Éric Michaud a unanimement été déclaré coupable de voies de fait graves sur un bébé de 15 mois.
Éric Michaud a unanimement été déclaré coupable de voies de fait graves sur un bébé de 15 mois.

Bébé brûlé aux mains: Éric Michaud déclaré coupable 

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Après deux jours de délibérations, le jury a finalement tranché: Éric Michaud a unanimement été déclaré coupable de voies de fait graves sur un bébé de 15 mois.

Le verdict a été rendu à 14 h, vendredi, au palais de justice de Shawinigan. En entendant le mot coupable, Éric Michaud, qui n’avait jamais prononcé un mot depuis le début du procès, a immédiatement piqué une crise de colère dans le box des accusés. «Jamais je n’aurais fait de mal à un enfant, encore moins de lui mettre les mains dans la friteuse. Voyons donc! Ayoye! Vous avez détruit ma vie et ma famille sur de la preuve circonstancielle. Bravo! C’est dégueulasse!», a-t-il déclaré.

Le juge Étienne Parent a voulu le ramener à l’ordre en le prévenant qu’il pourrait être expulsé et ramené aux cellules mais il a décidé lui-même d’y retourner, toujours sous escorte des agents de services correctionnels.

Le juge a ensuite pris soin de remercier les 12 jurés pour leur travail des trois dernières semaines. Après discussions avec les procureurs de la Couronne, Me Émilie Goulet et Me Benoît Larouche, et les avocates de la défense, Me Pénélope Provencher et Me Marie-Laurence Spain, il a été convenu de reporter les plaidoiries sur sentence au 19 mars, à moins que le coronavirus ne vienne modifier les activités des palais de justice.
Pour l’instant, la Couronne n’a pas voulu se prononcer sur la peine qu’elle allait réclamer. Michaud est passible d’une peine maximale de 14 ans de prison. Notons qu’il est détenu de façon préventive depuis son arrestation en novembre 2017. Qui plus est, il compte des antécédents judiciaires en matière de violence.

Le jury a donc conclu qu’Éric Michaud avait bel et bien plongé les mains d’un bébé de 15 mois dans l’huile chaude d’une friteuse ayant servi à la préparation d’un souper le 29 juillet 2017 et ainsi rejeté la thèse de la défense à l’effet que l’enfant s’était brûlé les mains accidentellement avec l’eau chaude d’une baignoire.

Me Goulet s’est évidemment dite satisfaite de la décision rendue par le jury. «Ce n’était pas un dossier facile d’un point de vue humain. C’est quand même un enfant qui est impliqué mais au niveau de la preuve, en dépit du fait qu’elle est circonstancielle, tout pointait dans une seule et même direction», a-t-elle affirmé.

Interrogée sur les propos tenus par Éric Michaud dans le box des accusés lors du prononcé du verdict, elle y voit une réaction agressive à une décision unanime de 12 personnes qui l’ont déclaré coupable du geste posé.

Dans cette affaire, plusieurs témoins ont défilé devant le jury notamment des experts. Me Goulet a reconnu que la preuve scientifique et médicale avait fait une différence. Une chirurgienne plasticienne spécialisée en brûlures de l’hôpital Sainte-Justine avait soutenu que «les brûlures subies aux mains par le bébé ne correspondaient pas à celles causées par l’écoulement d’un liquide chaud.» Elle avait aussi constaté que l’enfant avait aux mains des brûlures de deuxième degré dont certaines étaient très profondes, s’apparentant à du troisième degré. Elle avait plutôt parlé d’un «pattern d’immersion» dans une quantité limitée de liquide compte tenu de l’absence de marques d’éclaboussures et la présence de lignes franches de démarcation.

Une pédiatre en maltraitance avait elle aussi soutenu qu’il s’agissait d’un cas classique de brûlures par immersion.

La défense avait pour sa part soutenu que la thèse de la poursuite était médicalement impossible en raison du degré des brûlures subies par l’enfant et que la température de l’eau chaude avait été mal évaluée. À sa sortie de la salle d’audiences, Me Provencher a préféré ne pas faire de commentaires les réservant à l’étape de la sentence.  

Notons que la conjointe d’Éric Michaud, Cynthia Dauphinais, qui avait elle aussi témoigné au procès et avoué avoir menti aux policiers dans cette affaire, n’était pas présente dans la salle d’audience vendredi pour assister au verdict. Elle est accusée d’avoir omis de fournir les choses nécessaires à l’existence d’un enfant, de complicité après le fait pour les voies de fait graves et d’entrave à la justice. Son dossier doit revenir le 23 mars.