ce dernier n'en démord pas: «la priorité aurait été d'au moins procéder à la décriminalisation pour être cohérent entre le discours de la campagne électorale et un éventuel projet de loi à venir».  
Pour le député libéral de Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne, la légalisation vise à s'assurer que le cannabis ne soit pas accessible aux jeunes. «En termes de santé publique, de sécurité publique, on veut s'assurer que ces substances-là n'arrivent pas dans les mains des jeunes, que la production soit réglementée et qu'on enraye le crime organisé autour de ça», conclut celui dont le gouvernement est «en train de regarder la question pour voir ce qu'il y a de mieux à faire».
La différence entre légalisation et décriminalisation
La légalisation d'une substance et de ses sous-produits, dans le présent cas la marijuana, consiste à retirer sa production, sa distribution et sa consommation du Code criminel. Elle permettrait l'encadrement de sa production, un contrôle de la qualité et la création d'un réseau encadré de vente et de distribution. Dans le cadre d'une décriminalisation, la substance resterait interdite, mais sa possession serait punie par des amendes au lieu d'accusations criminelles.