Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu

Boisvenu veut un registre des prédateurs sexuels

Après 10 ans de recherches et de revirements de situation pour retrouver la jeune Cédrika Provencher, disparue à Trois Rivières le 31 juillet 2007, l'heure est désormais aux constats. Si le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu estime que plusieurs aspects constructifs ressortent de cette histoire qui aura touché le Québec en entier, il croit cependant dur comme fer que la solution ultime pour empêcher ce genre de situation de se reproduire est de créer un registre public des prédateurs sexuels au Québec.
Lui-même très présent dans la région au cours des dix dernières années pour soutenir la famille Provencher dans cette difficile épreuve, Pierre-Hugues Boisvenu estime hors de tout doute que le travail des policiers s'est grandement amélioré au fil des années, en ce qui concerne leur approche dans les cas de disparition.
«Dans toute cette histoire, on peut dire qu'il y a eu beaucoup d'avancées en ce qui concerne les enquêtes policières, puisque dès le départ, une disparition est désormais envisagée comme un acte criminel. Par contre, je considère que très peu de choses ont été faites pour prévenir les crimes», avoue celui qui a perdu sa fille dans des circonstances similaires en 2002. 
La province «protège les pédophiles»
Fondateur de l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD), Pierre-Hugues Boisvenu se désole toutefois de l'inaction du Québec, en ce qui a trait à la mise en place d'un registre public des prédateurs sexuels. 
«Au Québec, on est vraiment en retard sur les autres provinces. C'est pourquoi je considère que le Québec fait le choix de protéger les pédophiles en refusant de dévoiler des informations sur eux, de peur de nuire à leur réinsertion sociale. On dirait qu'ici, on attend qu'un crime se produise avant d'agir», soutient-il. 
Un tel registre permettrait aux citoyens de prendre connaissance des prédateurs sexuels qui se trouvent dans leur arrondissement. Il ne viserait cependant pas l'ensemble des criminels, mais seulement les prédateurs sexuels qui représentent un haut risque de récidive, assure M. Boisvenu.
«Avec ce registre, les citoyens seraient plus enclins à dénoncer, car tout le monde espère que des arrestations préventives se fassent avant qu'un crime soit commis. D'ailleurs, dans un sondage mené en 2014 par la firme Léger, 80 % des gens se disaient d'accord à ce que les informations concernant les prédateurs à haut risque soient diffusées.»
Les citoyens plus vigilants
À la lumière des 10 dernières années d'enquête pour retrouver le ravisseur de Cédrika Provencher, un élément clé vient en tête au fondateur de l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues. Il estime que les citoyens font preuve d'une meilleure vigilance et sont plus aptes à dénoncer des actes criminels depuis l'enlèvement de la jeune fille, et ce, grâce au travail de la famille Provencher qui a permis à la population québécoise d'être plus consciente du danger.
«On sait que Cédrika aura marqué l'histoire du Québec, mais au moins on peut dire qu'elle a beaucoup apporté en terme d'apprentissage aux Québécois, donc elle n'est pas décédée en vain», souligne-t-il.
Malgré le temps qui passe, le sénateur Boisvenu espère qu'un jour, le ravisseur de la jeune fille se retrouvera devant la justice pour répondre de ses actes. «Les policiers travaillent encore sur ce dossier actuellement, donc je suis convaincu que c'est une question de jours ou de semaines avant qu'un suspect soit arrêté», conclut-il.