Hélène David a été accueillie par Daniel McMahon, recteur de l'UQTR.

«Ça suffit», clame la ministre David

Trois-Rivières — Un conseil spécial des ministres, qui était prévu depuis quelques jours, s’est tenu mardi soir à Québec afin de discuter notamment du cas de l’Université du Québec à Trois-Rivières dont les professeurs sont toujours en lock-out. Aucune nouvelle n’a toutefois transpiré de cette réunion en soirée.

Pendant ce temps, toutefois, l’Association générale des étudiants de l’UQTR a tenu une assemblée générale spéciale à laquelle 110 étudiants ont voté, soit moins de 1% des membres. L’AGEUQTR ne prendra finalement pas publiquement la parole pour appuyer les professeurs puisque 53 étudiants ont voté contre une résolution condamnant le lock-out et demandant sa levée immédiate et 50 ont voté en faveur. Il y a eu 7 abstentions selon le professeur Jason Luckerhoff, porte-parole des professeurs, qui a suivi le vote. Ce dernier a indiqué que «les professeurs comprennent que la situation est complexe et que les étudiants, victimes d’une situation qu’ils n’ont pas choisie, ne se sentent pas à l’aise de prendre position.»

C’est en véritable héroïne que les professeurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières ont accueilli la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, mardi matin, à l’entrée de l’UQTR, en formant une haie d’honneur et en l’applaudissant. La ministre a profité de l’occasion pour échanger quelques paroles avec certains, s’attarder aux bébés dans les poussettes et serrer des mains.

Mme David n’était toutefois pas venue annoncer une loi spéciale, une mise en tutelle de l’UQTR, la fin du lock-out ou le congédiement du recteur et de son conseil d’administration. Elle a simplement réitéré qu’elle veut la fin du lock-out.

N’ayant visiblement pas ébranlé les colonnes du temple en servant un ultimatum à la direction de l’UQTR, il y a quelques jours, la ministre a indiqué: «On est en train de regarder toutes les avenues qui s’offrent à nous. On vous le dira lorsqu’on aura retenu l’avenue qui est la meilleure pour mettre fin au lock-out.»

La ministre a aussi été interrogée en Chambre, mardi après-midi, par le député de Nicolet-Yamaska, Donald Martel à qui elle a répondu que «toutes les options sont sur la table.»

Le porte-parole des professeurs, Jason Luckerhoff, a indiqué au Nouvelliste, mardi, que les professeurs ne veulent toutefois pas de loi spéciale, mais seulement la levée du lock-out et une négociation de bonne foi.

Le Syndicat ne croit pas qu’il s’agisse d’une avenue intéressante puisque la détermination des conditions de travail des professeurs serait alors laissée entre les mains de l’arbitre.

Même si les deux parties ont annoncé publiquement, lundi, qu’elles étaient prêtes à retourner en négociations dès mardi, ce qu’elles ont d’ailleurs fait, la ministre David a été catégorique: «Je ne veux plus de lock-out, c’est clair. La négociation va devoir continuer. Il faut que ça se fasse dans une atmosphère sereine», a-t-elle martelé.

Mardi, le Syndicat a à nouveau demandé la levée du lock-out, ce qui a été refusé. «Le Syndicat a fait des propositions et retourne demain (mercredi) en médiation pour continuer le processus de négociation», a indiqué le professeur Luckerhoff au Nouvelliste.

Mme David a ajouté que si le bien de l’UQTR «doit passer par des mesures exceptionnelles, ça va passer par des mesures exceptionnelles. Nous allons regarder tout ce qui est en notre pouvoir au gouvernement pour agir.»

«Je pense qu’on est rendu à l’expression ça suffit. Ça veut dire qu’après 14 jours, aujourd’hui, on pense que le lock-out doit être levé», dit-elle.

Mme David a rencontré les étudiants, les professeurs ainsi que le recteur, Daniel McMahon. «On ne s’est pas dit grand-chose. Ça a duré moins de cinq minutes», a-t-elle indiqué. «On s’était dit beaucoup de choses dans les derniers 14 jours et je comprends qu’il a sa vision des choses et moi j’ai la mienne», dit-elle.

C’est que le recteur a récemment plaidé, devant les médias, qu’il avait été mis en poste à l’UQTR par le gouvernement libéral pour assurer une saine gestion et redresser les finances de l’Université et qu’il n’était pas question pour lui de laisser en place la clause ascenseur sur l’embauche de professeurs qu’il juge tout simplement intenable sur le plan financier. 

La ministre croit pour sa part que deux choses devraient calmer le jeu, soit la nouvelle politique de refinancement des universités qui est très généreuse envers l’UQTR et l’autorisation qu’a l’UQTR de redresser ses finances en huit ans au lieu de cinq ans. «C’est comme votre hypothèque. Si c’est huit ans, vous payez moins cher qu’en cinq ans», plaide la ministre sans toutefois évoquer le coût des intérêts provoqués par le prolongement d’un endettement. Or, c’est justement ce qui sépare, dans ce conflit, la ministre David et l’administration du recteur McMahon. Lors d’un point de presse tenu lundi, ce comptable de profession s’est montré nettement en défaveur d’un étalement encore plus long du déficit qui affecte déjà grandement l’Université. Le recteur a dit plaider en faveur d’une saine gestion financière qu’il juge plus profitable pour l’avenir de l’Université.

Pour la ministre, cette mesure, de même que la nouvelle politique de refinancement des universités représentent «deux outils majeurs qui devraient permettre d’en arriver à un dénouement. Le réinvestissement historique de 5,6 % dans les universités, dit-elle, permet à l’UQTR d’avoir un nouvel apport d’argent de 15,8 % supplémentaire dans son budget d’ici cinq ans.»

Notons que la plainte déposée au Tribunal administratif du travail par le Syndicat après que le dernier dépôt patronal eut été envoyé aux professeurs sans passer par le Syndicat a été entendue mardi. Le jugement a été pris en délibéré.