Zoé Brière, une des trois membres de la Coopérative Pompon Laine Café.

Bien loin des pantoufles en Phentex

TROIS-RIVIÈRES — Le mot tricot évoque, pour la plupart des gens, une grand-mère en train de fabriquer des pantoufles en Phentex. Sur la rue Bonaventure, à Trois-Rivières, la coopérative Pompon Laine Café réinvente le tricot et donne envie de sortir ses aiguilles du grenier.

La boutique vend des pelotes et des écheveaux de fibres entièrement naturelles en provenance des quatre coins du monde. C’est un univers de textures et de couleurs, un endroit où des personnes de tous les âges viennent siroter un café en apprenant à fabriquer des vêtements de qualité et uniques en leur genre.

Il y a presque trois ans, trois femmes de générations différentes, Zoé Brière, formée au Centre des textiles contemporains de Montréal, Geneviève Raymond, enseignante au Cégep de Trois-Rivières et Christine Dubois, secrétaire de formation, ont décidé de transformer leur passion débordante pour le tricot en coopérative.

Leur boutique, Pompon Laine Café, accueille tous ceux et celles qui veulent apprendre le tricot, le crochet, le tissage, le filage ou le feutre à l’eau. «Nous sommes une école d’arts textiles», explique Mme Brière. La porte est donc ouverte à tous, du débutant à la personne la plus expérimentée.

Plusieurs tables et fauteuils installés en rond permettent aux clients de venir tricoter en discutant de tout et de rien. «On peut venir juste pour prendre un café aussi», signale Mme Brière.

C’est un endroit de choix où s’approvisionner en fibres de qualité. On y trouve en effet des pans de murs complets garnis de balles de laine et d’écheveaux en provenance de nombreux pays, de toutes les couleurs et de tous genres de textures. À ce chapitre, la boutique trifluvienne n’a rien à envier à celles qui se trouvent dans les grands centres.

Zoé Brière s’étonne des effets inattendus du caractère convivial de la boutique. «Des gens qui ne se connaissaient pas du tout, au début, sont venus ici pour tricoter et maintenant, ils vont souper ensemble», se réjouit-elle. Bref, le tricot devient un moyen de briser l’isolement.

Les heures d’ouverture de la boutique favorisent d’ailleurs ce genre d’interaction. Le jeudi et le vendredi, les portes ne se ferment qu’à 20 h et l’endroit est ouvert les samedis et dimanches.

Les trois entrepreneures sont fières de mettre de l’avant leur côté écologique et social. C’est que les fibres vendues sur place sont toutes naturelles. «Il n’y a pas de pétrole dedans», souligne Zoé Brière en faisant allusion aux laines bon marché en polyester vendues dans les magasins de grandes surfaces. On se soucie également de la façon dont les fibres ont été traitées, qu’il s’agisse de soie, de laine de mouton, d’alpaga, de yack ou autres, dans quelles conditions elles ont été teintes et qui sont les personnes qui ont travaillé tout au long du processus. Dans quelques cas, les fibres sont issues d’élevages régionaux.

La laine naturelle, qu’on a négligée pendant des décennies avec l’arrivée des fibres synthétiques, regagne aujourd’hui ses lettres de noblesse auprès de passionnés qui savent en apprécier toute la valeur.

«De nos jours, on ne tricote pas pour sauver de l’argent», fait valoir Zoé Brière. Si l’on veut simplement se procurer un gilet, on peut en obtenir un à peu de frais dans les magasins à grandes surfaces ou dans les friperies. Le tricot à la main fait de fibres naturelles n’a rien à voir avec cette mission d’autrefois, explique-t-elle.

Dans la boutique de Pompon Laine Café, on trouve de très nombreuses réalisations des tricoteuses qui vont du chapeau à l’écharpe en passant par le gilet et les vêtements pour bébés. Même si tous ces vêtements sont magnifiques, ils sont presque invendables, du moins pas à leur juste prix. En plus du coût de la laine, le nombre incalculable d’heures qui ont été nécessaires à leur réalisation rendrait la valeur de ces objets exorbitante.

Même si la belle fibre naturelle coûte cher, c’est un des loisirs les moins coûteux qui existent, assure Mme Brière. C’est vrai si on calcule le nombre d’heures de plaisir qu’on peut obtenir avec une seule balle de laine.