Jean-Guy, Jonathan, Roger et le petit Philibert Beaudet de la Ferme Sainte-Sophie.
Jean-Guy, Jonathan, Roger et le petit Philibert Beaudet de la Ferme Sainte-Sophie.

Bien-être animal: des producteurs se disent injustement pointés du doigt

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — L’organisation internationale de défense des droits des animaux PETA a publié une vidéo jeudi concernant de possibles cas de maltraitance envers les animaux dans une des plus importantes fermes laitières au Québec. Les images captées selon l’organisation par un «lanceur d’alerte» montrent des vaches souffrantes de la Ferme Sainte-Sophie de Sainte-Sophie-de-Lévrard. Au lendemain de la diffusion de cette vidéo, les propriétaires de cette ferme ont ouvert en toute transparence les portes de leurs installations au Nouvelliste pour démontrer qu’ils ont à cœur le bien-être de leurs animaux.

Dans la vidéo publiée par PETA, un organisme qui s’oppose à l’exploitation des animaux par l’homme, on montre sur fond de musique dramatique un veau qui aurait été «arraché à sa mère», une vache prise dans une fosse à purin où elle aurait passé deux jours et une autre ayant d’importants problèmes de santé à une patte. De plus, une vache qui aurait accouché est présentée agonisante. PETA affirme qu’elle a été abattue d’une «balle dans la tête». Des carcasses auraient aussi été laissées dehors plusieurs jours avant d’être ramassées. L’organisme de défense des droits des animaux affirme aussi que les blessures et les infections sont «monnaie courante» dans les installations de la Ferme Sainte-Sophie.

Des ouvriers de la ferme auraient aussi, selon le lanceur d’alerte de PETA, donné des coups de pied à une vache alors qu’elle accouchait et que «son veau pendait hors d’elle». D’autres cas similaires de maltraitance se seraient également produits.

«Les vaches sont des animaux intelligents et sociaux, mais dans les fermes laitières, elles souffrent constamment pendant que leurs amies meurent autour d’elles», écrit PETA en montrant des carcasses de vache avant de promouvoir le boycottage des produits laitiers.

PETA mentionne de plus que ces allégations du lanceur d’alerte ont été communiquées au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries, de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et qu’il a par la suite mené une enquête. 

Une image de la vidéo de PETA

«PETA a maintenant appelé la ferme à rendre publiques les conclusions de l’enquête et à partager les mesures correctives prises, le cas échéant, pour remédier aux souffrances des vaches et éviter qu’elles continuent de subir des mauvais traitements», affirme le groupe de défense des droits des animaux qui incite la population à adopter le véganisme pour que cesse l’exploitation des animaux.

Une employée congédiée insatisfaite

À l’arrivée du Nouvelliste à la ferme vendredi matin, Roger, Jean-Guy et Jonathan, deux générations de la famille Beaudet, étaient là pour nous rencontrer. Signe qu’une véritable tempête les a frappés depuis jeudi, ils ont fait appel à un professionnel en relations publiques pour les accompagner. Les trois producteurs laitiers ont ouvert les portes des étables, de la pouponnière ainsi que du carrousel de traite.


« Elle nous a menacés de nous mettre dans le trouble si elle ne revenait pas. »
Jonathan Beaudet

C’est d’ailleurs une ancienne employée qui travaillait à la traite qui aurait fourni les images à PETA. Elle était responsable d’inspecter les vaches pour noter les anomalies afin d’intervenir rapidement, précisent les propriétaires. Au début de la pandémie, elle se serait présentée avec de la toux. Elle ne voulait pas consulter, même si la toux persistait. Ses patrons lui ont donc dit de rester à la maison, car c’était les consignes de la santé publique.

La Ferme Sainte-Sophie est une affaire de famille. 

Par la suite, la demande en lait a chuté avec la pandémie. La ferme devait jeter du lait chaque jour. Cette employée n’a pas été rappelée au travail par manque de besoins, ce qu’elle n’aurait pas accepté, soutiennent les propriétaires. «Elle nous a menacés de nous mettre dans le trouble si elle ne revenait pas», précise l’un d’eux.

Une plainte a d’ailleurs été déposée à la Sûreté du Québec.

Les propriétaires ont aussi donné une copie au Nouvelliste du rapport du MAPAQ. Celui-ci ne mentionne aucune entrave au bien-être animal.

Les situations sur la vidéo ne sont pas niées. Elles sont toutefois exagérées et présentées hors contexte, mentionnent les propriétaires. En ce qui concerne l’employé qui a frappé un animal, il a eu de sérieux avertissements et il perdra son emploi s’il récidive.

Une cible de choix 

Cette sortie publique de PETA vise une importante ferme laitière au Centre-du-Québec qui compte environ 1400 têtes et qui souhaite poursuivre son développement en augmentant sa production afin de permettre à la nouvelle génération de prendre la relève. Toute l’industrie laitière connaît la famille Beaudet qui exploite cette ferme depuis plusieurs générations. Jean-Guy Beaudet, un des propriétaires, est aussi maire de la municipalité depuis près de 20 ans.

«Ce n’est pas parce que nous avons 1400 vaches qu’on ne s’en occupe pas. On prend soin de tous nos animaux et on est soumis aux mêmes règles que les petits producteurs», affirme Jean-Guy Beaudet. «Elles naissent ici et on les voit grandir. On veut qu’elles vivent dans de belles conditions.»

De plus, cette ferme a été choisie par Québec pour accueillir un projet de production de gaz naturel renouvelable. Le ministre des Ressources naturelles du Québec, Jonathan Julien, était d’ailleurs sur place le 6 juillet pour faire l’annonce de ce projet et de sept autres ailleurs au Québec. Ces deux projets font de la ferme une cible de choix pour PETA, estiment les propriétaires.

Des impacts négatifs

Ces allégations de PETA entraînent des impacts négatifs pour la Ferme Sainte-Sophie, dénoncent ses propriétaires. Ils ont reçu la visite surprise d’Agropur cette semaine, tellement il y avait de l’inquiétude. De plus, ils ont été visés par plusieurs messages négatifs sur les réseaux sociaux, si bien que la page Facebook de l’entreprise est désactivée.

«C’est facile pour PETA de mettre ces images et de mettre ça ben gros», soutient Roger Beaudet, le président de la Ferme Sainte-Sophie. «Ça nous a tous mis à terre. Je ne peux pas croire qu’on a travaillé toute une vie pour qu’une chose comme ça arrive.»

«On peut faire dire ce qu’on veut à une photo», renchérit Jonathan Beaudet.