Joëlle Boucher Dandurand et Nicole Hamel, respectivement coordonnatrices du CALACS de Trois-Rivières et du CALACS Entraid'Action.

CALACS: des victimes d'agression sexuelle sur une liste d'attente

Les femmes et les adolescentes victimes d'agression à caractère sexuel qui veulent entreprendre un processus de guérison doivent s'armer de courage. Si elles frappent à la porte du Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), leur nom sera couché sur une liste d'attente et elles devront prendre leur mal en patience pendant plusieurs mois. Même si le CALACS de Trois-Rivières enregistre une augmentation des demandes d'aide reçues à ses bureaux, les ressources financières et humaines dont il dispose ne suivent tout simplement pas la même courbe ascendante.
«Avec les ressources dont nous disposons actuellement, nous devons inscrire les nouvelles demandes d'aide sur une liste d'attente. En ce moment, c'est plus d'une vingtaine de femmes qui attendent d'avoir un suivi. Elles sont prêtes à entreprendre un cheminement, mais nous sommes dans l'obligation de leur demander d'attendre plusieurs mois avant de recevoir l'aide d'une intervenante. C'est déjà difficile pour certaines femmes de demander de l'aide, alors les délais d'attente sont un obstacle supplémentaire au dévoilement de leur agresseur. D'habitude, quand les femmes sont prêtes à entreprendre une telle démarche personnelle, à parler de leur vécu, pour nous il y a urgence d'agir», signale Joëlle Boucher Dandurand, coordonnatrice au CALACS de Trois-Rivières.
Pour les femmes ainsi mises en plan, les conséquences sont désastreuses, car non seulement les six employées du CALACS trifluvien les accompagnent dans une véritable démarche de guérison, mais de surcroît elles leur permettent de reprendre un certain pouvoir sur leur vie. 
«Entre nous, on appelle les femmes qui ont été victimes d'agression ''les survivantes'', parce qu'elles survivent à un événement traumatisant. Ce qu'on tente de faire, c'est leur donner des outils pour qu'elles arrêtent d'être en survie et qu'elles recommencent à vivre, qu'elles retrouvent une qualité de vie et un certain équilibre de vie. Autant de victoires possibles seulement après avoir reçu un suivi.»
D'autant plus que la réalité des femmes victimes d'agression sexuelle tend à se complexifier. Au CALACS, on note que la violence est souvent la pointe de l'iceberg et que les femmes rencontrées vivent de multiples problématiques qui se manifestent sous des formes différentes, comme: la toxicomanie, l'urgence suicidaire, l'itinérance et/ou des problématiques en santé mentale. Cette complexité exige une priorisation dans les services proposés, donc plus de temps d'intervention de la part des intervenantes. «On se questionne beaucoup sur la croissance du nombre de femmes qui cumulent diverses problématiques. Dans l'ensemble du milieu communautaire de Trois-Rivières, on constate cette complexité de la clientèle rencontrée.»
Si elle espère que ce manque de ressources humaines ne décourage pas les femmes victimes d'agression sexuelle à se référer aux services du CALACS, Mme Boucher Dandurand n'en cache pas moins que la situation financière de l'organisme est à rebours des demandes d'aide constatées sur le terrain.
«Le problème, c'est un manque d'argent. On aimerait avoir plus d'employées mais, pour l'instant, c'est impossible. Même si, durant la dernière année, nous n'avons pas eu de baisse dans notre financement, la dernière indexation de 0,9 % [octroyée par l'Agence de la santé et des services sociaux] a été moindre que nos prévisions, basées sur les promesses du gouvernement précédent de rehausser le financement à la mission des organismes communautaires. On est très déçue», se désole la coordonnatrice.
Une réalité semblable
Le CALACS Entraid'Action du nord de la Mauricie, qui dessert un vaste territoire s'étendant de Shawinigan à La Tuque, accuse une réalité semblable. S'il n'a pas encore inscrit de femme sur une liste d'attente, ses trois intervenantes peinent à répondre aux nombreuses demandes qu'il reçoit.
«Nous n'avons pas de liste d'attente, mais nous ne réussissons pas à être présentes dans le milieu autant que nous le souhaiterions. Par exemple, à La Tuque, notre intervenante est présente uniquement une à deux fois par mois, alors qu'il y a du travail pour beaucoup plus que ça. Nous sommes donc obligées de restreindre nos actions parce que nos ressources humaines sont insuffisantes», précise la coordonnatrice Nicole Hamel. 
L'organisme doit donc s'adapter aux ressources disponibles et non pas ajuster ses ressources au gré des demandes existantes. 
«Nous tentons de répondre à certains besoins, mais chose certaine nous ne parvenons pas à répondre à tous les besoins. Sans compter le volet prévention et sensibilisation que nous devons trop souvent mettre de côté. La sensibilisation est très importante, car plus on parle des problématiques liées aux agressions à caractère sexuel, plus on réussit à en réduire les conséquences et faire tomber les obstacles au dévoilement des agresseurs.»
Journée de sensibilisation
Pour contrer la violence sexuelle faite aux femmes, les CALACS de la Mauricie convie toute la population à la première édition de son activité placée sous le thème Courir pour agir... contre l'inceste!, qui aura lieu le 20 septembre au pavillon Maurice-Pitre du parc Laviolette de Trois-Rivières. 
S'inscrivant dans le cadre de la journée nationale d'action contre la violence sexuelle faite aux femmes, cet événement vise à sensibiliser la population aux différents aspects de cette problématique sociale. 
Les personnes intéressées à participer soit à la course de 5 km, soit à la marche de 1,5 km doivent préalablement s'inscrire en visitant le site Internet des CALACS de Trois-Rivières ou de Shawinigan. Le coût d'inscription est de 10 $. 
Chaque participant recevra un maillot à manches courtes à l'effigie de la course. Les deux organismes profiteront de cette rencontre pour faire le tirage d'une oeuvre d'art gracieusement offerte par l'artiste trifluvienne Joan Lefebvre.