Le professeur en économie de l’UQTR, Frédéric Laurin.

Budget: bon à Québec et beige à Ottawa

TROIS-RIVIÈRES — Un bon budget au provincial, mais un budget beige au fédéral. Et encore de l’espoir pour un train à grande fréquence à Trois-Rivières. Voilà le constat du professeur en économie de l’UQTR, Frédéric Laurin, après le dépôt des prévisions budgétaires par les deux ordres de gouvernement cette semaine.

Du côté de Québec, il dit apprécier cette emphase sur l’éducation. «Ça fait longtemps qu’on en parle, les caquistes en avaient beaucoup parlé pendant la campagne. Là, il y a vraiment des montants. Il y a des augmentations de croissance de dépenses qui sont nettement plus fortes que l’inflation pour l’éducation. Et on dit plus précisément où on veut mettre l’argent, les maternelles 4 ans, le soutien aux enseignants avec des personnes spécialisées, la construction des écoles. Tout ce qui avait été évoqué dans les derniers mois, c’est dans le budget», a-t-il observé avec satisfaction.

Celui-ci dit avoir l’impression que «c’est un gouvernement qui s’installe». «À part ce qui avait été promis comme la Maison des aînés et le 3e lien à Québec qui apparaissent dans le budget, pour le reste, on fait beaucoup d’extensions de programmes qui existaient déjà, on refinance des choses, des mesures qui étaient déjà en place. Et si on regarde même dans le détail, c’est intéressant parce qu’il y a beaucoup de dépenses où c’est un petit montant cette année et des gros montants pour les années prochaines, comme si on était encore un petit peu hésitant pour cette année», fait remarquer M. Laurin.

«Au provincial, on respecte nos promesses électorales, c’est un budget qui est bon sans être extraordinaire, mais ils ont une situation excessivement facile, on nage dans les surplus, ça n’a pas été très compliqué pour eux de faire un budget», souligne-t-il.

Par contre, tout ce qui est développement régional et développement économique, «c’est très vague». «Il n’y a pas encore un plan très précis chez les caquistes à ce niveau-là, peut-être que ça va venir dans un deuxième temps, mais j’étais déçu parce que ça, c’était quelque chose dont ils ont beaucoup parlé sans être très précis en campagne électorale», déplore le spécialiste.

Pour la Mauricie et le Centre-du-Québec, il ne relève pas d’éléments particuliers, sauf des montants alloués pour la transformation du bois et les bioprocédés.

Dans le budget fédéral, M. Laurin constate que toutes les priorités libérales y sont telles que le commerce international, la place du Canada, les autochtones et l’égalité des sexes.

«D’ailleurs, il y a un superbe chapitre sur l’égalité des sexes où l’on voit toute une série d’objectifs qui sont chiffrés avec l’atteinte des objectifs, avec des indicateurs, et en quoi chaque élément du budget a une incidence sur l’égalité des sexes. Je trouve ça très bien fait. Ce serait peut-être à refaire dans d’autres budgets», suggère-t-il.

Ce dernier dit ne pas comprendre «comment ça se fait qu’on ne voit pas un retour à l’équilibre budgétaire». «Je suis vraiment d’accord avec le déficit si c’est pour investir dans des infrastructures qui en ont vraiment besoin. Mais on est en période de croissance économique, ça ne va pas durer, et normalement, en période de croissance économique, on est supposé d’avoir naturellement des surplus budgétaires, on le voit au provincial. Ça veut dire que faire un déficit dans une époque de croissance économique, il faut vraiment le faire», croit M. Laurin.

«Ça ne me dérange pas si on voit qu’après quatre, cinq ans, il y a un retour graduel à l’équilibre. Et là jusqu’en 2023, on voit que les déficits se rapetissent, mais on ne voit toujours pas le retour à l’équilibre, et ça, je trouve ça un brin inquiétant. D’autant plus qu’ils ont prévu des prévisions de croissance très optimistes. Donc, si effectivement il y a un ralentissement économique dans les deux prochaines années, le déficit va augmenter», renchérit-il.

Et le train à grande fréquence? «J’y crois encore. VIA Rail en parle, le projet avance. Il n’y a rien dans le budget qui me laisse croire que c’est un projet qui est remis aux calendes grecques. Dans le budget, on annonce des milliards de dollars pour les infrastructures, mais on n’est pas excessivement précis sur ce qu’on veut faire avec ces milliards-là. À mon avis, c’est parce que la balle est dans le camp de la future Banque de l’Infrastructure. Ça, c’est ma déduction personnelle. Il y a très peu de détails», signale M. Laurin.

«Or, je me serais attendu avoir beaucoup de détails justement parce qu’on est dans une année de campagne électorale et on aurait pu faire toutes sortes de petites annonces. Dans ce sens-là, je ne trouve pas que c’est un budget électoraliste, c’est un budget qui ne veut tout simplement pas couper parce qu’on est en élection, mais je ne le trouve pas particulièrement électoraliste. Il y a des petits montants d’argent qui sont versés à gauche et à droite, tout le monde est content là-dedans», conclut-il.