Devant une salle d’audience remplie des survivants et des proches des victimes, le juge François Huot de la Cour supérieure a déclaré Alexandre Bissonnette, 28 ans, coupable des six meurtres au premier degré et de six tentatives de meurtre avec une arme à autorisation restreinte.

Bissonnette plaide coupable

Coupable, 12 fois. Les veuves pleurent doucement en entendant les noms de leurs maris. Alexandre Bissonnette retient difficilement ses larmes. Le sort de l’auteur de la fusillade à la Mosquée de Québec est scellé.

Devant une salle d’audience remplie des survivants et des proches des victimes, le juge François Huot de la Cour supérieure a déclaré Alexandre Bissonnette, 28 ans, coupable des six meurtres au premier degré et de six tentatives de meurtre avec une arme à autorisation restreinte.

Le jeune homme avait enregistré ses plaidoyers de culpabilité lundi vers 14h30. Le juge François Huot avait toutefois refusé de les entériner avant que l’accusé ne soit revu par un psychiatre qui pourrait confirmer son aptitude à subir son procès et à plaider coupable. L’ordonnance de non-publication, toujours en vigueur, empêchait les médias de rapporter cet important revirement de situation jusqu’à la déclaration de culpabilité.

Alexandre Bissonnette est donc coupable des meurtres au premier degré de Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzedine Soufiane et Aboubaker Thabti.

Il est aussi coupable d’avoir tenté de causer la mort en utilisant une arme à autorisation restreinte de Said Akjour, Aymen Derbali, Said El Amari, Nizar Ghali, Mohamed Khabar et 35 autres personnes présentes le soir du 29 janvier 2017 au Centre culturel islamique de Québec.

Vers 20h ce soir-là, Alexandre Bissonnette a fait irruption dans la mosquée de Sainte-Foy. Le jeune homme, membre d’un club de tir, a déchargé ses armes dans la salle de prières, tué une demi-douzaine de fidèles et en a blessé cinq autres avant de prendre la fuite à bord de la voiture de son père. Une arme longue a été retrouvée près de la mosquée.

Peine et douleur immense

Lundi, Alexandre Bissonnette avait annoncé avoir une déclaration à faire. Le juge Huot n’avait pas oublié et l’a ramené dans le box des témoins.

L’ex-étudiant de l’Université Laval ne regardera presque jamais sa feuille. Il tourne son visage à plusieurs occasions vers les dizaines de proches endeuillés assis dans la salle d’audience. Sa voix est forte, presque sans fêlure.

«À chaque minute de mon existence, je regrette amèrement ce que j’ai fait, les vies que j’ai détruites, la peine et la douleur immense que j’ai causée à tant de personnes, sans oublier les membres de ma propre famille», affirme Alexandre Bissonnette.

Quatorze mois après la tuerie, Alexandre Bissonnette se dit incapable de comprendre ce qui l’a poussé à commettre une telle horreur. 

«Je ne suis ni un terroriste ni un islamophobe, assure le meurtrier. Plutôt, je suis une personne qui a été emportée par la peur, par la pensée négative et par une sorte de forme horrible de désespoir.»

Le jeune homme, victime d’intimidation durant son parcours scolaire, avait depuis longtemps des idées suicidaires et une obsession avec la mort. «C’est comme si je me battais avec un démon qui a fini par m’avoir, qui a fini par gagner contre moi», décrit-il.

Alexandre Bissonnette a dit aux victimes qu’il aimerait pouvoir leur demander pardon, mais qu’il sait que son geste est impardonnable. Il souhaite pouvoir faire au moins «un peu de bien» en plaidant coupable.

Le meurtrier regagne le box de détention. Il assistera, immobile, à la suite des débats et n’éclatera en sanglots qu’à la toute fin.

Décision mûrie

Le psychiatre Sylvain Faucher a rencontré Alexandre Bissonnette lundi soir à l’Établissement de détention de Québec. Le Dr Faucher connaît bien le jeune homme, qui a séjourné à Robert-Giffard durant de longues semaines l’automne dernier en raison de ses idées suicidaires. Lundi soir, Bissonnette, jeune homme médicamenté pour son anxiété, était au mieux de ce que le psychiatre connaît de lui. 

