Festival Western de Saint-Tite
Festival Western de Saint-Tite

Avenir des festivals: conjuguer créativité et incertitude

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste

Festival western de Saint-Tite

«On veut se projeter dans l’avenir et être créatifs»

Sans conteste, le plus important festival de la Mauricie, en termes d’achalandage, est le Festival western de Saint-Tite, qui reçoit annuellement plus de 600 000 personnes. En temps normal, l’événement aurait débuté le 10 septembre, mais les cow-boys ont dû faire une croix sur leur rendez-vous annuel.

«C’est sûr que ça fait un pincement au cœur. Qu’on soit bénévole ou employé, c’est une passion parce qu’on y travaille depuis un an. Mais en bout de piste, il faut se rappeler pourquoi on a annulé, soit pour préserver la santé de la population de Saint-Tite, des employés, des bénévoles, de nos partenaires et des artistes», rappelle Pascal Lafrenière, directeur général du Festival.

Cette décision n’est bien sûr pas sans conséquences financières sur l’événement, de même que sur ses partenaires locaux. Mais les impacts sont plus larges, estime M. Lafrenière.

«Ça affecte aussi la communauté. Le Festival a un impact positif sur la fierté de la population. Il y a aussi des impacts financiers généraux: il y a quand même des retombées de 45 millions $ dans la région. Tout le monde subira des conséquences directes ou indirectes», reconnaît-il.

Le fait d’avoir sauté une année ne signifie toutefois pas l’arrêt de mort du Festival. Il est encore trop tôt pour savoir si tous les commanditaires habituels seront là l’an prochain, mais M. Lafrenière demeure optimiste. L’organisation du Festival western profitera également de cette pause pour faire une introspection.

Festival de la truite mouchetée de Saint-Alexis-des-Monts

«On entame un processus de réflexion avec nos employés et nos bénévoles, pour les impliquer dans la relance. On veut discuter de comment se projeter dans l’avenir et être créatifs. On est confrontés à une réalité qu’on ne contrôle pas, alors il faut discuter de comment on peut agir face à cette situation», conclut M. Lafrenière.

Festival de la truite mouchetée

«On ne peut pas savoir ce qui va arriver»

Du côté de Saint-Alexis-des-Monts, le président du Festival de la truite mouchetée, René Lemay, tente de demeurer optimiste. L’organisation aimerait bien reprendre en 2021 l’édition annulée cette année, mais si les conditions imposées présentement aux festivals sont toujours en vigueur à ce moment, cela ne sera pas possible, croit-il.

«À 250 personnes, on n’est pas capable de faire les frais du festival, c’est impossible. Alors tant qu’on n’a pas d’autres nouvelles du gouvernement, on ne peut pas savoir ce qui va arriver. On s’est donné jusqu’en novembre pour voir s’il y a des changements, mais si non, ce serait surprenant qu’il y ait un festival», confie M. Lemay.

Or, celui-ci croit que si le Festival devait faire relâche pour une deuxième année de suite, sa survie pourrait être menacée.

«Est-ce que la survie serait menacée si on manquait une deuxième année? Selon moi, oui, avance-t-il. On est chanceux, tous nos commanditaires rembarquent pour l’an prochain. Mais si jamais il n’y a pas de festival en 2021, est-ce qu’ils vont continuer à nous soutenir? Et est-ce que les gens vont être au rendez-vous?»

M. Lemay se console toutefois en pensant aux festivals qui ont une ampleur plus grande que le sien, tout en ayant une pensée pour ses organisateurs.

«Nous, ce n’est pas drôle ce qui nous arrive, mais je pense au monde de Saint-Tite. Les retombées là-bas et les retombées ici, ce n’est pas comparable», souligne-t-il.

Festival de la galette de sarrasin de Louiseville

Le Festival de la truite mouchetée de Saint-Alexis-des-Monts reçoit chaque année environ 20 000 visiteurs.

Festival de la galette de sarrasin de Louiseville

«Il ne faudrait pas trop tirer sur l’élastique»

Même s’il est déçu de l’annulation du Festival de la galette de sarrasin de Louiseville, son président André Auger ne compte pas rester les bras croisés cet automne. Tout comme celle du Festival western de Saint-Tite, l’organisation du festival louisevillois compte profiter de ce repos forcé pour mener une réflexion sur son avenir.

«Quand on organise ça année après année, on est dans un roulement perpétuel. Vu qu’il n’y en a pas cette année, on va en profiter pour mener une réflexion pour améliorer l’événement et se repositionner. On va avoir une consultation avec tous les gens qui travaillent avec nous. On va s’asseoir avec l’organisation et tout remettre sur la table», indique-t-il.

