Campagne électorale fédérale: ça se passe à Trois-Rivières...

TROIS-RIVIÈRES — Oui, c’est à la résidence de la gouverneure générale Julie Payette à Ottawa que le premier ministre du Canada Justin Trudeau déclenchera (enfin) mercredi la campagne fédérale. Mais c’est plutôt à Trois-Rivières que l’effet se fera sentir en premier avec la venue du chef conservateur Andrew Scheer qui y tiendra son premier rassemblement électoral.

Ça veut tout dire sur l’importance qu’il accorde non seulement à cette circonscription, mais surtout à son candidat vedette, Yves Lévesque. Celui qui avait quitté son poste de maire pour des raisons de santé il y a à peine quelques mois a visiblement repris du poil de la bête. Avec une telle attention de la part de son chef, il peut aspirer en toute légitimité à un poste de ministre dans un éventuel cabinet Scheer...

Si l’ancien premier magistrat sera tenté de jouer la carte du pouvoir pour se faire élire, le député sortant du NPD, Robert Aubin, s’affaire plutôt à démontrer l’utilité d’un député dans l’opposition.

Par exemple, son comté a reçu des investissements fédéraux de plus de 109 millions de dollars entre 2015 et 2018, en lien avec 609 projets financés, alors que la circonscription libérale de Thérèse-de-Blainville n’aura bénéficié que de 18,5 millions de dollars pour le financement de 112 initiatives.

Et même ses 469 interventions en chambre, malgré qu’il soit dans la deuxième opposition, surpassent les 282 répertoriées pour le député de l’opposition officielle Joël Godin et les 77 attribuées au membre du gouvernement libéral, Ramez Ayoub.

En point de presse mardi, il n’a pas manqué de rappeler ses 35 interventions au sujet du train à grande fréquence, les 26 autres concernant la Ville de Trois-Rivières et les 22 autres dans le dossier de la pyrrhotite. Même que, dit-il, s’il a renoncé à la mairie de Trois-Rivières, c’est pour ne pas abandonner les 783 dossiers toujours actifs à son bureau. Et comme vice-président du Comité permanent des transports, de l’infrastructure et des collectivités, il n’est pas peu fier d’avoir fait adopter unanimement sa proposition de moderniser les lettres patentes des ports canadiens pour permettre à ceux-ci d’utiliser leurs infrastructures de manière plus diversifiée. Ironiquement, c’est au port de Trois-Rivières que le navire conservateur sera mis à l’eau...

Et cette fois, pour rester dans le thème maritime, Robert Aubin sera loin de profiter d’une vague comme celle de 2011 pour être élu. D’ailleurs, si Jack Layton était un atout il y a huit ans, ce n’est pas le cas de Jagmeet Singh. Pas étonnant que le député sortant préfère parler d’une bataille de candidats dans Trois-Rivières...

Or, celle-ci ne manquera pas d’intérêt. Un représentant néo-démocrate bien ancré qui essaie de faire mentir les sondages défavorables, un premier magistrat bien connu qui veut faire le saut sur la scène fédérale, mais au sein d’un parti peu populaire dans les régions francophones, et ce, contre une ancienne collègue (lire dauphine) au conseil municipal, Valérie Renaud-Martin, qui, inexpérimentée, a toutefois l’avantage de porter les couleurs d’une formation actuellement en avance dans l’opinion publique.

Et comme si cela ne suffisait pas, il y a le Bloc québécois qui peut jouer les trouble-fête. Par contre, la candidate Louise Charbonneau fut choisie de justesse (50,7 %) par les militants lors de l’assemblée d’investiture, au détriment de celle qui était davantage connue, Louise Chabot. Reste à voir si les troupes bloquistes sauront faire fi d’un tel déchirement. De toute façon, il aurait fallu un certain Yves-François Blanchet pour faire le poids.

Seul autre point d’intérêt dans la région: le sort qui sera réservé à la députée sortante du NPD dans Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau. Avec une formation politique en chute libre, elle ne peut miser que sur sa popularité personnelle pour survivre.

«J’ai appris mon rôle de députée en même temps que j’ai appris à connaître les citoyens et leurs histoires. Je pense être mieux outillée que jamais pour servir leurs intérêts. J’ai toujours donné le meilleur de moi-même pour aider les gens de ma circonscription et j’espère avoir le privilège de poursuivre le travail que j’ai amorcé avec eux», a-t-elle fait savoir. Les paris sont ouverts dans ce comté.

Car, ailleurs, les jeux sont faits, ou presque. Ce n’est pas pour rien que le NPD n’a pas de candidats dans Bécancour-Nicolet-Saurel et Saint-Maurice-Champlain. Dans le premier cas, on voit mal qui peut réussir à déloger le bloquiste Louis Plamondon, qui sollicite rien de moins qu’un onzième mandat! Et dans le second, le libéral François-Philippe Champagne est aussi solide que le rocher de Grand-Mère. Non seulement peut-il dormir tranquille pour sa réélection et un autre poste de ministre dans un gouvernement Trudeau, mais une défaite de son parti pourrait lui ouvrir la voie toute grande à la chefferie. Car, de toute évidence, c’est le Jean Chrétien de demain.

Oui, c’est vrai, le Parti vert du Canada est présent dans les quatre circonscriptions de la région et le Parti populaire de Maxime Bernier a réussi à dénicher des candidats dans Berthier-Maskinongé et Bécancour-Nicolet-Saurel.

Mais il ne faut pas se faire d’illusions, la campagne électorale fédérale 2019, ça se passe à Trois-Rivières...