Plus d'une centaine de personnes ont pris part au premier Rendez-vous régional sur l'avenir des églises de la Mauricie, samedi, à Trois-Rivières.
Plus d'une centaine de personnes ont pris part au premier Rendez-vous régional sur l'avenir des églises de la Mauricie, samedi, à Trois-Rivières.

Avenir des églises: oser rêver tout en étant lucide

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Plus d’une centaine de représentants de fabriques et de paroisses, du milieu municipal, d’organismes à but non lucratif, du Diocèse de Trois-Rivières et des citoyens étaient présents au premier Rendez-vous régional sur l’avenir des églises de la Mauricie, à l’église Jean-XXIII de Trois-Rivières, samedi. Le but de l’événement était, comme son nom l’indique, d’entamer une réflexion sur le sort des lieux de culte, principalement catholiques, de la région, alors que les fermetures et ventes d’églises se multiplient, dans la région comme ailleurs au Québec.

S’il ne se veut pas alarmiste, l’historien René Beaudoin, responsable du comité sur l’avenir des églises de la Mauricie, affirme que les communautés paroissiales de la région doivent entamer cette réflexion si ce n’est pas déjà fait. 

«Il faut penser avant que les gens doivent vendre ou fermer leur église parce qu’ils ne sont plus capables de l’entretenir. Plus le temps passe, plus le bâtiment se dégrade et moins c’est facile de le vendre ou de trouver des façons de le réutiliser. Notre défi va être de les accompagner pour qu’ils puissent avoir une vision à long terme», prévient-il. 

M. Beaudoin a présenté à l’assemblée les résultats d’un questionnaire distribué aux responsables des différentes paroisses de la Mauricie l’hiver dernier. Le résultat de cette étude: une proportion importante de répondants ont indiqué ne pas avoir de plan en tête pour trouver d’autres usages à leur église, ce qui leur permettrait d’avoir d’autres sources de revenus que les messes et les célébrations comme les baptêmes et les mariages. Pis encore, un certain nombre n’ont pas fourni de données sur la santé financière de leur église, ou ont fourni des données incomplètes. M. Beaudoin croit cependant que la méfiance envers la démarche du comité, qui a été mis sur pied à la demande du Diocèse de Trois-Rivières, explique ce phénomène. 

«Ça témoignait simplement d’une peur: vont-ils nous demander de fermer notre église? Il y a des gens qui croient vraiment qu’il y a un agenda caché, que le diocèse a déjà identifié des églises à fermer. Mais il n’y a aucun plan de ce genre, aucun», assure-t-il. 

René Beaudoin, responsable du comité sur l'avenir des églises de la Mauricie.

D’où l’importance, selon l’historien, de discuter collectivement de possibilités d’avenir pour les églises, comme c’était le cas samedi après-midi. Les participants étaient invités à se rassembler en groupes pour trouver des idées visant soit à rentabiliser les églises, soit à leur trouver une nouvelle utilité. 

«On a invité les gens à se regrouper et de voir les opportunités et les besoins du milieu. J’ai très hâte de voir les comptes rendus. On espère que les gens se sont permis de rêver, de voir ce qu’ils peuvent faire avec ce patrimoine religieux», indique-t-il. 

L’exercice mené samedi devrait donc être la première étape d’une grande réflexion qui doit se faire partout en Mauricie, espère M. Beaudoin. Il reconnaît toutefois que certaines personnes, des paroissiens comme des marguilliers, semblent vivre dans le déni quant à la survie de leur église, des gens qu’il qualifie d’«égliso-sceptiques». 

«Il faut prendre les gens là où ils sont et essayer de les faire cheminer. Aujourd’hui, il y a une personne arrivée un peu sur le pied de guerre et qui est partie avec un début d’ouverture, je pense. Ça montre qu’il faut multiplier les événements comme celui d’aujourd’hui pour arriver à les rejoindre», estime-t-il. 

Le comité a par ailleurs mis sur pied un site Internet, sur lequel seront partagés les résultats du questionnaire distribué l’hiver dernier et les réflexions et suggestions recueillies samedi. Il sera accessible sous peu via le site du Diocèse de Trois-Rivières, au http://www.diocese-trois-rivieres.org. 

«Ce qu’on veut, c’est que les communautés réfléchissent. Une communauté qui dit: on n’a pas de problème pour les 15 prochaines années, eh bien, gardez-la votre église! Mais si une communauté voit que ça lui coûte trop cher, il y aura des décisions à prendre. Ce qu’on souhaite, c’est que les gens puissent regarder la situation avec lucidité et qu’on puisse les accompagner là-dedans», poursuit M. Beaudoin.