Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão

Budget Leitao: impôts à la baisse, dépenses à la hausse

La période d'austérité budgétaire est bien terminée au Québec, alors que le ministre des Finances, Carlos Leitao, a déposé mardi un budget 2017-2018 axé essentiellement sur les baisses d'impôts aux particuliers et les hausses de dépenses de programmes.
Après trois années de vaches maigres marquées par des compressions majeures dans les services publics, Québec a engrangé des surplus et ouvre enfin tout grand son portefeuille pour réinvestir dans les grandes missions de l'État, en santé et en éducation, tout en se montrant moins gourmand, en acceptant de piger un peu moins d'argent dans la poche des contribuables.
Les libéraux de Philippe Couillard s'étaient engagés à réduire le fardeau fiscal des contribuables, particulièrement ceux de la classe moyenne, quand les finances publiques le permettraient.
«Oui, nous sommes ambitieux et, oui, nous avons livré la marchandise», a dit fièrement le ministre Leitao, en présentant aux médias son troisième budget équilibré d'affilée.
Le fardeau fiscal des particuliers diminuera au total de 2,1 milliards $ en six ans, soit d'ici 2022, dont une baisse de 506 millions $ dès cette année.
Québec hausse le montant personnel de base, ce qui se traduira par une baisse d'impôt générale, représentant une somme additionnelle quand même modeste de 55 $ dans la poche de 4,3 millions de contribuables. La mesure représente pour le gouvernement un manque à gagner de 295 millions $, en 2017, et de 1,4 milliard $ d'ici 2022.
L'allégement fiscal des contribuables est également assuré par le remboursement rétroactif de la cotisation santé pour 2016, un manque à gagner de 473 millions $ pour le trésor public.
Québec a choisi aussi de maintenir jusqu'à mars 2018 le crédit d'impôt à la rénovation RénoVert, un coup de pouce aux contribuables de 167 millions $.
En conférence de presse, M. Leitao a qualifié son approche en matière de réduction du fardeau fiscal des contribuables de «responsable et ordonnée».
Si Québec peut se montrer soudainement aussi généreux, c'est grâce à des surplus de 2,1 milliards $ en 2015-2016, et de 250 millions $ en 2016-2017, une croissance économique de 1,7 pour cent et une bonne création d'emplois. Québec a ainsi pu verser 2,5 milliards $ au Fonds des générations, pour réduire le poids de la dette. La réserve de stabilisation atteint 2,5 milliards $, en prévision d'éventuels coups durs.
La croissance des revenus en 2017-2018 est fixée à 3,7 pour cent et celle des dépenses à 3,6 pour cent.
Les dépenses de programmes (72,6 milliards $) témoigneront de la bonne santé des finances publiques québécoises, avec un bond de 4,1 pour cent au total.
Après des années de hausses frugales qui ne couvraient même pas l'augmentation des coûts de système, le réseau de la santé verra son budget augmenter de 4,3 pour cent. En comparaison, en 2015-2016, la hausse était de seulement 1,9 pour cent. Le nouveau coussin budgétaire ira en priorité à la réduction des délais d'attente, au financement des établissements, au soutien à domicile et aux Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHLD).
L'éducation voit elle aussi son budget croître plus que d'habitude, une hausse de 4 pour cent, consacrée en priorité à la réussite éducative dès la petite enfance (130 millions $ en six ans, mais seulement 21 millions $ en 2017), mais aussi au préscolaire, au primaire et au secondaire.
Pour stimuler le développement économique, Québec veut investir davantage en recherche et en innovation, des secteurs où il doit faire du rattrapage. On prévoit investir 834 millions $ en six ans (dont 70 millions $ en 2017), incluant 125 millions $ supplémentaires pour le développement du secteur manufacturier innovant et 100 millions $ supplémentaires injectés en intelligence artificielle.
Le Programme québécois en infrastructures (PQI) prévoit l'injection de 91 milliards $ au cours de la prochaine décennie, dont 27 milliards $ en transport. Le financement des trois grands projets de transport collectif privilégiés par le gouvernement Couillard est donc assuré: le Réseau électrique métropolitain (REM) et la prolongation de la ligne bleue du métro, à Montréal, et le Service rapide par bus (SRB), à Québec.
Un accent sera mis, par ailleurs, sur le rayonnement international du Québec au cours des cinq prochaines années, avec un ajout budgétaire de 100 millions $. La somme servira à assurer le redéploiement du Québec à l'étranger, dont la consolidation de son activité aux États-Unis pour lutter contre le protectionnisme ambiant.
Avec un budget axé sur les dépenses et les baisses d'impôts, le gouvernement Couillard cherche à se racheter, selon l'opposition péquiste. «Après trois ans de démolition, on a droit à un budget de rafistolage», ce qui constitue un «aveu de culpabilité» pour trois années de compressions, selon le porte-parole en finances, Nicolas Marceau.
Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a déploré que le budget soulage trop peu les familles. «Le grand oublié de ce budget, c'est clairement le portefeuille des familles québécoises», a commenté M. Legault, qui demandait à Québec d'offrir aux familles d'importantes baisses d'impôts.