La littérature scientifique tend à démontrer que la consommation de cannabis chez les parents a des effets néfastes sur les interactions qu’ils ont avec leurs enfants, mais est peu étoffée et présente des failles, ce à quoi veut remédier un groupe de chercheurs de l’UQTR.

Cannabis: des chercheurs de l’UQTR se penchent sur les effets sur les parents

TROIS-RIVIÈRES — Il existe très peu d’études sur les impacts de la consommation de cannabis sur le comportement des parents envers leurs enfants. C’est ce qui est ressorti d’une revue de la littérature menée par un groupe de chercheurs de l’UQTR, qui souhaite maintenant mieux développer les connaissances scientifiques sur ce sujet.

Dans leur article publié dans le Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, les chercheurs du Centre d’études interdisciplinaire sur le développement de l’enfant et de la famille (CEIDEF) ont recensé moins d’une douzaine d’études sur les impacts de cette substance sur les comportements et les interactions qu’ont les parents avec leurs enfants. Un nombre qui les inquiète, puisque si ces études tendent à montrer que la consommation de cannabis a des effets néfastes, comme l’affirment d’ailleurs des publications gouvernementales, notamment celles de Santé Canada, plusieurs médias traditionnels et électroniques tendent à affirmer le contraire, affirme Nicolas Berthelot, professeur au département des sciences infirmières et membre du CEIDEF.

«On s’aperçoit que beaucoup d’articles valorisent la consommation de cannabis chez les parents: on donne la parole à des parents qui nous disent que le fait de consommer, ça les rend plus sensibles, plus chaleureux, plus à l’écoute de leur enfant, qu’ils peuvent mieux jouer avec lui dans ces moments-là, et que ça les rend plus disponibles, énumère le chercheur. C’est un langage tout à fait particulier, c’est rare que l’on entende par rapport à des substances, quelles qu’elles soient, qu’elles nous rendent de meilleurs parents.»

Le petit nombre d’études menées sur la consommation de cannabis et la parentalité fait toutefois en sorte qu’il est difficile d’établir leur validité, reconnaît M. Berthelot. Par ailleurs, les chercheurs remarquent plusieurs failles dans ces études, notamment le fait qu’elles ne mentionnent pas si les parents qui y ont participé présentent d’autres problèmes concomitants qui pourraient également affecter leur façon d’interagir avec leurs enfants.

Le CEIDEF a donc démarré un projet de recherche sur le sujet, en commençant par mener un sondage auprès de parents d’enfants âgés de moins de 13 ans et ayant consommé du cannabis au moins une fois dans la dernière année. Les chercheurs veulent savoir dans quel contexte a lieu leur consommation, mais également s’ils présentent d’autres facteurs de risque qui pourraient expliquer les difficultés qu’ils ont à interagir avec leur enfant, le cas échéant.

«On s’aperçoit avec nos données préliminaires qu’à peu près toutes les mères qui ont consommé pendant la grossesse sont des femmes qui présentent aussi d’autres facteurs de risque, qui ont vécu des choses très difficiles dans leur vie. Alors même quand on retrouve des effets néfastes de la consommation de cannabis, est-ce vraiment le cannabis qui est néfaste ou est-ce que ce sont ces facteurs qui s’accumulent? On en connaît très peu et on veut voir avec des données plus objectives ce qu’il en est vraiment», explique M. Berthelot.

Cette première étape de recherche vient de s’amorcer et le sondage sera mené pendant quatre à six mois. Il s’agit cependant d’un projet à long terme, qui pourrait donc aboutir sur d’autres phases, indique M. Berthelot.

Le sondage est anonyme et peut être rempli en ligne au https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw030?owa_no_site=2059&owa_no_fiche=73.