L’ironie du sort veut que la 42e édition du Festival s’annonçait particulièrement faste sur le plan des commanditaires. À savoir s’ils seront aussi nombreux l’an prochain qu’ils l’auraient été l’an dernier, M. Auger affirme toutefois que ce n’est pas sa plus grande préoccupation.

«La question que je me pose c’est: est-ce que les gens vont sortir l’automne prochain? C’est un festival de rue, avec des spectacles. Sur la place Canadel, on peut recevoir 1500, 2000 personnes et si on doit composer avec les mêmes normes que l’an passé, on ne pourra pas faire de soirées parce qu’il n’y aura pas de rentabilité. Alors il y a encore des doutes. On va partir l’édition 2021, mais peut-être pas à fond de train. La voie n’est pas bien claire pour l’an prochain, sachant que pour certaines activités, ce que j’entends, c’est que la reprise ne se fera peut-être pas avant 2022, 2023», confie-t-il.

Si le mauvais sort s’acharnait, forçant l’annulation des festivals pour une deuxième année consécutive, cela ne signifierait pas la mort du festival pour autant, croit M. Auger. «Mais il ne faudrait pas trop tirer sur l’élastique», prévient-il.

Festival du cochon de Sainte-Perpétue

«Je suis positif, mais il va falloir attendre»

Festival du cochon de Sainte-Perpétue

L’avenir est aussi très incertain pour le Festival du cochon de Sainte-Perpétue. Les organisateurs de l’événement souhaitent eux aussi être présents en 2021, mais la planification de la prochaine édition s’annonce ardue.

«Pour un événement de cette envergure-là, on commençait normalement en octobre ou en novembre à refaire l’événement prochain. Là, c’est plus compliqué, parce que tout est au neutre. On ne sait vraiment pas comment ça va se dérouler», concède Michel Jutras, directeur général du Festival.

Si les normes actuelles, avec une limite de 250 spectateurs, demeurent en place, M. Jutras voit mal comment l’événement pourrait avoir lieu sans plonger son organisation dans le rouge. S’il faut se rabattre sur une programmation amincie, il craint que le Festival du cochon n’attire guère de visiteurs.

«Pour un village de 1000 personnes, ce ne serait pas facile de faire déplacer les gens de la ville avec des spectacles de moindre envergure. C’est sûr que le cachet du village et la proximité que les gens retrouvent, avec des bénévoles souriants, ça ne s’arrêtera pas, mais si on veut être attractif, ça prend quelque chose de plus», estime-t-il.

M. Jutras refuse cependant de céder au pessimisme quant à l’avenir du Festival du cochon, même si son organisation l’an prochain risque d’être un sacré casse-tête.

«Si un bar a de la misère à faire des spectacles parce que tout le monde attrape la COVID, imaginez pour un événement où on est collé les uns sur les autres, comme quand on a fait venir les Cowboys Fringants. Ça va être compliqué. Je suis positif, mais il va falloir attendre», prévient-il.

FestiVoix de Trois-Rivières

«On va se relever plus fort encore»

Au FestiVoix, on refuse aussi de céder au désespoir, même si l’édition 2020 a dû être transformée en édition virtuelle. Le directeur général de l’événement, Thomas Grégoire, compte miser sur la créativité et l’audace pour assurer sa survie. C’est d’ailleurs dans cette optique que le FestiVoix annonçait vendredi la tenue d’un microFestiPunk, qui permettra à 250 personnes d’assister à un concert des groupes The Planet Smashers et Mute, le 3 octobre.

FestiVoix

«À partir du moment où on a eu la possibilité de faire un événement avec maximum 250 personnes, on l’a prise et on a créé un projet en fonction. Si on peut aller plus loin, on le fera. Si on ne peut pas, on fera toujours preuve de créativité, on a plein de projets dans les cartons pour que la culture vive, pour que notre écosystème fonctionne et pour qu’on puisse encore générer des retombées économiques et touristiques», promet-il.

Impossible donc de dire quelle forme prendra le FestiVoix l’an prochain. Les normes sanitaires et la progression de la pandémie font partie des inconnues, tout comme la participation des commanditaires et partenaires de l’événement.

«Le FestiVoix fonctionne à 80 % avec des revenus privés. Il y aura vraisemblablement des conséquences sur les soutiens qu’on peut avoir, puisque les entreprises privées subissent elles aussi des complications. Mais est-ce que ça remet en cause la survie de l’événement ou sa capacité à se relever? Pas du tout. La preuve: on est encore capable de faire des projets, même si 2021 s’annonce compliquée. On espère faire un événement en 2021 dans des conditions normales, on se prépare pour ça. Mais si ce n’est pas le cas, on va être capable de soutenir le choc et on va se relever plus fort encore en 2022», assure M. Grégoire.