Cynthia Dauphinais, conjointe et coaccusée d’Éric Michaud.
Cynthia Dauphinais, conjointe et coaccusée d’Éric Michaud.

Bébé brûlé aux mains: «Ça a gâché ma vie», témoigne Cynthia Dauphinais

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
Shawinigan — Cynthia Dauphinais, la conjointe et coaccusée d’Éric Michaud a livré, mardi, sa version des faits dans la cause du bébé brûlé aux mains.

Au cours de son témoignage qui a duré toute la journée, elle s’est d’ailleurs exclamée à une question du procureur de la Couronne, Me Benoît Larouche: «Ça a gâché ma vie. Je reçois des menaces. Alors oui, j’en parle.»

Selon ce qu’elle a raconté au jury, elle se trouvait à l’extérieur du logement lorsque le bébé de 15 mois a subi les brûlures le 29 juillet 2017. Elle était en train de discuter avec un employé du service de câblodistribution. C’est en revenant à l’intérieur qu’elle a entendu les pleurs du bébé, des pleurs qui n’étaient pas normaux. Elle a retrouvé le bébé avec sa couche dans le bain, le toupet trempé. L’eau chaude coulait et la «steam montait jusqu’au plafond» pour reprendre son expression.

Un autre enfant se trouvait alors dans la salle de bain. Quant à l’accusé, Éric Michaud, il était assis dans le salon en train d’écouter de la musique.

En racontant cet épisode, la jeune femme de 24 ans est devenue très émotive, ayant de la difficulté à retenir ses sanglots. Ce n’est pas un souvenir qu’on oublie», a-t-elle précisé.

Elle s’est demandé ce que l’enfant faisait là. Elle a fermé le robinet et a pris le bébé dans ses bras. «Quand j’ai vu ses mains, je me suis mise à paniquer», a-t-elle raconté. Elle a regardé partout sur le corps de l’enfant mais n’a vu aucune autre blessure.

En sortant de la salle de bain, elle a apostrophé Éric Michaud pour savoir ce qu’il avait fait, ce qui s’était passé. Toujours avec le bébé dans les bras, elle l’aurait frappé à quelques reprises. Selon elle, Michaud a voulu l’arrêter et c’est alors qu’elle se serait cogné le nez sur le cadrage. Son conjoint aurait aussi donné un coup de poing dans le mur. «Il pleurait. Il ne comprenait pas ce qui s’était passé», a-t-elle mentionné.

Tout en continuant de tenir le bébé dans ses bras, elle est retournée dans la salle de bain et s’est placée au-dessus du bain car des gouttelettes de sang s’échappaient de son nez. Éric Michaud l’aurait aidée à s’éponger en lui apportant une débarbouillette. Elle aurait ensuite pris son cellulaire pour appeler son père afin qu’il les conduise à l’hôpital. On sait que son ADN a été retrouvé dans le bain et sur la débarbouillette. Entre-temps, elle est allée voir sa mère à l’étage pour obtenir de l’aide et des conseils. Elles ont pris des photos des mains de l’enfant qu’elles ont envoyées à un ami ayant des notions de secourisme. Ce dernier leur a répondu d’aller à l’hôpital.

Cynthia Dauphinais est ensuite retournée chez elle. Son père a finalement contacté le 911. L’ambulance est arrivée quelques minutes plus tard et le bébé a été conduit à l’hôpital de Shawinigan avant d’être transféré à l’hôpital Sainte-Justine.

La théorie de cause de la Couronne est qu’Éric Michaud a délibérément plongé les mains du bébé dans l’huile encore chaude de la friteuse. La défense soutient la thèse de l’accident. Le bébé a été brûlé dans le bain après qu’un autre enfant eut activé le robinet d’eau chaude.

Dans le cadre de son témoignage, la jeune femme a cependant admis avoir menti à son conjoint et aux policiers. Il lui aurait fallu quelques semaines avant d’avouer à Éric Michaud qu’elle n’était pas dans la maison lorsque le drame était survenu alors qu’au départ, elle lui avait laissé entendre qu’elle se trouvait à l’intérieur. Lors de cet aveu, sa mère était présente. Cette dernière a raconté lundi que le suspect avait paru surpris d’apprendre cette information.

Mme Dauphinais a raconté le même mensonge à la police dans une déclaration antérieure. Elle s’est justifiée, mardi, en disant qu’elle ne voulait pas passer pour une personne incapable de surveiller des enfants. «Je ne pensais pas que ça pouvait arriver jusque là», a-t-elle indiqué en faisant référence à son arrestation.

Elle a aussi reconnu qu’il y avait des différences sur le lieu exact où elle avait positionné l’enfant dans la baignoire sur le dessin qu’elle avait fourni aux policiers et celui réalisé en cour mardi.

Notons que la jeune femme est toujours en couple avec le suspect, même si dernier est détenu depuis son arrestation. Elle est pour sa part accusée d’avoir omis de fournir les choses nécessaires à l’existence d’un enfant, de complicité après le fait pour les voies de fait graves et d’entrave à la justice. Elle est toujours dans l’attente de son procès.

Son témoignage va se poursuivre mercredi. Elle sera ensuite contre-interrogée par la défense. Par la suite, la Couronne devrait faire témoigner une experte pédiatre en maltraitance.