Marie-Soleil Desrosiers, intervenante au CALACS.

«Avoir la bonne information»

Trois-Rivières — Pour la sixième année consécutive, l’Institut secondaire Keranna a abordé la question de la sexualité avec ses élèves de quatrième secondaire au moyen d’un colloque qui a occupé toute leur journée de jeudi. Certes, la question intéresse les jeunes, surtout qu’il ne se donne plus de formation personnelle et sociale depuis une dizaine d’années dans les écoles du Québec. Certains jeunes n’ont donc que la faune colorée d’Internet et la pression de leurs pairs pour se faire une idée sur cette question.

«lls sont intéressés surtout d’avoir la bonne information», constate Marie-Claude Hébert, psychoéducatrice de l’école. TVA présente depuis quelques semaines la série Fugueuse dans laquelle une jeune fille de 16 ans, piégée par l’amour, est utilisée par son petit ami et atterrit dans le monde des danseuses de bars et de la prostitution.

Keranna a profité de cette journée portant sur les différents aspects de la sexualité pour implanter le programme Empreinte du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel. «On est la seule école en Mauricie qui a la chance d’accueillir ce projet-là», dit-elle.

Il s’agit de six ateliers qui seront donnés en 2e, 3e et 4e secondaires et qui portent sur la définition des agressions sexuelles jusqu’au pouvoir d’agir et au pouvoir de dénoncer. On y enseigne aussi vers quelles ressources se tourner. Le thème de l’exploitation sexuelle fait également partie des ateliers, explique Mme Hébert.

Marie-Soleil Desrosiers, intervenante au CALACS de Trois-Rivières a justement livré une conférence aux élèves sur le thème de la prostitution en leur expliquant quels sont les pièges qui peuvent mener des jeunes, en particulier des femmes, vers cette douloureuse prison.

Un des constats pour le moins troublant démontre l’importance d’intervenir dès la plus tendre jeunesse en matière d’agression sexuelle puisqu’en effet, «80 % des prostituées ont vécu des sévices sexuels et physiques durant leur enfance», indique Mme Desrosiers.

La prostitution n’est pas qu’à Montréal, assure-t-elle en exhortant les jeunes à être vigilants. Dans la région, les grands rassemblements, comme le Grand Prix et le Festival western de Saint-Tite, «amènent une masse de clients potentiels», dit-elle en rappelant les films pornographiques qui avaient été tournés à Saint-Tite à l’aide de jeunes hommes intoxiqués à qui on avait fait signer une décharge.

Parmi les facteurs qui amènent les femmes à sombrer dans la prostitution, il y a la manipulation, tel que le dépeint la série Fugueuse. C’est loin d’être le seul piège, précise Mme Desrosiers. Il y a aussi la société de consommation. «On veut le dernier iPhone. On veut les bottes à 300 $. On veut le manteau de cuir», illustre Mme Desrosiers. La toxicomanie peut aussi faire en sorte qu’on fait les mauvais choix. Finalement, il y a la proximité du milieu, c’est-à-dire quand le petit ami est un vendeur de drogue, quand le père ou un autre proche est un proxénète ou quand la mère est une prostituée, tout cela peut faciliter l’entrée en prostitution des femmes. La contrainte fait aussi partie des raisons.

Les incitatifs peuvent ressembler à des menaces comme: «Si tu ne fais pas ça, je te bats. Si tu ne fais pas ça, je vais violer la petite sœur», illustre Mme Desrosiers. «Malheureusement, c’est la réalité», dit-elle.

Cette méthode va jusqu’à la désensibilisation, c’est-à-dire l’usage du viol collectif visant à «casser» une femme afin qu’elle tolère tout par la suite.

De toutes les activités criminelles organisées, c’est la prostitution qui est la plus payante, non pas pour la prostituée, évidemment, mais pour le proxénète, indique Mme Desrosiers. Certains proxénètes peuvent ainsi contrôler entre 10 et 20 filles au point de les «tatouer comme des vaches», dit-elle, pour indiquer aux autres qu’elles sont leur possession.

«On n’a pas besoin d’être en fugue pour être vulnérable et être spottée par un pimp», assure Mme Desrosiers. «Faites attention, il y a des recruteurs qui peuvent se tenir où les jeunes se tiennent, dans les parcs, dans les centres commerciaux, à Montréal dans le métro, dans les autobus. Surveillez-vous entre vous autres. Si vous vous faites approcher et que vous avez un mauvais feeling, écoutez votre feeling», conseille l’intervenante du CALACS.

Les élèves de Keranna ont bénéficié, jeudi, de cinq ateliers avec divers intervenants de la région permettant d’échanger, d’apprendre et de faire de la prévention en matière d’infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS). Une sexologue est aussi venue répondre aux questions des élèves. La journée s’est soldée par deux conférences.

Rappelons que l’éducation sexuelle deviendra obligatoire dans les écoles dès le mois de septembre prochain.