Établir la valeur des propriétés demeure un exercice complexe, rappelle Mathieu Guimond, directeur régional de la firme Servitech.

Beaucoup d’incompréhension, selon Servitech

Shawinigan — Difficile de prévoir la tournure que prendra l’assemblée d’information du 5 février avec la firme Servitech, mais le directeur régional au bureau de Shawinigan, Mathieu Guimond, souhaite une rencontre «constructive» avec la population. Il ne cache pas que le tollé qui se soulève le prend un peu par surprise. Il décèle aussi beaucoup d’incompréhension sur la façon dont les propriétés sont évaluées par ces professionnels.

Servitech a été malmenée au cours des derniers jours, lorsque des citoyens ont sursauté en prenant connaissance de leur compte de taxes municipales. L’automne dernier, la firme avait déposé à la Ville le nouveau rôle d’évaluation dont la principale caractéristique était pourtant la remarquable stabilité du marché entre 2014 et 2017. Même que pour le secteur résidentiel, la valeur des propriétés subit une exceptionnelle baisse de 2,05 %. Il existe toutefois certains écarts par rapport à cette moyenne et ceux qui les subissent se sont fait entendre, notamment à la séance publique du conseil municipal du 15 janvier où une centaine de personnes se sont déplacées.

M. Guimond a donc accepté d’échanger avec la population le 5 février à 19 h, à l’Auberge Gouverneur. Il s’agira d’un premier rendez-vous de ce genre, mais il a déjà rencontré des associations locales de résidents qui souhaitaient obtenir des éclaircissements sur un nouveau rôle.

Les propriétaires insatisfaits risquent évidemment de soumettre leur cas particulier lors de cette assemblée. M. Guimond mentionne qu’il souhaitera surtout expliquer son travail.

«Je n’ai pas encore de plan de match définitif», commente-t-il. «Il faudra sans doute établir quelques grandes lignes, comme l’encadrement de la profession, les notions de base, les extraits de marché. On ne pourra pas régler de cas personnels à cette occasion. Nous avons 22 500 dossiers à Shawinigan. Je ne les ai pas tous en tête!»

Comme le maire, M. Guimond observe beaucoup d’incompréhension lorsque les citoyens s’expriment sur ce sujet complexe. Il fait toutefois remarquer que son expertise se limite à l’évaluation de chaque propriété. Le montant qui apparaît au bas du compte de taxes relève plutôt de la municipalité.

«Il faut rappeler que l’évaluation est un geste professionnel qui est encadré par la loi», explique-t-il. «C’est un expert indépendant, qu’il vienne d’une firme externe ou qu’il soit au service d’évaluation d’une ville.»

«Je perçois beaucoup d’incompréhension sur les variations», ajoute M. Guimond. «Or, ce n’est pas un critère pour juger une évaluation. L’équilibration d’un rôle, à la base, est de refaire les valeurs. Quand nous faisons un nouveau rôle d’évaluation, on repart à zéro. Il n’y a pas de passé.»

Essentiellement, M. Guimond invite les gens à se demander si la valeur apposée à leur propriété dans le nouveau rôle constitue un fidèle reflet de la situation par rapport à juillet 2017, soit au moment où la dernière étude a été réalisée. La prochaine évaluation sera effectuée à l’été 2020.

«Nous faisons environ 4500 visites par année, donc environ 13 000 pendant la durée du rôle», précise-t-il. «Ça nous sert à répertorier l’inventaire physique de l’immeuble. Parfois, la loi nous permet de corriger entre les deux rôles, mais dans d’autres cas, on ne peut pas. Il faut attendre le prochain rôle.»

Les transactions, les rénovations effectuées, la qualité de l’immeuble et aussi, la «classe d’âge» influencent l’évaluateur. Par exemple, il tiendra compte de la tendance des ventes des propriétés construites après 2010. «On peut faire des strates comme ça quand on s’aperçoit que le marché varie différemment», confie M. Guimond. Par ailleurs, si un propriétaire effectue des rénovations sans avoir demandé un permis à la Ville, il se peut que la valeur créée ne se reflète pas dans la nouvelle évaluation.

«Je comprends que ce n’est pas évident», convient-il. «C’est un peu mathématique, scientifique.»

Évaluation et taxes

M. Guimond mentionne que jusqu’ici, il observe une baisse de 30 % du nombre d’appels chez Servitech par rapport à janvier 2016, lorsque les citoyens avaient pris connaissance de leur évaluation précédente. Il rappelle que la nouvelle valeur est établie pour trois ans et que ceux qui se plaignent d’une hausse de 5 % devraient en tenir compte.

«C’est en bas de l’inflation», fait-il remarquer. «C’est comme si c’était faramineux... J’ai de la difficulté à saisir ça. Il y a de l’incompréhension, mais tout tourne autour de la variation.»

Justement, lorsque l’évaluateur bonifie la valeur d’une propriété par rapport au rôle précédent, le compte de taxes s’en ressent aussitôt. Surtout qu’en 2019, le conseil municipal de Shawinigan a dû hausser très fortement la tarification pour l’eau potable, en plus d’augmenter la taxe foncière. Ce cocktail se digère mal dans certains secteurs, comme au Domaine du Havre.

«Nous avons beaucoup d’appels pour le compte de taxes, mais nous sommes obligés de dire aux gens que ce n’est pas de notre ressort», rappelle M. Guimond. «Nous, on se concentre sur l’évaluation. J’ai constaté, comme vous, comment la taxe avait été travaillée. C’est la Ville qui s’en occupe. Notre domaine, c’est l’évaluation.»