Josée Magny, Robert Lalonde et Roger Michaud.

Bell ralentit le déploiement de la fibre optique, dénonce Maskicom

LOUISEVILLE — Maskicom rencontre de la résistance face à son projet de déployer la fibre optique dans les zones rurales de la MRC de Maskinongé. Selon l’organisme sans but lucratif, Bell lui met des bâtons dans les roues, car elle fait traîner en longueur le traitement des demandes de permis nécessaires à la location d’un emplacement sur les poteaux longeant les routes pour y installer ses quelque 600 km de fibre optique. Le comportement de Bell dans ce dossier incite d’ailleurs Maskicom à réfléchir à déposer une plainte au Bureau de la concurrence.

En novembre 2017, les gouvernements canadien et québécois confirmaient en conférence de presse que Maskicom obtenait des subventions publiques de 10,4 millions de dollars afin de brancher la presque totalité des maisons situées en zones rurales de cette MRC, des secteurs très rarement desservis par les géants des télécommunications en raison du faible bassin de clients. Deux ans plus tard, Maskicom peine à dérouler sa fibre optique pour offrir entre autres le service d’internet haute vitesse, car l’organisme se bute à toutes sortes de délais imposés par Bell pour l’émission de permis et pour la réparation de poteaux abîmés.

«On a entre 11 000 et 12 000 poteaux à faire, explique Robert Lalonde, président du conseil de Maskicom et préfet de la MRC de Maskinongé. Les poteaux appartiennent à Hydro-Québec, mais c’est Bell qui est responsable des permis. On veut desservir le lac Souris, entre Saint-Élie-de-Caxton et Saint-Mathieu-du-Parc, mais on est obstrué par Bell. En faisant de l’obstruction systématique, ils nous empêchent de passer! C’est de la concurrence déloyale.»

Maskicom a commencé à offrir la fibre optique à Saint-Mathieu, la municipalité qui constitue une des extrémités du réseau. Les citoyens de cette municipalité désirent le service d’internet haute vitesse. Mais seulement neuf clients ont été branchés à l’heure actuelle au lieu de 1200 selon les prévisions de Maskicom.

«On a de la pression de la part des citoyens, confie Josée Magny, mairesse de Saint-Mathieu et secrétaire-trésorière de Maskicom. On a eu plus de 200 personnes à une rencontre publique en août, on a pris des engagements. On est prêt, mais on est bloqué par Bell.»

«On avait prévu des revenus, mais ils ne viennent pas», ajoute le maire de Maskinongé, Roger Michaud, vice-président de Maskicom.

Robert Lalonde dénonce ce problème depuis plusieurs mois. Il affirme avoir rencontré des représentants de Bell à ce sujet à deux reprises, deux rencontres qui n’ont absolument rien donné. Pendant ce temps, Bell aurait soudainement de l’intérêt pour ce marché en se promenant dans certains secteurs de la MRC de Maskinongé afin d’y installer sa propre fibre optique.

«Quand on a annoncé les subventions, Bell n’était pas là. Personne parmi les grands télécommunicateurs n’a affiché de mécontentement. Comment se fait-il qu’aujourd’hui, ils sont partout dans la MRC, mais pas dans les rangs? Pourquoi j’ai de la misère à traverser mon territoire? Si Bell pense qu’en nous empêchant de passer, ils vont nous racheter, ils se mettent un doigt dans l’œil», insiste M. Lalonde.

Bell reconnaît que le processus peut parfois être long. Mais l’entreprise affirme qu’elle doit suivre les règles du Conseil de radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) encadrant l’accès aux poteaux.

«Les demandeurs comme Maskicom qui demandent l’accès à des poteaux doivent soumettre des informations détaillées sur le type d’installation qu’ils proposent. Étant donné que de nombreux poteaux sont partagés avec des entreprises de services publics et d’autres fournisseurs de services, une analyse complète doit être effectuée pour garantir qu’un poteau peut supporter des équipements supplémentaires. Dans de nombreux cas, les poteaux doivent être renforcés ou même remplacés pour accueillir de nouveaux équipements et tous les candidats sont tenus de payer une partie de ce travail préparatoire», mentionne par courriel Caroline Audet, gestionnaire principale du service des relations avec les médias de Bell.

Maskicom fait appel au pouvoir politique afin de «dénouer l’impasse», comme l’indique M. Lalonde. Des documents ont été acheminés au gouvernement du Québec, des discussions ont eu lieu avec le ministre François-Philippe Champagne et Maskicom veut rencontrer le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie Navdeep Bains.

Maskicom a jusqu’au 31 mars 2021 pour réaliser son projet de desservir quelque 5000 clients. L’organisme va demander un prolongement et une compensation financière aux instances gouvernementales.