Le député de Saint-Maurice, Pierre Giguère, et le maire de Shawinigan, Michel Angers, sont heureux qu’une ordonnance ait été envoyée à Arctic Béluga.

Belgo: «C'est enfin le grand jour»

SHAWINIGAN — À l’aube de la campagne électorale provinciale, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques ordonne à l’entreprise d’Arctic Béluga de prendre les mesures nécessaires pour nettoyer et décontaminer le site de l’ancienne usine Belgo.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, se réjouit de ce dénouement dans cette saga qui dure depuis plusieurs années, d’autant plus qu’il avait déjà indiqué qu’il voulait faire de ce dossier un enjeu électoral.

En vertu de l’ordonnance que lui a fait parvenir le Ministère, l’entreprise shawiniganaise doit prendre rapidement les mesures nécessaires pour que les matières résiduelles présentes sur l’ancien site industriel soient stockées, traitées ou éliminées dans un lieu autorisé par la ministre ou le gouvernement, en application de la Loi sur la qualité de l’environnement. L’entreprise qui a cessé pratiquement tous ses travaux sur le site depuis 2015 – et qui n’est également plus en affaires – bénéfice donc de cinq jours pour faire parvenir au Ministère une confirmation écrite de son intention de s’y conformer. Par la suite, elle devra soumettre dans les quinze jours un plan faisant état des mesures qui seront prises. Ce plan devra ensuite être réalisé dans les 90 jours suivant son approbation. Dans l’éventualité où Arctic Béluga ne donne pas signe de vie, le Ministère sera en mesure de mettre en branle le processus afin que les travaux de nettoyage, de décontamination et de démolition soient effectués dans les plus brefs délais. Par la suite, des recours devront être pris contre l’entreprise propriétaire des lieux afin qu’elle rembourse les frais engendrés par l’opération.

À l’heure actuelle, le site est presque entièrement recouvert de débris de démolition et d’autres matières résiduelles laissées à l’abandon. 

Rappelons que le Ministère a approuvé en décembre 2015 un plan de réhabilitation qui prévoyait que les matières résiduelles générées par la réhabilitation et la décontamination du site seraient stockées, traitées ou éliminées dans un lieu autorisé au plus tard le 30 novembre 2017. Ce plan n’a vraisemblablement pas été mis en application.

Le député de Saint-Maurice, Pierre Giguère, a confirmé l’envoi de l’ordonnance, mardi avant-midi, lors d’une conférence de presse qui a eu lieu à l’entrée du controversé site. Il agissait au nom de la ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Isabelle Melançon. «Plus d’une dizaine d’années se sont écoulées depuis la fermeture de l’usine Belgo. Aujourd’hui, à la suite de l’inaction de Recyclage Arctic Béluga, ce terrain situé à l’entrée de la Ville de Shawinigan est toujours recouvert de milliers de tonnes de matières résiduelles, et ce, malgré les nombreuses interventions des dernières années. L’action entreprise aujourd’hui se veut un pas important pour finalement assurer le nettoyage de ce terrain», a indiqué le député.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, était également présent lors du point de presse. Il a reconnu qu’il avait très hâte que le décor de l’entrée de la ville change de mine. La présence d’un mur de l’ancienne usine aux abords de la route 153 l’agace notamment au plus haut point. «Au fil des années, j’ai eu la chance, ou plutôt la malchance, de voir tout ce qui s’est passé sur ce site. La démolition, la récupération de métal, d’équipements et d’outillage qu’Arctic Béluga vendait à rabais. On s’est donc retrouvé avec un site qui ressemble à un champ de bombardement et à Beyrouth! [...] Aujourd’hui, c’est enfin le grand jour. C’est l’amorce qui permettra éventuellement à ce terrain-là de retrouver ses lettres de noblesse», a-t-il indiqué. 

Le maire a rappelé que l’administration municipale a fait de nombreuses représentations auprès d’Arctic Béluga au cours des années afin que les travaux soient complétés et que le site puisse avoir une deuxième vie, comme ceux des anciennes usines Rio Tinto Alcan et Laurentide.

«Je ne cache pas que j’ai des rêves importants pour ce site-là. Imaginez-le nettoyé, le mur enlevé et avec la belle rivière Shawinigan revégétalisée. Il y aura des opportunités exceptionnelles. Je dois avouer que j’avais honte quand les visiteurs arrivaient par ici», a-t-il poursuivi.


La présence d’un mur de l’ancienne usine Belgo aux abords de la route 153 exaspère le maire Angers.

«Trop peu trop tard»

La candidate de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans la circonscription de Laviolette-St-Maurice, Marie-Louise Tardif, estime que la décision du ministère de l’Environnement de forcer la décontamination du site de la Belgo survient trop tard et que cela n’est pas suffisant. 

«Combien de chances le ministère de l’Environnement donnera-t-il à Arctic Beluga, comme dans le cas d’Aleris, avant de faire preuve d’un réel leadership? Il aurait d’ailleurs été intéressant que le gouvernement libéral n’attende pas d’être à l’aube du déclenchement des élections pour se pencher sur le dossier», dénonce-t-elle dans un communiqué publié mardi en fin de journée. 

«Les citoyens, tout comme l’environnement, sont grandement perdants. On doit avancer plus vite dans ce dossier. Il faut réduire les délais.»

Moins pire qu’Aleris

Cet épineux dossier n’est pas le premier impliquant Arctic Béluga dans lequel le Ministère doit intervenir. Une saga relative à la décontamination des terrains de l’ancienne usine Aleris du secteur Cap-de-la-Madeleine à Trois-Rivières a en effet connu une fin heureuse en avril dernier alors que le député de Champlain, Pierre-Michel Auger, a annoncé en grande pompe que Québec prendrait en charge la réhabilitation du site d’Aleris. La Ville de Trois-Rivières a même pu entreprendre les démarches de modification de zonage dans ce secteur.

Invités à faire un parallèle entre les deux dossiers, autant le député Giguère que le maire Angers ont indiqué que le niveau de contamination du sol du site l’ancienne Belgo était moins élevé que celui du site de la rue Saint-Laurent à Trois-Rivières. Les travaux devraient donc s’échelonner sur une moins longue période. «Il y a beaucoup moins de travail à faire ici qu’à Aleris. Lorsque ce sont des sites d’anciennes papetières, le niveau de contamination est moins important que pour des usines comme Aleris. Dans ce cas-là, il y a eu une migration des contaminants. C’est pour ça que c’est bloqué. Mais ce n’est pas le cas ici», a expliqué M. Angers.

Pas de réponse

Sans présumer de la réaction des dirigeants d’Arctic Béluga relativement à l’ordonnance, le maire Angers a confirmé qu’il n’avait pas eu de contact avec eux depuis un bon moment, autant concernant la Belgo que les locaux de l’entreprise du secteur Grand-Mère. Ces derniers, laissés à l’abandon et sans surveillance depuis quelque temps, ont d’ailleurs été incendiés par une main criminelle et vandalisés au cours des dernières semaines. Sans trop s’avancer, le maire a confirmé que la Ville compte prochainement prendre des recours dans ce deuxième dossier.

Avec la collaboration de Gabriel Delisle