Yves-François Blanchet

Bloc québécois: Yves-François Blanchet se lance dans la course

OTTAWA — Yves-François Blanchet s’est lancé dans la course à la direction du Bloc québécois, lundi, les yeux bien ouverts.

«Je pense qu’on doit reconnaître que le mouvement souverainiste n’est pas à ses meilleures années de gloire», a-t-il dit en ajoutant que le mouvement au complet devrait songer à se lancer dans un exercice de refondation comme c’est le cas au Bloc québécois actuellement.

Le commentateur politique et ex-député du Parti québécois a confirmé en fin de journée qu’il se lance dans la course à la direction du Bloc québécois. Il était entouré des députés Marilène Gill et Gabriel Ste-Marie. Il propose aux militants souverainistes d’être «lucides» et d’éviter la «pensée magique» tout en faisant la démonstration des avantages «indubitables» de l’indépendance. «Peut-être qu’on a eu un peu tendance au sein du mouvement souverainiste à se parler entre nous et c’est à eux, ces huit millions de personnes, que nous devons nous adresser», a-t-il ajouté plus tard en parlant de l’ensemble du peuple québécois.

Le Bloc québécois doit, à son avis, être «une voix qui ne parle que pour le Québec quels que soient les enjeux». «Il n’y a pas, dans ma rhétorique à moi et dans ma compréhension à moi, de différence entre la souveraineté et les intérêts du Québec, a-t-il affirmé. Mais, bien sûr, on n’a pas à tenter d’utiliser un argument d’autorité avec la population en disant la souveraineté du Québec, c’est bon, la preuve je vous le dis. Ce n’est pas suffisant. Il y a une démonstration à faire.»

La question sur le rôle du Bloc québécois à Ottawa avait déchiré le parti durant la crise qui avait duré de février à juin derniers. Le candidat veut également s’attaquer au financement du parti, à son organisation dans toutes les circonscriptions du Québec et participer à la refondation lancée par le Forum jeunesse du Bloc québécois.

Un député de la région?

Bien qu’il est trop tôt pour déterminer où Yves-François Blanchet souhaiterait se présenter s’il est élu chef du Bloc québécois, l’ancien député de Drummond puis de Johnson pour le Parti québécois ne devrait pas être à nouveau candidat au Centre-du-Québec. «C’est une question dont je n’ai pas fait d’analyse des pistes d’atterrissage possibles», avoue M. Blanchet en entrevue au Nouvelliste. «Honnêtement, je serais un peu étonné que ça soit dans la région de Drummondville. Je ne veux pas créer des suppositions quant au lieu où j’irais ou pas. L’analyse des 78 circonscriptions va devoir se faire dans une perspective plus large que juste où est-ce qu’on fait atterrir le chef, si jamais je suis chef.»

La circonscription de Saint-Maurice-Champlain, où il habite, ne serait également pas un choix pertinent. Yves-François Blanchet ne souhaite pas affronter le député libéral et ministre des Infrastructures et des Collectivités, François-Philippe Champagne, pour qui il cultive un respect. «C’est évident que je n’envisage pas d’aller dans Saint-Maurice-Champlain. Je ne vois pas trop la pertinence de créer le spectacle de deux personnes qui s’apprécient et qui sont plutôt amies. Je n’ai pas ce désir», mentionne M. Blanchet. «J’apprécie autant François-Philippe aujourd’hui que je l’appréciais il y a un mois. Tant mieux si on est capable d’avoir des amitiés dans des partis politiques autres. J’ai aussi parlé avec Alain Rayes des conservateurs (Richmond-Arthabaska) avec qui j’ai une belle relation, que je trouve importante et que je veux conserver.»

Très prompt à défendre les intérêts des Québécois depuis son élection à Ottawa en 2011 avec le NDP, le député de Robert Aubin, qui se fait discret sur ses convictions souverainistes depuis son adhésion au NPD, serait le bienvenu au Bloc québécois. Bien qu’aucune approche n’a été faite pour recruter le député de Trois-Rivières, M. Blanchet soutient «que c’est sûr qu’un souverainiste, quel que soit le parti politique auquel il adhère présentement et ait le désir de joindre le Bloc québécois sera accueilli à bras ouverts.»

Cinq appuis au caucus

L’«Ex» de Radio-Canada s’était retiré la semaine dernière de l’émission diffusée au Réseau de l’information (RDI) et de toutes ses autres activités publiques — il était notamment chroniqueur au Groupe Capitales Médias ainsi qu’au 106,9 FM — pour entamer une période de réflexion.

Au moins cinq des dix députés bloquistes l’ont assuré de leur appui s’il se lance dans la course à la direction et l’ensemble du caucus l’a invité à tenter l’aventure. 

Le chef intérimaire Mario Beaulieu de même que les députés Luc Thériault, Monique Pauzé, Gabriel Ste-Marie et Rhéal Fortin ont déjà révélé qu’ils appuieront M. Blanchet, sans attendre de voir quel autre candidat pourrait se présenter. «Je ne veux pas diminuer l’importance d’autres candidatures, mais moi j’ai fait mon lit, a réitéré Rhéal Fortin. Je vais travailler avec Yves-François Blanchet, je l’appuie. Je pense, effectivement, que c’est une bonne nouvelle pour le Bloc québécois, c’est une bonne nouvelle pour le Québec qu’un homme de cette valeur-là accepte de s’impliquer en politique.»

Louis Plamondon est aussi ravi de l’annonce de la candidature d’Yves-François Blanchet. «Je ne doute pas qu’il va gagner la course facilement», estime le député de Bécancour-Nicolet-Saurel. «Même s’il y a d’autres candidats, je ne crois par qu’ils auront sa prestance, sa notoriété, sa capacité de communication et son expérience politique de député et de ministre. Il a été ministre de l’Environnement, un thème qui sera très présent dans la prochaine campagne électorale. Il a aussi beaucoup de charisme, ça va être difficile de le contourner.»

Yves-François Blanchet est devenu commentateur après sa carrière en politique québécoise. Il a été député du Parti québécois de 2008 à 2014 et a été ministre de l’Environnement au sein du gouvernement minoritaire de Pauline Marois.

D’autres candidats se sont montrés intéressés à devenir chef du Bloc québécois. C’est le cas de Christian Hébert, un agriculteur de la région de Portneuf. Le député Michel Boudrias, quant à lui, n’a pas fermé la porte. La course à la direction du Bloc québécois débutera officiellement le 14 décembre. Les candidats auront un mois pour amasser 500 signatures dans au moins 15 circonscriptions et 15 000 $. Le chef sera choisi le 24 février.