Les Atikamekws sont prêts à lever les barricades si un «cadre de négociation acceptable» est mis en place avec le gouvernement.

Blocus atikamekw: les chefs interpellent Jean Charest

Pendant que les négociations piétinent avec le gouvernement du Québec, les chefs autochtones ont décidé d'interpeller directement le premier ministre Jean Charest pour qu'il aide à dénouer l'impasse en plus de démontrer une certaine ouverture à une reprise des pourparlers.
Dans une lettre adressée hier au cabinet du premier ministre, les Atikamekws indiquent qu'ils sont prêts à lever le blocus pendant la durée des discussions si «un cadre de négociation acceptable» est mis en place.
Par ailleurs, Jimmy Néashit a été nommé émissaire par les autochtones afin qu'il s'occupe des contacts avec les élus. Avec cette nomination, les deux parties espèrent parvenir à tenir une nouvelle séance de négociations, très bientôt.
«On attend une réponse d'ici lundi ou mardi, souhaite David Boivin, chef de Wemotaci. On a la ferme conviction qu'on va réussir à avoir ce qu'on demande. Tant qu'il y aura de la lumière, l'espoir sera là».
Depuis déjà une semaine, des barricades paralysent les opérations forestières et une contre-attaque pourrait même s'organiser chez les travailleurs brimés.
À ce sujet, une rumeur circulait d'ailleurs hier en Haute-Mauricie voulant que des ouvriers privés de travail par le blocus atikamekw, décident de bloquer eux-mêmes la route menant au territoire autochtone afin de freiner leur approvisionnement.
Divers intervenants, dont David Boivin, ont confirmé avoir entendu l'évocation d'un pareil scénario, mais que rien de tel ne s'était concrètement manifesté sur le terrain, hier.
«J'en ai entendu parler, mais je ne sais pas si la rumeur est fondée. La circulation n'est pas encore obstruée. Ça ne nous inquiète pas», a noté le chef de Wemotaci.
Chez les travailleurs, le même bruit courait sans pour autant être confirmé.
«J'ai entendu ça, mais je ne sais pas d'où ça vient. Il n'y a rien de concret. Oui, les intervenants essaient de se mobiliser mais c'est pour sensibiliser le gouvernement et non pas pour faire des blocus», mentionne Claude Dupuis, directeur général de la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice.
Dialogue cordial
Du côté du ministère des Affaires autochtones, on rappelle que le dialogue est toujours cordial et continu entre les deux parties, même si aucune rencontre formelle n'a eu lieu depuis mercredi dernier. Cependant, pas question de s'asseoir à une table de discussion bilatérale tant et aussi longtemps que les perturbations seront en cours.
«Le ministre a proposé sa solution. On est disponible pour une rencontre, mais c'est conditionnel à une levée totale du blocus. On ne peut pas avoir de dialogue, sans paix sociale», rappelle Marie-Josée Paquette, attachée politique du ministre Geoffrey Kelley.
Dans leurs revendications, les autochtones réclament notamment des redevances sur l'exploitation des ressources naturelles sur leur territoire ancestral en plus d'avoir accès à des volumes de bois.
Le chef David Boivin soutient que les Atikamekws avaient déjà manifesté leur ouverture au dialogue lorsqu'ils ont accepté de mettre un terme au blocus sur le chemin de fer du Canadien National (CN), dans la nuit de jeudi à hier.
Par contre, il n'est pas question de cesser complètement les moyens de pression tant qu'un cadre de négociation n'aura pas été établi. «On a fait des compromis. Entre-temps, on continue de maintenir de la pression sur le territoire en bloquant les routes d'accès qui mènent à nos ressources», assure David Boivin.
Impatience, mais compréhension
Pendant ce temps, les travailleurs forestiers rongent leur frein, attendant patiemment un dénouement dans ce conflit entre le gouvernement et les Atikamekws.
«On a toujours eu de bonnes relations avec eux et ce n'est pas aujourd'hui qu'on va briser ça. Sans dire qu'on va jusqu'à appuyer leurs demandes, on comprend et on croit que c'est légitime. Par contre, nous aussi on a nos revendications et c'est le retour au travail», note Claude Dupuis qui a dû retirer 90 de ses travailleurs depuis le début du blocus.
Avec la possibilité que le conflit s'étire et entraîne davantage de pertes financières, la Chambre de commerce et d'industrie du Haut-Saint-Maurice a admis être préoccupée par la situation, tout en reconnaissant l'importance des revendications des Atikamekws.
«La Chambre souhaite que la situation puisse se régler rapidement afin que l'industrie forestière, fragilisée par des années difficiles, ne souffre pas des conséquences du blocus et d'autre part, que les Atikamekws puissent obtenir satisfaction suite à leurs demandes», souligne l'organisation, par voie de communiqué.•