La salle de bingo O'503 a réouvert avec une capacité réduite.
La salle de bingo O'503 a réouvert avec une capacité réduite.

Bingo et cinéma se déconfinent à leur rythme

TROIS-RIVIÈRES — Ni la pandémie ni le temps radieux n'auront eu raison de la ferveur des amateurs de bingo de la région. Depuis sa réouverture le 1er juillet, la Salle O'503 de Trois-Rivières fait pratiquement salle comble tous les jours. Il faut dire que sa capacité a été revue, passant de 750 à 294 places, question de respecter les mesures de distanciation physique prescrites.

Le soleil est de plomb samedi après-midi, en bordure du boulevard Saint-Maurice, à Trois-Rivières. On approche 16 heures et la file d'attente s'allonge de minute en minute. Ce sera bientôt l'ouverture de la deuxième ronde de la journée à la Salle O'503. Ceux qui patientent viendront gonfler les rangs de la centaine de joueurs – surtout des joueuses – qui estampillent déjà leurs cartes depuis 13 heures au son des B-7, N-39 et autres O-64. On devrait faire salle comble, anticipe Luc Langlois, directeur général du Regroupement des Bingos de Trois-Rivières. Prévoyant, celui-ci s'affaire à préparer les coupons devant servir de laissez-passer à ceux qui attendent dans la file, certains depuis plus d'une heure, dit-on.

Le Bingo de Trois-Rivières c'est 120 000 entrées par année, qui génèrent 7,5 millions $ de revenus bruts, dont 1 million $ est redistribué dans des dizaines d'organismes de la région – en temps normal. Trois mois et demi de confinement représentent ainsi plus de 300 000 $ en manque à gagner pour ces mêmes organismes, souligne Luc Langlois. Passionnés les amateurs de bingo? «C'est des maniaques», rigole le directeur général. «J'ai des gens qui mettent 1500$ par mois, facile!», affirme-t-il.

Luc Langlois, directeur général du Regroupement des bingos de Trois-Rivières, raconte que les amateurs de bingo de la région ont renoué avec leur activité préférée dans la frénésie.

Quand on a rouvert, le 1er juillet, 268 amateurs étaient au rendez-vous. «C'était la frénésie», raconte M. Langlois. Si la salle a été réarrangée pour maintenir une distance de deux mètres entre tous les participants, il faut aussi voir à expliquer les consignes, fait-il valoir. Il indique à titre d'exemple que si le port du masque n'est pas obligatoire, on demande tout de même aux gens de le porter quand ils circulent dans la salle.

Dans la file d'attente, ça discute ferme pour passer le temps. La bonne humeur se lit sur les visages. Tous donnent l’impression de se connaître. «On se reconnaît», précisera Mario, un habitué. Tous s'entendent aussi pour dire que trois mois, c'est long. On se sera tourné vers les versions en ligne ou radiodiffusées du jeu, «mais ce n'est pas pareil», insistent les amateurs. Une question de rythme, semble-t-il. «Une fois il y a eu 26 gagnants, ils les ont tous nommés. Après ça, j'ai décroché», relate Jeannette. «Ici, ils ont bien organisé ça», rajoute Mario, visiblement heureux de la façon dont on a vu à la reprise des activités.

La file d'attente grossissait sans cesse à l'approche de 16 heures.

Retour en douceur des cinéphiles

Dans les salles de cinéma de la région, c'est vendredi que reprenaient les projections. Au cinéma Le Tapis Rouge, une centaine de cinéphiles auront assisté à différentes séances le jour de la réouverture, indique Joël Côté, copropriétaire de l'entreprise. «Les gens étaient contents, voire même émus», relate-t-il. Ici aussi, il aura fallu s'ajuster. Les temps de battement entre les films ont notamment été allongés pour permettre au personnel de désinfecter les salles. Il ne s'agit plus simplement de passer la balayette à pop-corn, fait valoir M. Côté.

Joël Côté, copropriétaire du cinéma Le Tapis Rouge, relate que les gens étaient émus de retrouver le cinéma.

Contrairement aux salles de bingo ou aux restaurants, pourtant sous le coup du même décret, la capacité maximale d'une salle de cinéma (ou d'un lieu de culte) est fixée à 50 personnes. Une mesure supplémentaire qui, rappelons-le, aura été décriée par plusieurs. On évoque d'ailleurs un assouplissement des mesures dans un avenir rapproché, lequel verrait possiblement la règle des 250 personnes dans un lieu fermé être appliquée.

Une révision des restrictions serait certes la bienvenue pour les exploitants. Au Tapis Rouge, on souligne que le contexte actuel permet tout juste d'espérer garder la tête hors de l'eau. «Le concept de rentabilité est excessivement fragile», maintient ainsi Joël Côté. Rappelons que c'est à la fin de l'été 2019 – il y a moins d'un an! – que lui et son partenaire, Paul Langevin, reprenaient les rênes du cinéma qui convie le public à des films populaires, mais également à œuvres plus nichées. On se réjouit aujourd'hui de l'effervescence des premiers mois d'activité. Ceux-ci auront permis de traverser la tempête. On dit par ailleurs pouvoir compter sur un public loyal et que le film québécois Suspect numéro un, qui sort vendredi, devrait marquer un reprise plus soutenue de l'achalandage.

Pour l'instant, ce ne sont pas tant les règles sanitaires ni l'offre de films qui ont vu les cinéphiles regagner les salles avec un engouement teinté de réserve. C'est plutôt que la troisième canicule d'un été encore naissant est peut-être moins propice à une ruée vers le cinéma, avance-t-on. D'ailleurs, à la Place Biermans, à Shawinigan, on rapporte aussi qu'à peine une centaine de spectateurs se seront présentés aux diverses projections de vendredi. Une reprise en douceur qui donne toutefois le temps aux employés de s'habituer à leur nouvelle réalité et de roder une routine d'accueil et d'entretien revue et corrigée. De nouvelles façons de faire qui n'ont rien d'une fiction.