Les restes de l’ancienne usine Belgo gâchent l’une des principales portes d’entrée de Shawinigan depuis trop longtemps. Le maire garantit que les candidats du comté de Laviolette - Saint-Maurice lors des prochaines élections provinciales l’entendront parler de cet enjeu.

Belgo: Angers en fera un enjeu électoral

SHAWINIGAN — Le maire de Shawinigan, Michel Angers, espère que le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques réservera d’aussi bonnes nouvelles pour le nettoyage du site de l’ancienne usine Belgo que pour celui d’Aleris, à Trois-Rivières. À moins de deux mois du début officiel de la campagne électorale provinciale, il veut obtenir un engagement ferme de tous les candidats dans le nouveau comté de Laviolette – Saint-Maurice pour régler ce dossier une fois pour toutes.

Le 20 avril, le député de Champlain, Pierre-Michel Auger, annonçait en grande pompe que Québec prendrait en charge la réhabilitation du site d’Aleris. La Ville de Trois-Rivières a même pu entreprendre les démarches de modification de zonage dans ce secteur.

Pendant ce temps, le nettoyage de la Belgo stagne. Le propriétaire du site, Recyclage Arctic Beluga, n’a pas rencontré les obligations prévues dans la transaction civile avec la Ville de Shawinigan avant le 31 décembre 2017. Depuis, l’entreprise a fermé ses portes. Ses anciens bureaux administratifs ont d’ailleurs été incendiés par une main criminelle, tôt le 4 juillet. La Sûreté du Québec confirme qu’une enquête a été ouverte.

De son côté, la Ville de Shawinigan a mandaté par résolution de son comité exécutif, le 9 avril, Me Marc Roberge (Bélanger Sauvé) pour «entreprendre toutes procédures judiciaires requises afin de protéger et faire valoir tous les droits de la Ville de Shawinigan sur les terrains appartenant à Recyclage Arctic Béluga ou toute personne morale ou physique détenant un droit de propriété sur le site de l’ancienne usine Belgo.»

Enjeu électoral
Au-delà des démarches judiciaires, M. Angers ne cache pas qu’il recherche le même type d’engagement du gouvernement provincial que celui obtenu par la Ville de Trois-Rivières. Il ne se gênera pas pour le faire savoir au cours des prochaines semaines.

«Le point majeur de la prochaine campagne électorale, ce sera la Belgo», annonce-t-il. «Ce sera ma priorité des priorités. Toutes nos analyses sont faites et sont rendues au ministère. Tout est prêt.»

«Je veux rappeler que la Belgo a fermé avant Aleris», indique M. Angers. En fait, la papeterie de Shawinigan a cessé ses activités en mars 2008, quatre mois avant que la direction américaine du transformateur d’aluminium mette brutalement fin à l’exploitation de l’usine de la rue Saint-Laurent.

«Au-delà du nettoyage de la Belgo, il y a un mur, sur le bord de la route, qui a été grugé en raison des infrastructures qui ont été défaites», explique M. Angers. «Je considère qu’il y a un risque. Il y a urgence à agir. Ce n’est pas quand ça va tomber que ce sera le temps.»

Le maire de Shawinigan reconnaît que Recyclage Arctic Béluga n’a pas pris ses responsabilités. Il faudra toutefois aller au-delà de cette évidence, car pour le moment, le dépotoir à ciel ouvert à l’une des principales entrées de la ville semble figé dans le temps.

«Le gouvernement a aussi une responsabilité là-dedans», fait-il remarquer. «Il doit faire les travaux et aller chercher l’argent auprès de l’entrepreneur. Je répète que ce n’est pas aux citoyens de Shawinigan à payer pour un projet comme celui-là. Ça n’a pas été acheté par la Ville. Ce n’est pas notre faute si c’est dans cet état. Il y a un nombre incalculable d’infractions qui ont été faites. Les propriétaires n’ont jamais voulu rien savoir. C’est maintenant entre les mains du gouvernement. Dix ans plus tard, je pense qu’il est temps qu’il se passe quelque chose.»

D’ailleurs, le maire se demande comment réagirait Québec si la Société de développement de Shawinigan réservait un pareil fiasco sur les terrains d’une autre ancienne papeterie qu’elle possède, ceux de l’ex-Laurentide dans le secteur Grand-Mère.

«Les lois sont mal faites», déplore le maire. «Imaginez-vous si la Ville de Shawinigan avait démoli l’usine, ramassé le métal et foutu le camp à Grand-Mère! Je serais probablement en prison. Mais une entreprise privée le fait et il ne se passe rien. Il y a des responsabilités gouvernementales là-dedans. J’y tiens et je vais insister beaucoup. Que ce soit un parti ou l’autre, je féliciterai la personne qui fera l’annonce, au nom des citoyens de Shawinigan.»

Du côté du MDDELCC, Julien Marcotte, attaché de presse de la ministre Isabelle Melançon, précise qu’une inspection de conformité a été réalisée sur le site pas plus tard que le 22 juin. Cet exercice visait à «établir un portrait complet et à jour de la situation environnementale.»

Difficile d’avancer si le gouvernement prendra finalement en charge cette propriété, comme il l’a annoncé pour Aleris au printemps. Pour le moment, l’avenue des tribunaux semble privilégiée.

«Le dossier est présentement en traitement à la direction des enquêtes pénales», émet M. Marcotte. «Considérant les démarches judiciaires en cours, le MDDELCC ne commentera pas davantage pour ne pas nuire aux procédures. Le MDDELCC n’exclut pas d’entreprendre d’autres recours légaux ou administratifs pour assurer un retour à la conformité environnementale du site de l’ancienne usine Belgo.»