Avec les feuilles qui s’enfuient des arbres à l’automne, le site de l’ancienne usine Belgo expose sa laideur au grand jour.

Belgo: «On ne veut pas de perte de temps»

SHAWINIGAN — La nouvelle députée de Laviolette - Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, estime que l’interminable dossier du nettoyage du site de l’ancienne papeterie Belgo est «entre bonnes mains», à la suite d’une première rencontre avec la direction régionale du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, vendredi. Du même souffle, elle assure qu’elle favorisera toute mesure pouvant accélérer la conclusion de ce dossier, qui pourrait enfin aboutir en 2019.

«Je fais confiance au ministère de l’Environnement», commente Mme Tardif. «Ils sont contents d’avoir pris le dossier, parce qu’ils ont les coudées franches et qu’ils peuvent procéder. Les délais administratifs sont là, mais je leur ai fait comprendre qu’on ne veut pas qu’il y ait de perte de temps. Si, à quelque niveau que ce soit, on peut aider à raccourcir les délais, go, on y va. On n’a plus le temps de perdre du temps! Ce qui est dommage, c’est qu’on en soit rendu là. Mais on ne peut pas refaire le passé. Le but est de trouver une façon de procéder pour ne plus qu’il arrive des dossiers comme ça.»

Rappelons qu’en août, l’ex-ministre Isabelle Melançon avait signifié une ordonnance au propriétaire du site, Recyclage Arctic Béluga, afin que les matières résiduelles soient entreposées, traitées ou éliminées dans un lieu autorisé. Sans surprise, l’entreprise n’a pas répondu à ces exigences, de sorte que le MELCC doit prendre en charge lui-même ces travaux. Les manœuvres ne débuteront toutefois pas avant quelques mois.

En attendant, le site est laissé à lui-même. Il n’est pas rare que des visiteurs s’aventurent sur cette propriété, à travers les amas de débris et les vestiges de l’usine, sans autorisation. Le Nouvelliste voulait explorer les lieux lundi après-midi, mais le hasard a voulu que René Fugère, toujours actionnaire de Recyclage Arctic Béluga, circule sur le boulevard Pie-XII et nous surprenne juste avant de franchir le petit pont de fer qui enjambe la rivière Shawinigan, à l’entrée no 2.

Sans vouloir accorder d’entrevue, M. Fugère rappelle que malgré les apparences, il demeure interdit de circuler sur le site de l’ancienne usine. Quant à Recyclage Arctic Béluga, ses opérations sont suspendues, mais l’entité légale existe toujours.

Deux volets

Mme Tardif explique que pour le MELCC, ce dossier revêt un caractère particulier parce que la réhabilitation des lieux impliquera possiblement la démolition d’immeubles, dont le fameux mur qui longe la route 153.

«Habituellement, le ministère de l’Environnement ne s’occupe pas des bâtiments», souligne la députée. «Il embarque donc dans un domaine avec lequel il est moins familier.»

Des visiteurs se pointent régulièrement sur le site de l’ancienne usine Belgo, comme en témoignent les graffitis sur les murs et cette voiture abandonnée au deuxième plancher.

Dans l’ordonnance émise en août, il est indiqué que le volume de sols contaminés atteindrait environ 500 mètres cubes. Il s’agit essentiellement d’hydrocarbures pétroliers, d’hydrocarbures aromatiques polycycliques, de métaux et de soufre, dont les quantités excèdent les normes du Règlement sur la protection et la réhabilitation des terrains.

En janvier 2010, Recyclage Arctic Béluga avait acquis les lots et les immeubles de cette propriété pour la somme de 700 000 $. Le ministère avait approuvé son plan de réhabilitation deux ans plus tard. Mais du 5 avril 2013 au 22 juin 2018, le MELCC a réalisé pas moins de 14 inspections sur le site. Il a relevé de nombreux manquements au plan de réhabilitation qui avait été présenté.

L’approbation d’un nouvel échéancier par le ministère, le 29 décembre 2015, n’a rien changé au comportement de l’entreprise, d’où la décision de Mme Melançon de procéder par ordonnance pour forcer l’exécution des travaux.

L’automne venu, avec les feuilles qui s’enfuient des arbres, le site expose sa laideur au grand jour. Les automobilistes qui circulent dans ce secteur constatent l’ampleur de la besogne à abattre.

«Ce qui reste ne vaut plus rien», mentionne Mme Tardif. «De plus, ce site a servi pour enfouir des déchets qui sont venus d’ailleurs». Il s’agit effectivement de l’une des nombreuses infractions reprochées à l’entreprise dans les avis de non-conformité transmis par le ministère, plus particulière à compter d’août 2014.

Une firme a donc été retenue pour effectuer un inventaire précis et estimer les coûts pour nettoyer cette vaste propriété. Ce rapport permettra ensuite d’aller en appel d’offres. Dans un deuxième temps, il faudra aussi évaluer les coûts pour la démolition des immeubles.

«On vise que les travaux commencent au printemps et qu’ils soient terminés avant l’hiver prochain», souhaite Mme Tardif. «Cet hiver, c’est certain qu’il ne se passera rien concrètement sur le terrain.»

En plus d’être éventuellement visée par une réclamation du MELCC pour ces travaux, Recyclage Arctic Béluga est également sommée par la Cour municipale de Shawinigan d’honorer ses taxes. Des jugements rendus en février 2017 et janvier 2018 condamnent l’entreprise à payer 18 260 $ pour le siège social qui était situé sur la rue du Passage et de 52 982 $ pour l’ancienne Belgo. Ces montants n’incluent pas les intérêts, qui courent toujours.