Karine Petitclerc-Lapointe, coordonnatrice à Revitalisation des quartiers Saint-Marc - Christ-Roi, doit mettre fin aux activités de l’organisme d’ici deux semaines.
Karine Petitclerc-Lapointe, coordonnatrice à Revitalisation des quartiers Saint-Marc - Christ-Roi, doit mettre fin aux activités de l’organisme d’ici deux semaines.

Ça sent la fin pour l’organisme Revitalisation des quartiers Saint-Marc - Christ-Roi

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Les témoignages de solidarité qui se sont exprimés lors du cri du cœur lancé par l’organisme Revitalisation des quartiers Saint-Marc - Christ-Roi, à la fin novembre, ne se sont pas transformés en argent onnant. En conséquence, les employés viennent d’être avisés que la maison de répit de la rue Frigon fermera ses portes le 21 février.

La décision a été arrêtée vendredi matin. Bien que des parents se mobilisent pour organiser une manifestation dans la semaine du 16 février, impossible de revenir en arrière dans les conditions actuelles.

Le 25 novembre, la direction lançait un appel de détresse en prévenant que sans aide financière récurrente, l’organisme annoncerait sa fermeture au printemps. La coordonnatrice, Karine Petitclerc-Lapointe, a tendu des perches au cours des dernières semaines. Devant le manque d’empressement, elle doit se résoudre au pire scénario.

«Malgré notre cri du cœur, personne n’a bougé», déplore la coordonnatrice. «On se sent un peu comme dans une partie de ping-pong. On se fait promener à gauche et à droite, mais malheureusement, pendant ce temps, le temps file. Nos délais pour maintenir notre organisme ouvert ne correspondent pas à ceux de l’administration publique. On nous demande de patienter, mais de la liquidité dans l’organisme pour payer nos employés, il n’y en a plus.»

Revitalisation des quartiers Saint-Marc - Christ-Roi comptait beaucoup sur la reconnaissance Famille du même ministère, formulée en septembre. Cette demande a été refusée, parce que l’organisme ne rencontrait pas l’un des dix critères requis, celui d’avoir une mission principale auprès des familles qui s’apparente à celle du ministère. Mme Petitclerc-Lapointe s’en désole, mais elle précise que les chambardements de la dernière année, autant à la direction qu’au conseil d’administration, constituaient des circonstances exceptionnelles qui ne lui ont pas permis de remplir cette condition. Les projets de la dernière année étaient davantage orientés vers les aînés.

Mme Petitclerc-Lapointe avait reçu cette mauvaise nouvelle à la fin janvier, mais elle s’est donné quelques jours pour tenter de renverser la décision, sans succès.

Cette reconnaissance n’aurait pas entraîné de subvention instantanément, mais elle aurait aidé dans sa sollicitation pour obtenir un financement récurrent. À noter que la coordonnatrice avait également demandé une reconnaissance à la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille, qui a également transmis une réponse négative vendredi. Elle invoque aussi que les actions devraient davantage être orientées vers la famille.

Pertes d’emplois

Cette fermeture entraînera la perte de cinq emplois: deux éducatrices à la maison de répit à temps partiel, une personne responsable à temps plein du programme Initiatives de travail de milieu auprès des aînés en situation de vulnérabilité (ITMAV), un agent de milieu à temps partiel pour les familles monoparentales 0-5 ans et évidemment, celui de la coordonnatrice, qui était payée 28 heures par semaine.

«Nous confiions aussi un contrat pour l’entretien du bâtiment à une personne du quartier», ajoute Mme Petitclerc-Lapointe.

Rappelons également que la députée de Laviolette - Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, annonçait à la fin janvier une enveloppe de 150 000$ pour confier à Revitalisation des quartiers Saint-Marc - Christ-Roi un projet intergénérationnel. Deux autres ressources auraient alors été embauchées, mais l’organisme ne pourra finalement réaliser ce projet.

Revitalisation des quartiers Saint-Marc - Christ-Roi vient en aide à environ 500 familles par année.

«Il y a deux semaines, une maman nous a été référée par un autre organisme», illustre la coordonnatrice. «Elle était en pleurs, elle avait besoin d’une pause, ça n’allait pas bien dans sa vie. Nous avons réussi à lui offrir un moment de répit d’urgence. Nous étions sa première porte d’entrée. Elle m’a rappelée jeudi et j’ai été obligée de lui annoncer que malheureusement, on s’en allait vers une fermeture. Elle avait des trémolos dans la voix.»

«Même si une maman crie haut et fort que ça ne va pas bien, qu’elle veut agir pour le bien de ses enfants pour éviter qu’elle soit dénoncée à la Direction de la protection de la jeunesse, il y a des délais d’attente dans la bureaucratie du CIUSSS. Nous, on est la première ligne. Dorénavant, ce service sera inexistant parce qu’on est pris dans la bureaucratie, dans des délais administratifs.»

La responsable est évidemment déçue que l’appel lancé à l’automne n’ait pas résonné davantage.

«Nous avons prévenu la communauté que nous aidons des familles en situation de crise, d’autres un peu moins, mais qui ont besoin d’un petit coup de pouce. Nous avertissions que nous pourrions être privés de ça sur notre territoire, alors est-ce qu’une main pourrait être tendue? Ça a pris du temps, ça a commencé à bouger dernièrement, mais je n’ai aucune certitude et la liquidité n’est plus au rendez-vous. On ne peut plus maintenir le service.»

La coordonnatrice trouve particulièrement ironique qu’un organisme comme le sien tombe pendant que la commission Laurent cherche des solutions pour protéger les enfants.