Robert Fer & Métaux menait rondement les travaux sur le site de l’ancienne papeterie Belgo, mais le MELCC a décidé de tout arrêter devant l’ampleur des travaux de nettoyage, finalement beaucoup plus importants que prévu.
Robert Fer & Métaux menait rondement les travaux sur le site de l’ancienne papeterie Belgo, mais le MELCC a décidé de tout arrêter devant l’ampleur des travaux de nettoyage, finalement beaucoup plus importants que prévu.

Belgo: les travaux interrompus

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
Shawinigan — Moins de deux mois après le début des travaux de nettoyage du site de l’ancienne papeterie Belgo, l’entreprise Robert Fer & métaux a reçu l’ordre d’arrêter les manoeuvres, en raison d’une inquiétante spirale de coûts qui se dessinait. En effet, la quantité de matériaux aurait été grandement sous-estimée, de sorte que le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a décidé de suspendre ce chantier et de retourner en appel d’offres au cours des prochaines semaines.

Pierre Robert, président de l’entreprise retenue pour cet important chantier, accueille ce revirement de situation avec philosophie, même si rien ne garantit qu’il pourra reprendre les travaux à la suite du nouveau processus de demande de soumissions. Il a reçu la directive en fin de journée mardi, de la direction régionale du ministère.

«C’est plate, mais c’est la vie», laisse-t-il tomber. «Il existe des règles gouvernementales et c’est comme ça que ça fonctionne.»

Robert Fer & métaux avait été retenue par le MELCC en juin dernier. Son offre avait battu les cinq autres soumissionnaires. Le contrat s’établissait à 944 940 $, mais le propriétaire estime que cette facture était déjà surpassée d’environ 20 %.

Dans une communication écrite transmise en fin de journée mercredi, Daniel Messier, porte-parole régional du ministère, confirme la décision.

«Afin d’assurer une bonne gestion des fonds publics et de respecter les dispositions prévues à la Loi sur les contrats des organismes publics, le contrat actuel a dû être résilié en date du 20 août 2019», précise-t-il. «Le lancement d’un nouvel appel d’offres public est nécessaire pour compléter les travaux de disposition (et de) valorisation des matières résiduelles.»

Après près de six semaines de manoeuvres, Robert Fer & métaux avait sorti 13 600 tonnes de débris de toutes sortes, sans compter 1500 autres tonnes de matières contaminées à l’amiante, qui requièrent des précautions supplémentaires. Selon le devis, ces quelque 15 000 tonnes correspondaient à la quantité prévue à sortir en douze semaines. Or, il resterait au moins l’équivalent de ce volume à disposer.

«Les travaux en cours ont révélé une présence beaucoup plus importante de débris contenant de l’amiante et un volume de matières résiduelles beaucoup plus grand que ce qui avait été évalué initialement par la firme externe mandatée pour la préparation du devis d’appel d’offres», reconnaît M. Messier, sans être plus précis. La firme en question est Consultants Mesar, à Trois-Rivières. Le responsable de ce dossier n’a pu être joint mercredi.

«Cette imprécision dans l’évaluation de la nature et de la quantité de matières résiduelles effectuée par la firme externe peut s’expliquer par l’état de situation sur le site (nature hétérogène des débris, amas inégaux, épaisseur réelle des amas impossibles à évaluer sans machinerie, etc).»

M. Robert ajoute que la configuration particulière du site complique l’évaluation sommaire.

«Ça a été bâti en montagne, dans les coulées», rappelle-t-il. «La rivière passe tout près; ça a pris beaucoup de fondations pour faire cette usine.»

«Nous allons savoir plus précisément (les quantités) quand tout sera fini, parce qu’il y a beaucoup de sous-sols et nous ne savions pas qu’il y avait du matériel à sortir de là.»

Aucune garantie

Robert Fer & métaux connaît maintenant le terrain comme le fond de sa poche, mais l’entreprise shawiniganaise pourrait tout de même être devancée par une offre financièrement plus intéressante lors du nouvel appel de propositions pour compléter ces travaux.

«Le chantier allait super bien», fait remarquer M. Robert. «J’avais beaucoup de disponibilité de machinerie. Nous avons commencé par la partie la plus difficile, mais on ne s’est pas rendu au bout des travaux. Nous avions même fait nos propres chemins sur le site.»

M. Robert demeure confiant de soumettre à nouveau la meilleure offre dans quelques semaines.

«On va faire nos calculs et on va s’arranger pour l’avoir», laisse-t-il tomber. «Je pense que nous sommes en bonne position.»

La date de publication du prochain appel d’offres pour terminer cette phase n’est pas encore connue. M. Robert estime qu’il reste encore deux mois de travail. Malgré cet imprévu et le temps qui file, il croit toujours réaliste de terminer ce mandat en 2019.

Ce revirement de situation attriste évidemment la députée de Laviolette - Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, pour qui il s’agit d’un dossier prioritaire. «Je suis déçue», laisse-t-elle tomber. «En même temps, c’était la bonne décision à prendre pour une saine gestion des finances publiques. Il faut retourner en appel d’offres avec les vraies données. C’est préférable qu’être en dépassement de coût pour le reste du contrat.»

La Ville court après ses taxes

Le conseil municipal de Shawinigan ne prévoira sans doute pas ces fonds dans son prochain budget, mais la Ville possède trois jugements envers le propriétaire du site de l’ancienne papeterie Belgo, Recyclage Arctic Beluga, qui enjoignent cette entreprise à payer un total de 226 216, 30 $ en taxes en souffrance sur divers lots de cette propriété et du siège social de la rue du Passage pour les années 2016, 2017 et 2018. Au début du mois, des hypothèques légales ont été enregistrées sur ces biens pour protéger ces créances.
«Des envois ont été faits à plusieurs reprises et c’est silence radio à chaque fois», raconte le maire, Michel Angers. «Le gouvernement du Québec reçoit la même réponse. Tout le monde envoie des factures, mais personne ne répond. Nous sommes obligés d’attendre, c’est un processus légal.»

Rappelons que Recyclage Arctic Beluga était devenu propriétaire du site en janvier 2010. L’entreprise n’a pas respecté ses obligations de réhabilitation du terrain, de sorte que l’an dernier, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a émis une ordonnance pour finalement procéder lui-même au nettoyage du site. Recyclage Arctic Beluga possède toujours une existence légale, mais plus personne n’y travaille depuis le début 2018.

Au moins, le maire pouvait se consoler avec le début des travaux de nettoyage d’un site qui défigure l’une des principales portes d’entrée de sa ville, mais voilà qu’une mauvaise évaluation des quantités de matériaux à manœuvrer force l’arrêt du chantier jusqu’à nouvel ordre.

M. Angers comprend mal ce nouvel écueil, surtout après avoir suivi de très près la réhabilitation de la propriété de l’ex-usine Laurentide, où la marina vient à peine d’être inaugurée. Les difficultés se comparaient selon lui, sur un terrain tout aussi inégal. «On aurait mal évalué la quantité de débris et on retourne en appel de propositions», résume M. Angers. 

«Ça va encore prendre des semaines. Je ne comprends pas pourquoi on ne fait pas la démolition des bâtiments en même temps, comme nous l’avons fait pour Laurentide. Je ne suis pas capable d’avoir de réponse.»

«Ça m’inquiète un peu», ajoute-t-il. «Y a-t-il quelque chose à comprendre? Je suis sans voix.»