Éric Michaud a son arrivée au palais de justice en 2017.
Éric Michaud a son arrivée au palais de justice en 2017.

Bébé brûlé aux mains: un événement traumatisant pour la mère de Cynthia Dauphinais

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Lundi, c’était au tour de la mère de la coaccusée d’Éric Michaud de donner sa version des faits dans cette triste histoire de bébé brûlé aux mains.

Dans le cadre du procès devant jury qui se déroule à Shawinigan, Julie Bourassa, la mère de Cynthia Dauphinais, a en effet parlé d’un événement traumatisant dont elle se rappelle comme si c’était hier.

Mme Bourassa n’était pas présente dans le logement lorsque le bébé de 15 mois a été brûlé le 29 juillet 2017. Elle avait pris le repas du soir avec le couple mais avait ensuite quitté les lieux pour retourner chez elle. Environ 10 à 15 minutes plus tard, sa fille serait apparue devant sa porte avec le bébé aux mains brûlées. Mme Bourassa est même devenue très émotive en racontant cet épisode.

Elle soutient que le bébé criait de douleur. Cynthia, qui pleurait elle aussi, lui aurait remis le bébé dans les bras et serait allée chercher une débarbouillette d’eau froide à la demande de sa mère. Toujours selon Mme Bourassa, Cynthia aurait aussi pris une photo des mains de l’enfant pour l’envoyer à un ami ayant certaines connaissances en secourisme. Celui-ci lui aurait immédiatement conseillé de se rendre à l’hôpital.

Mme Bourassa aurait donc demandé à sa fille de retourner chez elle avec le bébé et d’appeler l’ambulance.

Quelques minutes plus tard, elle est allée la rejoindre. Le père de Cynthia Dauphinais se trouvait également dans le logement. C’est lui qui a contacté les secours.

Cependant, il a fallu que le procureur de la Couronne, Me Benoît Larouche, confronte Mme Bourassa à ses précédentes déclarations pour qu’elle étoffe davantage son témoignage, surtout en lien avec des paroles prononcées par l’accusé quelques semaines après le drame. Elle aurait ainsi entendu Éric Michaud déclarer: «J’espère qu’elle ne craquera pas». Sa conjointe venait alors de lui apprendre qu’elle n’était pas dans la maison lorsque le bébé avait été brûlé. Il aurait aussi parlé de l’importance de ne pas changer leur version.

Au départ, Mme Bourassa avait indiqué qu’elle n’avait pas vraiment tenté de savoir auprès de son gendre ce qui était arrivé à l’enfant une fois ce dernier parti en ambulance. Éric Michaud lui aurait d’ailleurs dit ignorer ce qui avait bien pu arriver.

Toutefois, elle aurait plus tard informé ce dernier que «c’est une enquête qui pourrait aller loin.» Quant à la présence de sang dans la baignoire, Michaud lui aurait dit que c’était le sang de Cynthia qui se serait cognée le nez sur le cadrage.

Dans le cadre du contre-interrogatoire mené par l’avocate de la défense, Me Pénélope Provencher, Mme Bourassa a précisé qu’Éric Michaud pleurait lui aussi et qu’il s’était occupé de l’enfant.

Elle a également constaté que le robinet du bain était très facile à ouvrir au point qu’elle pouvait le faire avec son petit doigt. Pour elle, pas question de mettre sa main sous ce robinet car l’eau chaude arrivait rapidement.

Elle a aussi indiqué que Michaud aurait donné un coup de poing dans un mur parce qu’il était fâché de voir l’enfant dans cet état et qu’il y aurait eu une dispute au sein du couple.

Rappelons que la thèse de la Couronne, représentée par Me Larouche et Me Émilie Goulet, est que Michaud aurait volontairement plongé les mains de l’enfant dans l’huile encore chaude de la friteuse.

La défense soutient plutôt qu’il s’agit d’un accident. C’est un autre enfant qui aurait activé l’eau chaude et le bébé se serait brûlé. En ce sens, Mme Bourassa a raconté qu’Éric Michaud lui avait semblé très étonné d’apprendre que sa conjointe n’était pas dans la maison au moment où le drame était survenu. Elle était alors au téléphone avec une compagnie de cablodistribution.

Cynthia Dauphinais, qui est accusée d’avoir omis de fournir les choses nécessaires à l’existence d’un enfant, de complicité après le fait pour les voies de fait graves et d’entrave à la justice, a par ailleurs commencé à témoigner en toute fin de journée. Son témoignage va se poursuivre mardi matin.

Plus tôt dans la journée, la biologiste Dominique Roberge, a expliqué ne pas avoir trouvé l’ADN de l’enfant au niveau de la friteuse. Elle avait notamment prélevé une tache brunâtre qui pouvait laisser présager la présence de sang mais cela n’a pu être confirmé. L’ADN se retrouvait en trop faible quantité. Il est possible aussi que la friteuse ait été nettoyée.

Les détritus retrouvés dans l’huile de la friteuse ne sont pas concluants non plus en ce qui a trait à la présence de peau humaine. La biologiste a expliqué que l’ADN pourrait s’être dégradé à haute température. Quant aux taches de sang prélevées dans la baignoire, la biologiste les attribue à deux profils génétiques, tout particulièrement celui de Cynthia Dauphinais. Elle ne peut exclure que le second profil soit celui de la victime. Par contre, les tâches de sang retrouvées sur la débarbouillette sont celles de Cynthia Dauphinais.