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L’isolement accru que vivent les aînés depuis un an, en raison de la pandémie, a des conséquences sur leur santé cognitive, mais aussi physique, selon plusieurs organismes qui oeuvrent auprès d’eux.
L’isolement accru que vivent les aînés depuis un an, en raison de la pandémie, a des conséquences sur leur santé cognitive, mais aussi physique, selon plusieurs organismes qui oeuvrent auprès d’eux.

Briser l’isolement des aînés: un défi pour les organismes

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
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Plusieurs organismes ont pour mission de briser l’isolement vécu par les doyens de la société québécoise. Mais avec les mesures mises en place pour protéger ceux-ci, nombre de leurs activités ont été interrompues, il y a plus d’un an, ce qui n’est pas sans conséquence sur la santé mentale et même physique des aînés qui en bénéficiaient.

«Pour les Grands amis qui participaient à nos repas et nos cafés-rencontre, c’était souvent les seules sorties qu’ils avaient. En leur enlevant ça, c’est venu couper les ponts avec les gens qui les entouraient, qui n’étaient déjà pas très nombreux. On a senti leur découragement de voir ces contacts-là prendre fin. Avec le temps, il y a des gens qui ont perdu beaucoup de leurs capacités physiques et cognitives. Ce sont des personnes pour qui leur moral va prendre du temps à remonter, surtout alors qu’on joue au yo-yo, qu’on ne sait pas sur quel pied danser (avec les mesures sanitaires)», explique Keven Michaud, coordonnateur des Petits frères de Trois-Rivières.

M. Michaud rappelle par ailleurs que la visite de bénévoles de son organisme à leurs Grands amis donne le sentiment à ces derniers qu’ils sont importants, qu’ils comptent pour quelqu’un, puisqu’on prend la peine de prendre de leurs nouvelles. Il ajoute sur une note triste que s’il croit que les aînés peuvent faire preuve de résilience pour passer à travers cette épreuve, certains n’auront pas l’occasion de reprendre les activités annulées cette année.

«Pour certains Grands amis, cette fête de Pâques sera leur dernière. Pour eux, le passage du temps n’a pas la même signification, la même importance que pour moi qui ai 27 ans. Ils ne savent pas toujours de quoi sera fait demain», souligne-t-il.

M. Michaud indique cependant que l’allègement des mesures sanitaires, avec le passage de la région en zone orange, a fait en sorte que certaines résidences autorisent de nouveau les visites de Petits frères, ne serait-ce que pour amener leurs Grands amis marcher dehors.

L’isolement à domicile

Alain Desbiens, président et fondateur de la Fondation Sunny D. Extrême, se dit lui aussi conscient des conséquences de l’arrêt des activités de son organisme auprès des aînés. La Fondation a en effet dû mettre sur pause son projet Sunny Action, qui permettait à des résidents en CHSLD de recevoir la visite de jeunes bénévoles. Mais il dit penser également aux personnes âgées qui vivent seules chez elles, qui sont elles aussi privées de contacts sociaux.

«Ma conjointe est préposée aux bénéficiaires alors oui, je suis bien au fait des conséquences de l’isolement chez les aînés. Des gens qui étaient plus actifs, aujourd’hui, on voit que ça a descendu vite, qu’il y a eu une dégradation sur les plans cognitif et physique», confirme-t-il.

Il mentionne également que si on pense à l’isolement que vivent les personnes âgées qui se trouvent en résidence privée ou en CHSLD, on oublie parfois celui que vivent celles qui sont encore à domicile.

«Il faut penser que certaines de ces personnes n’ont même pas de téléphone. Certains ne mangent plus. Ça aussi, c’est quelque chose qui me touche beaucoup», mentionne-t-il.

M. Desbiens indique toutefois que la Fondation est en contact régulièrement avec les autorités de la santé publique dans le but de préparer le déploiement cet été de Sunny Action. Il a bon espoir que les jeunes pourront retourner dans les CHSLD de certaines régions.

«Tout est prêt pour que ça se fasse. On ne pourra pas faire comme avant, ce sera sûrement à plus petite échelle, mais s’il le faut, on redirigera les jeunes vers les résidences privées pour aînés qui sont intéressées», indique-t-il.

Santé mentale et physique difficile à séparer

Le clown humanitaire Guillaume Vermette dit lui aussi être au fait des conséquences de l’isolement, lui qui est habitué de travailler auprès d’une clientèle marginalisée. Si elles ne sont pas nécessairement visibles quand il débarque dans un milieu de vie, les intervenants qui y travaillent lui font part de la détresse des aînés.

«On a tendance à séparer santé mentale et physique, mais ce n’est pas tant différent, c’est intimement mêlé. Alors j’y crois, que des gens sont morts de solitude dans la dernière année. J’ai reçu plein de témoignages comme quoi des gens qui n’avaient plus de visite ont commencé à dépérir. Ça s’applique en CHSLD, mais aussi dans d’autres endroits où je travaille. Dans les camps de réfugiés, ce qui est le plus dommageable chez les adultes, c’est la solitude et la perte de sens. Quand ils se lèvent le matin et qu’ils n’ont pas de travail, pas de loisir et pas de gens à visiter, on les voit dépérir et ça devient physique», assure-t-il.

Depuis quelques semaines, Guillaume Vermette et quatre autres clowns thérapeutiques ont recommencé à visiter les résidents du CHSLD Roland-Leclerc, à Trois-Rivières, mais en restant à l’extérieur. Or, la semaine dernière, il a pu faire un premier retour à l’intérieur, après avoir suivi une formation et en s’assurant de porter masque et visière et de respecter la distanciation physique.

«Les autres clowns qui m’accompagnent ont aussi suivi cette formation en ligne. Pour le moment, on peut y aller un seul à la fois par unité, et on va se concentrer à Roland-Leclerc, une fois par semaine. Mais on espère tomber en zone jaune bientôt, ça nous permettrait d’aller dans plusieurs CHSLD, en duos de clowns», mentionne-t-il.

L’ingéniosité à la rescousse pour Pâques

Si les activités sociales telles qu’elles étaient conçues avant la pandémie ne sont plus possibles pour le moment, cela ne veut pas dire que ces organismes laissent tomber les aînés. Cela les force plutôt à faire preuve de créativité.

Pour le congé de Pâques, tant la Fondation Sunny D. Extrême que les Petits frères de Trois-Rivières ont d’ailleurs prévu des activités destinées aux aînés. Depuis quelques jours, les Petits frères font la livraison de colis de Pâques et de repas de cabane à sucre à leurs Grands amis. Quand c’est possible de le faire, bénévoles et aînés en profitent pour prendre l’air et discuter.

La Fondation Sunny D. Extrême a pour sa part fait des envois thématiques dans 325 centres d’hébergement de la province. Ceux-ci reçoivent des trousses composées de dessins, de photos et de voeux créés par des jeunes de partout au Québec. «Une femme de Gatineau m’a écrit pour me dire qu’elle avait fait le tour des aînés et décoré les unités. Les résidents trouvent que ça met de la vie, ils sont contents. Avec Pâques, disons que ça arrivait au bon moment», se réjouit Alain Desbiens.

La Fondation s’est également associée à l’organisme Revitalisation de quartiers St-Marc/Christ-Roi, à Shawinigan, pour que celui-ci distribue des dessins faits par des enfants aux aînés vivant seuls à domicile.