Le conseil municipal de La Tuque a confirmé, le 21 novembre, sa volonté de ne plus soutenir financièrement le développement du balisage de la rivière Saint-Maurice dans les conditions actuelles.

Balisage de la rivière Saint-Maurice: «Ça va se passer entre les élus»

Shawinigan — André Nollet aurait aimé quitter Tourisme Mauricie en sachant que le balisage de la rivière Saint-Maurice pour la navigation entrerait dans une phase de consolidation. Il comprend plutôt que la vision qu’il chérissait risque de ne pas survivre à son départ, à moins que le maire de Shawinigan, Michel Angers, réussisse à convaincre ses collègues.

M. Nollet adoucit la transition pour la nouvelle directrice générale de Tourisme Mauricie, Geneviève Boivin, pendant encore quelques semaines. L’homme qui a vanté le potentiel récréotouristique de la navigation sécuritaire sur quelque 130 kilomètres a été happé par la résolution adoptée par le conseil municipal de La Tuque, le 21 novembre, qui confirmait sa volonté de ne plus soutenir financièrement le développement du balisage dans les conditions actuelles.

«C’est une déception», confie M. Nollet. «Ça prend un temps pour développer un produit et il n’en était encore qu’à ses débuts.»

M. Nollet a vérifié les autres sources de financement possibles et sa récolte ne semble pas avoir été fructueuse. Le maire Michel Angers cite souvent le Fonds d’appui au rayonnement des régions. M. Nollet souligne toutefois que cette aide ne couvrirait pas tous les besoins.

Selon son évaluation, il faut prévoir environ 230 000 $ par année pour les opérations de balisages de Shawinigan à La Tuque. Dans ses modalités, le FARR prévoit une aide annuelle maximale de 100 000 $ pendant trois ans. Des appels de projets ont déjà été effectués pour les 29 septembre et 1er décembre. Le troisième et dernier de l’année financière en cours prendra fin le 1er février 2018. Pour 2017-2018, une somme de 2 055 637 $ est disponible pour les projets qualifiés au FARR en Mauricie.

Avec le projet de marina et d’aménagement récréotouristique de près de 14 millions $ près du pont de Grand-Mère, M. Angers tient à la poursuite du balisage. Sur le comité régional de sélection de projets du FARR, il est accompagné de Constant Awashish (président du conseil de la Nation atikamekw), Pierre-David Tremblay (maire de La Tuque), Gérard Bruneau (préfet de la MRC des Chenaux), Robert Lalonde (préfet de la MRC de Maskinongé), Yves Lévesque (maire de Trois-Rivières) et Bernard Thompson (préfet de la MRC de Mékinac). Ce comité devra approuver les soumissions qui bénéficieront d’un appui financier. La Ville de Shawinigan n’a pas encore déposé le projet de balisage, ce qui devrait être fait avant le 1er février. Où se situera-t-il dans les priorités établies par le comité, voilà la grande question.

«Ce sera à M. Angers d’influencer La Tuque pour qu’elle revienne sur sa décision», avance M. Nollet. «Ce sera la même chose avec Mékinac. Ça va se passer entre les élus.»

André Nollet, directeur général sortant de Tourisme Mauricie.

À La Tuque, le maire Pierre-David Tremblay soutient qu’il «n’est pas complètement fermé» au balisage, qu’il «ne veut pas nuire» à Shawinigan, mais du même souffle, il réitère le contexte financier difficile. Comme pour son collègue de la MRC de Mékinac, il indique que la clé consiste à développer un projet d’ensemble où tous les partenaires y trouveront leur compte.

«C’est plus complexe que la simple question du balisage», explique M. Tremblay. «On aimerait que le projet fasse partie d’un tout. Chez nous, il y a un quai de 200 pieds, il y a 76 marches à monter, on arrive dans un champ, pas de toilettes, pas de restaurant, pas de téléphone autour... J’aimerais qu’on développe quelque chose d’attrayant. Je veux un horizon plus grand, comme le développement de la rive ouest du Saint-Maurice, par exemple. On croit au projet, mais présentement, il n’y a pas de vision et nous n’avons pas d’argent.»

«Il pourrait y avoir le projet de la route du Saint-Maurice», image M. Thompson. «Un circuit touristique avec des aménagements, par exemple. Ça prendrait de belles terrasses, avec des fleurs, pour attirer les touristes. Si, tout le long du Saint-Maurice, nous avions des entrepreneurs qui se décidaient à faire quelque chose, on pourrait les incorporer au FARR. Mais si ce n’est que pour mettre des bouées dans le Saint-Maurice, au prix que ça coûte, ce n’est pas très rentable.»

M. Nollet trouverait dommage que la région ne parvienne pas à trouver les ressources pour pousser cette expérience plus loin, d’autant qu’elle n’a pas donné encore tous ses fruits, selon lui. Rappelons qu’en 2017, la marina de La Tuque a accueilli 538 visiteurs dans 311 embarcations, dont 234 motomarines, canots, kayaks ou chaloupes, qui n’ont rien à voir avec le balisage. De plus, 235 des personnes recensées provenaient de La Tuque ou de la Mauricie.

Le projet pilote aura été vécu sans infrastructure majeure au sud du trajet, qui aurait permis de vraiment attirer les touristes, regrette M. Nollet. «La marina de Grand-Mère était l’élément-clé qui manquait pour compléter le balisage», rappelle M. Nollet. «Le projet a pris cinq ans avant de se concrétiser, si on peut le dire comme ça. Ça arrive un peu tard dans le décor.»