L’historien Yannick Gendron et le réalisateur Pierre St-Yves travaillent depuis plusieurs années afin de connaître l’implication de Théodore Bochart dans la fondation de Trois-Rivières.

Bochart ou Laviolette?

TROIS-RIVIÈRES — Le résultat final du travail de l’historien Yannick Gendron et du réalisateur Pierre St-Yves afin d’en connaître davantage sur l’implication de Théodore Bochart dans la fondation de Trois-Rivières, ses origines ainsi que ses autres réalisations sera bientôt connu alors qu’un livre et un documentaire seront lancés au printemps prochain.

Aux dires des deux hommes, le fruit de leur labeur des dernières années solidifie encore plus la thèse voulant que Théodore Bochart ait joué un plus grand rôle dans la création de Trois-Rivières que Laviolette, qui est pourtant considéré comme étant le fondateur de la ville. M. Gendron ne mâche pas ses mots lorsqu’il est questionné sur les raisons pour lesquelles Bochart n’occupe toujours pas la place qui lui revient dans l’histoire. Il considère en effet que certains de ses confrères historiens font preuve de laxisme, et ce, malgré les nombreuses traces de l’implication et la présence à Trois-Rivières de Bochart que l’on retrouve dans les archives. Alors qu’il est question de Laviolette à seulement trois reprises dans les premiers registres d’état civil de Trois-Rivières, soit le catalogue des trépassés et des personnes baptisées, on retrouve le nom de Théodore Bochart une cinquantaine de fois dans les relations des Jésuites ainsi que le catalogue des trépassés et des personnes baptisées selon les recherches de M. Gendron. Les écrits qu’il a consultés permettent de plus d’avancer que Bochart a posé plusieurs gestes fondateurs.

«Les historiens sont paresseux! Ils ne retournent pas souvent dans les archives», lance-t-il, conscient que cette affirmation en choquera plusieurs.

Il déplore également qu’il y ait de la place que pour un seul individu dans les livres d’histoire lorsque vient le temps de déterminer un fondateur pour une ville ou une quelconque institution.

«C’est une équipe qui est arrivée ici. Ce n’est pas une seule personne qui a tout construit. On essaie toujours de trouver un seul fondateur, un seul dieu! On l’a notamment fait avec Samuel de Champlain à Québec. Avec les recherches, on se rend compte qu’il y a eu des constructions de fondateurs, et ce, en dépit de la vérité», explique-t-il.

L’ouvrage découlant des recherches de Yannick Gendron sera lancé en mars.

Sans dévoiler les révélations qui se retrouvent dans son livre, intitulé L’énigme de Trois-Rivières, Théodore Bochart (1607-1653), personnage clé de notre histoire et publié chez Perro éditeur, l’historien soutient que le fait que le sujet de ses recherches était de confession protestante a fait en sorte qu’il a été écarté au profit de Laviolette. Il ajoute que Laviolette, a seulement été celui qu’avait mandaté Champlain afin de diriger le navire qui a quitté Québec en direction de l’endroit qu’allait devenir Trois-Rivières. Théodore Bochart serait quant à lui arrivé deux ou trois jours plus tard et aurait pris en main la colonie à ce moment.

«Il était le général de la flotte de la colonie de la Nouvelle-France. Dans la hiérarchie, il était le second de Champlain. [...] Au Québec, on a longtemps pensé que les protestants ne s’étaient pas installés et n’avaient pas développé quoi que ce soit en Nouvelle-France pour la simple bonne raison qu’autrefois, l’histoire était écrite par les religieux. Le mythe de Laviolette s’est donc construit comme ça et on n’a pas tenté d’en savoir plus sur qui était ce Théodore Bochart», poursuit-il avant de préciser que selon des écrits des Jésuites qu’il a consultés, Bochart exerçait une «certaine autorité sur Trois-Rivières».

Une visite sur le vieux continent

Afin d’en apprendre davantage sur ce personnage, les deux hommes, qui avaient réalisé un premier documentaire sur le sujet diffusé en 2009 dans le cadre des Fêtes du 375e de Trois-Rivières, se sont rendus en France pour rencontrer des gens, visiter des lieux et bien sûr consulter des archives.

«Yannick avait trouvé des traces de la vie de Bochart dans différentes régions de la France, notamment à Paris et dans le Loiret», souligne Pierre St-Yves. Ce dernier rappelle que le passage à Bochart en Nouvelle-France a été court, soit de 1632 à 1636.

«Comme il travaillait pour la compagnie de la Nouvelle-France, il faisait le trajet entre ici et la France pour transporter les fourrures. En parallèle, c’était la guerre en Europe entre la France et l’Espagne, les froids entre l’Angleterre et la France ainsi que les alliances avec les Pays-Bas. Le cardinal de Richelieu a alors monté une marine [de guerre]. Il avait donc besoin de ses bons capitaines pour diriger ses navires. C’est de cette façon que Bochart n’est jamais retourné en Nouvelle-France en 1636. Il a donc eu une carrière militaire brillante», note à son tour l’historien.

Afin de faire ces découvertes chez nos cousins français, les deux hommes n’ont pas chômé pendant leur séjour de deux semaines. Ils ont notamment dû parcourir près de 2000 kilomètres en une semaine afin d’effectuer les recherches, enregistrer des entrevues et tourner des images qui serviront au documentaire qui devrait durer environ 45 minutes selon les estimations du réalisateur. Fait à noter, le documentaire devrait être entièrement autofinancé alors que l’argent amassé par le duo grâce à une campagne de sociofinancement menée en 2016 a servi à l’écriture du livre. M. Gendron a également pris six mois de congé à ses frais de son travail au ministère de la Culture pour compléter son travail.

Une rue ou un parc Théodore-Bochart?

Les deux hommes espèrent que la sortie prochaine du résultat de leur travail serve de point de départ à une réflexion des membres du comité de toponymie de Trois-Rivières relativement à une possible dénomination en l’honneur de Bochart. Membre du comité trifluvien, M. Gendron croit qu’il devrait y avoir des discussions en ce sens.