Les autochtones demandent un droit de regard et des redevances sur l'exploitation des ressources naturelles sur leur territoire ancestral.

Blocus atikamekw: trois usines menacées

Le blocus atikamekw qui perturbe les opérations forestières en Haute-Mauricie pourrait avoir des effets très néfastes sur une industrie qui peine à se remettre à flot après des années très difficiles. Si rien n'est réglé d'ici une semaine, trois usines sont directement menacées en Mauricie.
Les Atikamekws ont érigé plusieurs barrages sur les chemins forestiers de la Haute-Mauricie mardi pour paralyser les opérations forestières.
La scierie de Produits forestiers Mauricie à Rivière-aux-Rats, une filiale de Produits forestiers Résolu et de la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice, pourrait être contrainte d'interrompre sa production la semaine prochaine si elle ne peut plus s'approvisionner en ressources premières.
«Les réserves de bois dans la cour de la scierie de Rivière-aux-Rats diminuent. Si rien n'est fait d'ici la semaine prochaine, elle sera à sec. Nous n'aurons d'autre choix que d'interrompre la production», explique le directeur général de la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice, Claude Dupuis.
Par ailleurs, la scierie de Parent, relancée au coût de 21,5 millions $ l'automne dernier, ainsi que l'usine de transformation située à Trois-Rivières pourraient aussi être contraintes de cesser leurs productions. Ces deux usines dont la production est intégrée sont la propriété des Industries Parent, une entreprise associée à Kruger. Le chemin de fer, très important pour ces usines, transporte la matière première sciée de Parent vers Trois-Rivières.
«Nos deux usines pourraient être grandement touchées dans une semaine», soutient le président-directeur général des Industries Parent, Claude Perron, qui souhaite que les gouvernements prennent leurs responsabilités dans ce conflit. «Nous embauchons 10 travailleurs atikamekws à la scierie de Parent.»
Des forestiers pris en otage
La ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale et ministre responsable de la région de la Mauricie, Julie Boulet, déplore les moyens de pression utilisés par les Atikamekws. «On prend les travailleurs en otage. Plusieurs familles vivent de ces emplois. Ce n'est vraiment pas bon pour l'économie de l'industrie forestière», lance en entrevue la ministre et députée de Laviolette. «Cette industrie a connu assez de difficultés ces dernières années. Nous n'avons pas besoin d'en ajouter.»
Les industriels se sentent frustrés. Ils sont pris entre l'arbre et l'écorce et ne savent quoi faire. «Nous sommes pris en otage. On ne sait pas ce qui se passe. Personne de l'industrie ne sait à qui parler», avoue Claude Dupuis. «Il y a beaucoup de frustration chez nous. On ne sait pas ce que les Atikamekws veulent. On ne coupe pas un arbre pour Kruger.»
La direction de Kruger, principale entreprise forestière visée par le blocus atikamekw, n'a pas voulu faire de commentaires sur la situation.
Le blocus autochtone touche énormément les opérations forestières de la coopérative. La coupe forestière, le transport du bois ainsi que le reboisement ont dû être arrêtés mardi matin. Les conséquences sont graves en cette période où les opérations forestières fonctionnent à plein régime. «Nous avons environ 90 personnes qui ne peuvent travailler présentement», affirme Claude Dupuis qui précise que la coopérative n'est pas la seule entreprise à être touchée par le blocus. «Il y a environ 150 personnes qui sont touchées par le blocus uniquement sur la route 25.»
Le blocus est maintenu
Les Atikamekws ont maintenu leur blocus sur les opérations forestières hier. Des barrages étaient toujours érigés sur des embranchements de la route forestière 25 aux kilomètres 61 et 175 ainsi que sur la route de Clova. De plus, le blocus des trains de marchandises du Canadian National (CN) était également maintenu hier. Le CN et les Atikamekws ont d'ailleurs à ce sujet entrepris des discussions hier.
Claude Perron craint aussi les impacts du barrage du chemin de fer sur les usines de l'Abitibi-Témiscamingue ainsi que du sud du Québec et même les États-Unis. «C'est le seul train qui relie l'Abitibi au reste du Québec. L'arrêt du transport des marchandises comme les copeaux peut nuire à plusieurs usines», dit-il.
Le blocus atikamekw ne concerne que les opérations forestières. Les touristes et voyageurs peuvent circuler librement en forêt. L'Association des pourvoiries de la Mauricie, dont près de 80 % de ses membres exploitent des territoires en Haute-Mauricie, tient à rassurer les touristes que les activités sur les pourvoiries se déroulent normalement. «Aucun de nos membres ne s'est plaint de problèmes liés au blocus», précise la directrice générale de l'association, Valérie Fortin.