Cette photo prise en mai dernier démontre l'ampleur du glissement de terrain survenu derrière la maison.

Bientôt les deux pieds sur terre

«On est très heureux. On conserve le même environnement, on aura plus grand de terrain. Au bout du compte, on n'est pas perdant. On sent qu'on s'en va dans la bonne direction.»
La maison de Michel Hubert sera déplacée sur le terrain où se trouve actuellement le bâtiment de ferme.
Michel Hubert est un homme soulagé. Lui et sa conjointe Danielle Baron pourront d'ici quelques mois jouir de nouveau de leur maison située à Saint-Justin, eux qui ont été évacués d'urgence en mai en raison d'un important glissement de terrain survenu près de leur résidence de la route du Bois-Blanc.
Le retraité de 57 ans s'était laissé charmer par cette maison de campagne qu'il a retapée de fond en comble avec sa conjointe depuis la dernière année. L'ordre d'évacuation a bousculé la vie du couple, entraînant son lot d'inquiétudes et de nuits à mal dormir.
«Si on me demandait de revivre ça, la réponse serait non!», lance M. Hubert.
Le couple était admissible au programme d'indemnisation du gouvernement du Québec, un programme qui a ses exigences en matières administratives, en études de sol, en capacités financières. Trois options s'offraient à Mme Baron et M. Hubert. Comme le renforcement du sol était trop onéreux, deux choix étaient possibles: le déplacement de la maison ou la démolition de celle-ci si son déplacement est trop onéreux. Pour chaque scénario, le programme d'indemnisation offre de rembourser les travaux jusqu'à la valeur de la maison.
«On ne voulait pas la démolir, car c'est notre projet de retraite. On est ici depuis un an, on aimait la vue arrière, avec la coulée, mais on ne voulait pas se retrouver trop loin», commente M. Hubert.
Le couple a entrepris des discussions avec son voisin, Henri Lefebvre. Les relations entre les deux ont toujours été bonnes, M. Lefebvre ayant accepté que le couple installe sa tente-roulotte sous un bâtiment de ferme. La tente-roulotte est leur domicile depuis qu'ils ont été évincés de leur maison. Les deux parties ont finalement convenu de transiger pour un terrain de 95 pieds sur 265 pieds. La maison devra franchir quelque 60 pieds afin de se retrouver sur ses nouvelles fondations.
«C'est un bon bonhomme, ajoute M. Hubert. Quand on est arrivé il y a un an, on a fraternisé avec lui. Il est toujours prêt à nous rendre service. Et la maison qu'on a achetée est celle de ses parents. Henri était content, car on aime que notre maison soit bien entretenue, avec des fleurs.»
La ronde des soumissions pour le déplacement de la maison a été lancée. Le couple devra débourser plus de 100 000 $ pour cette étape qui inclut les nouvelles fondations de la maison. Il a dû aussi contacter la compagnie Bell: un fil surplombe le terrain qui accueillera la maison, si bien que le fil doit être déplacé lui aussi. Mais la facture des travaux a fait sursauter le couple qui s'en tire finalement plutôt bien.
«Le premier estimé de Bell était de 26 000 $. J'ai fait une demande de révision et ça a passé à 32 000 $! De la façon qu'on est placé, ça demande une réorganisation du réseau: ils doivent planter trois poteaux. On leur a fait comprendre que ce n'est pas un caprice de demander le déplacement du fil. On leur a envoyé l'article de Mme Légaré (Isabelle, chroniqueuse au Nouvelliste). Ils ont été corrects: en trois jours, ils sont revenus en disant qu'après avoir lu l'article du Nouvelliste, ils ont compris que ce n'était pas pour une question d'esthétique, qu'on était des sinistrés. Les travaux coûtent toujours 32 000 $, mais Bell nous charge la portion des travaux qui concerne notre terrain, soit 8000 $. C'est correct et acceptable. Et c'est déjà payé!», confie M. Hubert.
Toutes ces questions étant réglées, il fallait que le couple s'entende avec la Municipalité de Saint-Justin pour que cette dernière achète son terrain actuel pour la somme symbolique d'un dollar. La Municipalité doit interdire toute construction à cet endroit tant que ce dernier représente un danger. Lors de la dernière séance du conseil, tenue lundi soir dernier, les élus ont accepté à l'unanimité la demande de Mme Baron et de M. Hubert, un appui accueilli avec joie et soulagement par le couple.
Les morceaux du casse-tête tombent tranquillement en place, si bien que la maison sera déplacée à la fin du mois de septembre. Le temps de raccorder la maison aux différents services, Danielle Baron et Michel Hubert devraient être en mesure de s'étendre dans leur salon vers la fin du mois d'octobre.
«Le gouvernement a été correct avec nous, la Municipalité a été correcte avec nous, Bell a compris notre situation, énumère M. Hubert. On s'attend à payer un peu de notre poche, car le programme d'indemnisation a ses limites. Mais au final, si on n'a pas ce programme, je ne sais pas ce qu'on aurait fait. On est chanceux au Québec. On se plaint de payer beaucoup d'impôt, mais quand le malheur frappe, ça fait la différence entre faire faillite ou pas. Et l'an prochain, je serai sur mon balcon en train de profiter de ma belle retraite.»
Plus de 700 000 $ en versements
Toutes les municipalités de la Mauricie et la grande majorité des municipalités du Centre-du-Québec avaient jusqu'au 16 août pour déposer une demande d'indemnisation au programme québécois d'aide financière relatif aux inondations survenues au printemps. En date du 14 août, 264 dossiers avaient été déposés par des municipalités de la Mauricie pour des indemnisations de 604 568 $. Du côté du Centre-du-Québec, 86 demandes ont été acheminées pour des indemnisations de 120 124 $.
Selon les informations fournies par le gouvernement du Québec, Saint-Célestin a jusqu'au 13 septembre pour acheminer ses demandes. La date limite pour les municipalités de Baie-du-Febvre et de Saint-Pierre-les-Becquets est fixée au 28 octobre.