Il faut vraiment qu’il se passe quelque chose d’exceptionnel pour qu’il n’y ait pas de cabanes à patates sur la 5e Rue de la Pointe en avril. Guy Beaudoin annonce que la grande ouverture se produira enfin le 7 mai.
Il faut vraiment qu’il se passe quelque chose d’exceptionnel pour qu’il n’y ait pas de cabanes à patates sur la 5e Rue de la Pointe en avril. Guy Beaudoin annonce que la grande ouverture se produira enfin le 7 mai.

Cabanes à patates: l’année du printemps suspendu

Shawinigan — Non seulement la COVID-19 empiète-t-elle sur notre liberté, mais elle a aussi volé un rituel printanier cher aux Shawiniganais.

Habituellement, à ce moment de l’année, les cabanes à patates de la 5e Rue de la Pointe tournent à plein régime. Une grosse poutine par-ci, deux hot-dog steamés par-là. Ce continuel va-et-vient contribue à l’animation du centre-ville.

Rien de tout cela cette année. Guy Beaudoin avait prévu mettre fin à l’hibernation de ses célèbres roulottes le 19 mars. Avec les mesures de distanciation physique suggérées par le gouvernement du Québec, il a préféré se mettre sur pause pour une période alors indéterminée.

Des clients déçus lui ont suggéré d’offrir un service de livraison, mais il n’a pas cédé à la tentation.

«Je sais que des restaurants se sont lancés là-dedans», relate M. Beaudoin. «Mais quand t’as jamais fait de livraison de ta vie, les gens ne sont pas portés à t’appeler. Ceux qui ont commencé ça m’ont dit de ne pas m’embarquer là-dedans, que ça ne valait pas la peine. Ma structure n’est pas faite pour ça.»

En 35 ans dans le milieu, Guy Beaudoin n’avait évidemment jamais connu une crise pareille. Avant ses acquisitions sur la 5e Rue de la Pointe, il possédait la Crêperie de Flore.

«Je ne pensais jamais vivre ça», raconte-t-il. «Je trouve le temps long, mais je trouve ça encore plus dur pour mes employés.»

Le suspense achève, puisqu’il vient de décider qu’il ouvrira finalement ses deux roulottes le 7 mai, juste à temps pour que les mamans puissent se gâter à la fête des Mères...

«J’ai discuté avec Santé Canada et on m’a avisé que si les employés portaient une visière, on pourrait être deux ou trois dans la roulotte sans problème», se réjouit-il.

Évidemment, dans un lieu de travail aussi exigu, la distanciation recommandée de deux mètres demeure une mission impossible.

«Ils nous disent de faire attention pareil, mais avec les visières et le lavage de mains à chaque transaction, il n’y aura pas de problème», croit M. Beaudoin. «Un employé tout seul dans la roulotte, ça aurait été l’enfer! On n’aurait pas pu donner un bon service.»

Cette reprise d’activités ajoutera un peu de couleurs au centre-ville. Grand marcheur, Guy Beaudoin reconnaît qu’il a dû répondre à un nombre incalculable de personnes depuis le début du printemps qui se demandaient quand pourraient-elles déguster les fameuses frites.

Les employés devront se couvrir une partie du visage, mais les clients devront aussi s’ajuster. Attendez-vous à voir un marquage sur le trottoir en guise de repère pour respecter le fameux deux mètres entre chaque personne.

«Nous allons mettre des lignes, nous installer le mieux possible, mais on ne mettra pas la police après le monde», convient M. Beaudoin.

Ce dernier ne prévoit toutefois pas rendre ses tables à pique-nique accessibles à court terme.

Impact

Guy Beaudoin sait qu’il sèmera un peu de bonheur à l’ouverture de ses cabanes à patates. Pour le moment, disons que ça ne se marche pas trop sur les pieds au centre-ville.

«Quand il fait beau, il y a un peu de monde de 13 h à 15 h 30», observe-t-il. «Les gens marchent. Mais à part ça, il n’y a pas de monde. Le soir, on dirait qu’une bombe atomique est tombée! Il n’y a pas un chat.»

Plusieurs commerces sont fermés et des employés de bureau privilégient le télétravail. Les lendemains risquent de faire mal, craint l’homme d’affaires.

«Regarde l’été prochain: les spectacles (à la Place du marché) sont arrêtés, les festivals sont annulés, même le Festival western de Saint-Tite... Ça va faire mal à toute la région. La Cité de l’énergie, ça m’amène pas mal de monde d’habitude. Je ne m’attends pas à battre de records cet été!»