Le président UPA Mauricie, Jean-Marie Giguère.

Blocus ferroviaire: le propane, une denrée rare

trois-rivières — Décidément, les agriculteurs ne l’ont pas facile ces derniers mois. Après avoir subi les contrecoups de la grève du CN, voilà qu’ils doivent composer avec les conséquences des blocus ferroviaires. Et le propane commence sérieusement à être une denrée rare, avertit l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Mauricie. Ce combustible doit même être rationné.

«Les producteurs sont actuellement très stressés. Surtout les producteurs de volailles qui demandent beaucoup de chauffage. Eux, ils sont sur le bord d’en manquer. Encore quelques jours, et c’est fini», soutient Jean-Marie Giguère, président de l’UPA Mauricie. «On essaie de se débrouiller, mais ceux qui sont au propane, ils ne peuvent pas avoir d’autre chose.»

Particulièrement touchés par le manque de propane, les éleveurs doivent adapter les productions. Ceci est particulièrement vrai pour les animaux qui ont une croissance relativement rapide comme la volaille. «Plusieurs ne remplissent pas le poulailler et vont attendre. Ça va entraîner une cassure dans le système et des pertes pour les producteurs», explique Jean-Marie Giguère qui avoue que cela pourrait éventuellement se traduire par une certaine rareté de produits alimentaires ainsi qu’une augmentation des prix.

«Le rareté de certains aliments va faire que les intermédiaires vont monter leurs prix. Et c’est le consommateur qui va devoir payer.»

Les livraisons de propane étant interrompues par les blocus ferroviaires, le ministère de l’Énergie a mis en place un plan de contingence, rappelle l’Association québécoise du propane. Tous les clients qui ne sont pas prioritaires ne sont donc pas approvisionnés actuellement. Selon ce plan, les producteurs agricoles sont des clients prioritaires. «C’est certain qu’ils sont en priorité», précise Raymond Gouron, directeur général de l’Association québécoise du propane.

«Les réservoirs des producteurs ne seront toutefois pas remplis entièrement. On doit faire du rationnement et pouvoir en donner à tout le monde.»

Même si dans ce plan de rationnement du gouvernement du Québec, les agriculteurs doivent être approvisionnés en premier, le président de l’UPA Mauricie formule certains doutes. «Lorsque nous avons finalement eu du propane après la grève du CN l’automne dernier, les entreprises en ont profité pour monter les prix», soutient Jean-Marie Giguère.

PFR prend son mal en patience

Pour sa part, Produits forestiers Résolu (PFR) prend son mal en patience. Rappelons qu’en raison des blocus, des avis de licenciement ont été envoyés aux travailleurs des scieries de l’Ontario et du Québec.

«Si jamais le conflit perdure, il se pourrait qu’on soit obligé de faire des arrêts de production», explique Karl Blackburn, directeur principal aux affaires publiques et relations gouvernementales chez PFR.

De plus, les opérations ont été arrêtées vendredi dernier dans trois scieries de l’entreprise. PFR n’arrive pas à livrer ses produits par train. «C’est 200 travailleurs qui sont arrêtés malheureusement en lien avec les blocus ferroviaires», ajoute M. Blackburn.

Si la situation ne se règle pas bientôt, les opérations dans les usines de pâtes et papiers de PFR pourraient aussi être touchées. Les procédés de fabrication nécessitent certains produits chimiques, comme du chlore, qui ne peuvent être acheminés actuellement. Il pourrait y avoir une rupture de l’approvisionnement. «Nous avons des réserves, mais pas beaucoup. Nous sommes capables de continuer nos opérations actuellement, mais c’est clair que s’il vient à manquer certains produits chimiques utilisés pour la fabrication de pâtes, ça va devenir problématique», soutient Karl Blackburn.