François Lelièvre, directeur du Service de sécurité incendie de Shawinigan.
François Lelièvre, directeur du Service de sécurité incendie de Shawinigan.

Beaucoup d’action pour les pompiers de Shawinigan en 2019

SHAWINIGAN — Hausse des interventions, accent sur la formation, houleuse période de négociation: l’année 2019 a fait passer le Service de sécurité incendie de Shawinigan par toute la gamme des émotions. De plus, le premier semestre de 2020 incite la direction à envisager de nouvelles méthodes de prévention pour déjouer toute crise sanitaire qui s’invitera à l’avenir.

Le dernier rapport des activités du service de pompiers a été adopté par le conseil municipal de Shawinigan le 7 juillet. Pas moins de 991 appels ont été recensés en 2019, un nombre toujours en croissance au fil des années. Fait exceptionnel toutefois, le coût du service, à 4,8 millions $, a surpassé de près de 300 000 $ le budget prévu.

Le directeur, François Lelièvre, rappelle que des éléments exceptionnels sont entrés en ligne de compte au cours de la dernière année. Il fait notamment allusion aux problèmes avec des structures instables en raison du poids de la neige au printemps.

Par exemple, en mars 2019, le service a reçu 101 appels, dont seulement sept pour un incendie. Un an auparavant, 46 appels avaient été recensés pour le même mois, dont 10 pour un feu.

M. Lelièvre relève également plusieurs situations d’appels simultanés au cours de la dernière année, qui mobilisaient des équipes en surplus.

Sur les 991 appels, 75 impliquaient des incendies de bâtiments, qui ont provoqué des pertes de près de 2,7 millions $ l’an dernier. En incluant les véhicules et les biens matériels, les pertes provoquées par le feu ont surpassé 4,1 millions $ en 2019, une année particulièrement dommageable sur ce plan.

Seulement neuf incendies se sont propagés au-delà du bâtiment d’origine. Dans tous les secteurs, la première équipe d’intervention arrive en moins de 12 minutes en moyenne.

Une augmentation significative du temps d’intervention est toutefois observée pour le secteur Shawinigan-Sud en 2019, le temps moyen de réponse étant passé de 8:47 minutes à 11:23 minutes. M. Lelièvre estime que près d’une minute de cet écart peut s’expliquer par les travaux sur le pont Marc-Trudel. L’autre principal facteur implique le lieu de l’incendie qui, lorsqu’il se situe à la limite du territoire, fait augmenter la moyenne.

L’an dernier, chaque pompier a reçu 22 heures de formation spécialisée pour des interventions comme le sauvetage sur glace, le sauvetage nautique, le sauvetage en espace clos et la désincarcération. À cela, il faut ajouter une moyenne de 17 heures par pompier pour le maintien des connaissances.

Une formation sur de nouvelles techniques d’intervention et une autre sur la décontamination des équipements après une intervention faisaient aussi partie des priorités de la dernière année.

«Il faut toujours plus de formation, mais ça va avec les disponibilités budgétaires et celle des gens», résume M. Lelièvre, qui croit que la tendance se poursuivra au cours des prochaines années en raison de la très grande variété des interventions requises.

À l’interne, des négociations très médiatisées pour le renouvellement de la convention collective et quelques départs ont alimenté la manchette en 2019. Le syndicat a même remis en question de leadership de M. Lelièvre au cours de ces mois de haute tension. Le nouveau contrat de travail a finalement été signé au printemps 2020.

«Je serais menteur de dire que ça n’a eu aucune répercussion», confie le directeur. «Par contre, l’important était qu’il n’y ait aucune perturbation sur le service offert à la population. On s’était entendu là-dessus et les pompiers ont respecté ça.»

Prévention

Sans anticiper les grandes lignes du rapport 2020, on peut déjà prévoir les bouleversements entraînés par la crise sanitaire. Le premier changement qui vient à l’esprit du directeur implique les opérations de prévention.

«Actuellement, nous avons un certain retard», confie-t-il. «Nous n’avons pas fait de porte-à-porte pour les résidences. On se questionne beaucoup là-dessus. On ne veut pas que ça ait un impact sur la sécurité des gens.»

«L’aspect des avertisseurs de fumée nous préoccupe beaucoup, avec les déménagements de juillet», ajoute-t-il. «Nous voulons mettre l’emphase là-dessus.»

Les futures opérations de prévention pourraient impliquer de nouvelles méthodes, réfléchit le directeur.

«Nous sommes sur les derniers préparatifs pour y aller à distance, avec des sites Internet et des formulaires qui nous permettront de vérifier», avance-t-il. «Plusieurs services au Québec ont fait ce genre d’approche. C’est sûr qu’il faut se fier aux gens, mais nous regardons aussi la possibilité de faire des visites, en tenant compte des mesures de distanciation, pour les secteurs plus à risque.»

M. Lelièvre milite en faveur de l’adoption d’un règlement municipal pour obliger les propriétaires à s’équiper d’un détecteur de monoxyde de carbone. Ces appels ont d’ailleurs doublé l’an dernier, passant de 14 à 28.

La popularité des poêles au gaz, du propane et des garages rattachés aux résidences expliquent cette augmentation, énumère M. Lelièvre.

«Ce n’est pas une obligation pour le moment, mais on suggère fortement aux gens de s’équiper d’un détecteur», mentionne-t-il. «Nous avons de la difficulté à quantifier le nombre d’appels, car nous ne comptabilisons que ceux que nous recevons. Les gens qui se présentent directement à l’hôpital sans nous appeler ne font pas partie de nos statistiques.»