Le psychiatre Dr Faucher explique que déjà, à la fin de l’automne dernier, Alexandre Bissonnette envisageait de plaider coupable. Il avait pris cette décision à la suite d’une longue période de réclusion.

«Ce que j’en comprends de monsieur c’est qu’il ne veut pas être l’auteur d’un autre drame collectif en faisant le procès», explique le Dr Faucher.

L’accusé a eu l’occasion de parler de sa décision avec ses proches et il comprend bien les enjeux, estime le psychiatre.

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ANXIEUX ET INSTABLE, UNE SEMAINE AVANT LE DRAME

Alexandre Bissonnette avait dû retourner vivre chez ses parents, une semaine avant la tuerie, tellement il était anxieux et instable.

Maintenant qu’Alexandre Bissonnette a plaidé coupable et que le procès est annulé, les documents présentés par la police pour obtenir les mandats de perquisition sont maintenant complètement publics, à l’exception de certains éléments pour protéger des mineurs ou des tiers innocents.

Les déclarations faites par Raymond Bissonnette et Manon Marchand aux policiers ont ainsi été révélées mercredi.

En janvier 2017, Alexandre Bissonnette était suivi à la Clinique médicale Saint-Louis. Son médecin lui avait prescrit un nouveau médicament, l’APO-Paroxétine, utilisé notamment pour traiter les troubles anxieux.

Manon Marchand a confié aux policiers que son fils, étudiant en sciences politiques à l’Université Laval, se dit «en accord avec les propos du président Donald Trump à l’effet de bloquer toute immigration».

Appel au 9-1-1

La dénonciation nous en apprend un peu plus sur l’appel au 9-1-1 logé par Alexandre Bissonnette, moins de 30 minutes après la tuerie.

Le jeune homme s’est identifié clairement et a annoncé qu’il était le tireur recherché par la police. Il a stationné le véhicule Mitsubishi gris de son père en bordure de l’autoroute Félix-Leclerc, non loin du pont de l’île d’Orléans, avec les feux d’urgence en fonction, et demande qu’on vienne le chercher. Il pleure et dit qu’il va aller marcher dans le bois et se tirer une balle dans la tête. Le jeune homme ajoute qu’il avait deux fusils, mais qu’il ne se rappelle de rien. Alexandre Bissonnette assure qu’il va coopérer à 100 %. Il est tanné et veut que les policiers interviennent. 

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«JE SAIS QUE MON GESTE EST IMPARDONNABLE»

Voici la déclaration intégrale d’Alexandre Bissonnette aux victimes :

«Monsieur le juge, en cet instant que je suis libre de vider mon cœur et mon esprit

J’aimerais vous dire à vous M. le juge et à tous :

(Il se tourne vers les gens)

À chaque minute de mon existence je regrette amèrement ce que j’ai fait, les vies que j’ai détruites.

La peine et la douleur immense que j’ai posées à tant de personnes, sans oublier les membres de ma propre famille.

J’ai honte de ce que j’ai fait.

Je ne sais pas pourquoi j’ai posé un geste insensé comme ça.

Encore aujourd’hui j’ai de la misère à y croire.

Malgré ce qui a été dit à mon sujet, je ne suis ni un terroriste ni un islamophobe.

Plutôt je suis une personne qui a été emportée par la peur, par la pensée négative et par une sorte de forme horrible de désespoir.

J’avais depuis longtemps des idées suicidaires et une obsession avec la mort.

Comme si je me battais avec un démon qui a fini par m’avoir, qui a fini par gagner contre moi.

J’aimerais tant pouvoir revenir dans le temps et changer les choses.

Parfois, j’ai l’impression que tout ça n’est qu’un affreux rêve, un long cauchemar.

(Il se tourne vers les familles des victimes)

J’aimerais pouvoir vous demander pardon pour tout le mal que je vous ai fait, mais je sais que mon geste est impardonnable.

Si au moins en plaidant coupable je peux faire un peu de bien dans tout ça, alors, ça sera déjà ça de fait.

C’est pour ça que j’ai plaidé coupable devant vous.»