La démolition de l'immense bâtisse de la Belgo a commencé mercredi.
La démolition de l'immense bâtisse de la Belgo a commencé mercredi.

Belgo: le «mur de la honte» s’efface [VIDÉO]

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — La démolition de la bâtisse principale de l’ex-usine Belgo de Shawinigan s’est amorcée mercredi, entraînant avec elle la disparition complète du «mur de la honte» d’ici peu.

Le chantier tant attendu a finalement été lancé par l’équipe d’Excavation René St-Pierre. D’ici le milieu ou la fin du mois de décembre, il ne restera plus rien de la bâtisse de cette usine fermée en 2008.

La Ville de Shawinigan a fait de nombreuses représentations afin d’accélérer le processus de démolition d’une bâtisse qui appartient toujours à une entreprise privée, Recyclage Artic Béluga, en raison notamment du risque d’effondrement du mur donnant sur le boulevard Pie-XII, soit la route 153. Le maire, Michel Angers, se réjouit du début de ces travaux.

«Passer par là, c’est épeurant! Avec l’hiver, le gel et le dégel, c’était la grande crainte. C’est la bonne décision à prendre», dit M. Angers.

De nombreux travaux de préparation ont été menés au cours des derniers jours. Le pompage d’huile du sous-sol de la bâtisse, le retrait de résidus de pâte à papier de la dalle du rez-de-chaussée et le retrait de parties de revêtement extérieur contenant de l’amiante sont au nombre des travaux effectués avant le grand démantèlement de la bâtisse principale.

La démolition se fera de façon parallèle à la route 153 en partant de la section située du côté de Saint-Boniface en s’en allant vers Shawinigan. Le MTQ a d’ailleurs mis des matériaux granulaires sur la route 153 pour la protéger advenant que des débris du mur tomberaient sur le chemin durant les travaux de démolition.

«Le dossier est complexe, déclare Roxanne Pellerin, porte-parole régionale du MTQ. Avec la présence de plusieurs matériaux contaminés, il n’était pas possible de juste démolir la bâtisse. Le ministère avait une préoccupation concernant la sécurité des travaux, vu l’état du bâtiment. On a retiré le plus de matériaux possible, tant que la sécurité n’était pas compromise.»

Les travaux de démolition seront terminés avant la fin de 2020. Toutefois, d’autres travaux seront effectués sur les lieux durant l’hiver 2021. Le contrat prévoit que les résidus de démolition seront concassés et disposés dans une cavité du terrain de l’ex-papeterie. Ils seront par la suite recouverts d’une membrane imperméable.

Une saga

L’état de l’ex-papeterie a fait couler beaucoup d’encre au fil des dernières années. Les lieux ont été achetés en 2009 par l’entreprise Recyclage Artic Béluga qui a démantelé une bonne partie des équipements. Étant donné que cette entreprise ne donne plus signe de vie depuis deux ans, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques est arrivé dans le décor pour prendre ce site en charge. De son côté, le MTQ avait laissé à cette entreprise jusqu’au 23 octobre dernier pour régler la question de la démolition des lieux. L’entreprise est demeurée dans l’inaction, ce qui a amené le MTQ à accorder un contrat de gré à gré à Excavation René St-Pierre.

«En vertu de la loi sur la voirie, le ministère a suivi les procédures légales, rappelle Mme Pellerin. Ces travaux sont jugés urgents dans une optique de sécurité.»

Cette situation fait en sorte que le MTQ ignore combien il en coûtera pour défaire les installations. Le montant de la facture sera connu à la fin des travaux et celle-ci sera refilée à Recyclage Artic Béluga.

Les travaux de démolition dureront jusqu’au milieu ou à la fin du mois de décembre.

Michel Angers ne semble pas se faire d’illusion concernant l’identité du payeur des travaux.

«Ce sont les contribuables qui vont payer si Artic Beluga ne fait rien et on s’attend à ce qu’il ne se passe rien.» 

Le maire aurait souhaité que la Ville mette la main sur ces bâtisses il y a 12 ans afin de récupérer une partie des bâtisses d’une usine ayant fait l’histoire de Shawinigan, elle qui a été en production durant plus de 100 ans. La démolition de ce qui reste de la Belgo lui fait dire qu’il ne voit plus rien du patrimoine de l’usine.

«On est rendu ailleurs. Il faut effacer non pas l’histoire de la Belgo, mais ses décombres.»


« On est rendu ailleurs. Il faut effacer non pas l’histoire de la Belgo, mais ses décombres. »
Michel Angers
L’historien Renald Bordeleau était présent, mercredi, au lancement de la démolition de la bâtisse principale de l’ex-usine Belgo.

Élans de nostalgie

Sur place, mercredi, quelques curieux étaient présents afin d’assister aux derniers moments de l’endroit.

«La Belgo, c’est 108 ans de prospérité où ça été le bonheur total et la crème, mais ce matin, je suis très triste de voir qu’on perd cette belle bâtisse-là qui est fermée depuis 2008, bien qu’il était temps qu’elle disparaisse puisqu’elle était devenue dangereuse», souligne l’historien Renald Bordeleau.

Venu prendre quelques derniers clichés de ce qui aura été le lieu de travail de son père pendant plus de 50 ans, André Pronovost, qui a lui aussi travaillé pendant quelques années à la Belgo, n’aurait pu manquer ce moment pour rien au monde.

«De voir partir ça, c’est quelque chose puisque c’est notre histoire à la Baie-de-Shawinigan. Moi j’ai été élevé ici, mon père y a travaillé pendant 51 ans et trois mois et j’ai moi aussi travaillé à la Belgo pendant quelques étés. Ce sont donc de vieux souvenirs qui remontent ce matin», raconte l’ex-hockeyeur professionnel.

L’ex-hockeyeur professionnel André Pronovost a travaillé durant quelques étés à l’usine Belgo.

Pour Léo Sanscartier, ancien employé de la Ville de Shawinigan, venu également assister à l’événement, la nostalgie et le soulagement étaient au rendez-vous.

«C’est beau de la voir partir, car ça va être moins polluant et plus beau pour notre ville. Je suis content que ça soit démoli, mais beaucoup de personnes ont perdu leur emploi pareil, donc c’est aussi de la nostalgie pour moi.»

Avec la collaboration d’Amélie Houle.