Héloïse Duchesne, entourée de l’intervenante Joanie Guimond (à gauche) et de l’éducatrice spécialisée Josie Tousignant-Plante.
Héloïse Duchesne, entourée de l’intervenante Joanie Guimond (à gauche) et de l’éducatrice spécialisée Josie Tousignant-Plante.

Autiste: le défi du passage à l’âge adulte

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Le passage à l’âge adulte, plus spécifiquement l’entrée sur le marché du travail, comporte son lot d’excitation, mais aussi de stress et d’inquiétudes. Pour les personnes vivant avec une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme (TSA), ces difficultés sont encore plus grandes, puisque les milieux de travail ne sont pas toujours adaptés à leurs particularités et les employeurs ne sont pas forcément toujours enclins à s’adapter à ces personnes. Comment cette transition se fait-elle?

Dans le cas d’Héloïse Duchesne, 25 ans, la réponse est: mal. La jeune femme a fait comme tous les jeunes de son âge et s’est trouvé un emploi à sa sortie de l’école. Dans son cas, puisqu’elle était habituée de travailler dans un foyer pour personnes âgées, elle a choisi une carrière comme préposée aux bénéficiaires.

«C’était très demandant, je faisais souvent des heures supplémentaires, j’étais très épuisée. Je n’étais plus capable de faire semblant d’être quelqu’un que je ne suis pas», raconte-t-elle.

Il faut dire que la jeune femme a subi de l’intimidation à l’école, en raison de son comportement parfois excentrique. Enfant, elle a été diagnostiquée avec un trouble de l’attention (TDA) et de la dyslexie. Elle a donc appris à camoufler ses particularités, pour que les autres adolescents cessent de se moquer d’elle. Mais avec une charge de travail élevée, elle n’avait plus l’énergie d’activer ce mécanisme de camouflage, pas plus qu’elle arrivait à gérer efficacement ses émotions.

«J’ai fait une grosse dépression et un burn-out à 20 ans. Mon médecin a testé plein de médicaments, mais ils avaient toujours l’effet contraire ou avaient de gros effets secondaires. C’est la mère d’un ami qui est TSA qui m’a mis la puce à l’oreille. Elle m’a dit: tu es pareille comme mon fils, il faudrait que tu te fasses diagnostiquer», relate Héloïse.

C’est ce qu’elle a fait et à 21 ans, elle a appris qu’elle avait un TSA. En plus de mieux comprendre certaines difficultés qu’elle vivait, ce diagnostic lui a permis de bénéficier d’un accompagnement du CIUSSS pour mieux réussir son intégration au marché du travail.

«Comme intervenant, on compose avec les besoins particuliers des usagers. Avec les milieux d’intégration, on définit les paramètres, on vient cadrer ce à quoi on s’attend pour les stagiaires. On veut qu’ils soient considérés comme des employés à parts égales. Notre rôle est d’expliquer le diagnostic et ce qu’il implique. La clé du succès, c’est qu’on ait un milieu ajusté, où on peut faire des interventions au besoin», résume Josie Tousignant-Plante, une éducatrice spécialisée au CIUSSS qui gravite autour d’Héloïse.

En bénéficiant du soutien constant d’une intervenante et d’un milieu de stage qui a su s’adapter à ses particularités, la jeune femme peut aussi reconstruire sa confiance en elle, selon Mme Tousignant-Plante.

«Le processus l’a amenée à parler beaucoup aux autres dans son milieu de stage. Elle développe des relations sociales avec les gens et ça l’a amenée à parler de ses intérêts», indique l’intervenante.

Ces intérêts, qui sont notamment orientés autour de l’artisanat et de l’art, pourraient même un jour devenir le gagne-pain d’Héloïse.


« Permettre à ces jeunes adultes de s’intégrer à la société et de développer leur plein potentiel grâce à leur implication dans le milieu communautaire, au travail ou en faisant du bénévolat, ça passe par un bon accompagnement. »
Julie Michaud, agente d’information au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec

«Pour le moment, juste avoir un petit travail dans un magasin, ça me convient. Mais un jour, j’aimerais ça être à mon compte et vendre mes créations», confie-t-elle.

Un colloque sur ces défis

Les défis que vivent des gens comme Héloïse étaient le sujet du 26e Rendez-vous de l’Institut universitaire en déficience intellectuelle et en TSA, qui se déroulait mercredi, en mode virtuel. Cet événement rassemblait plus de 750 personnes de partout au Québec. Des intervenants, des gestionnaires, des gens du milieu municipal et du milieu scolaire, ainsi que des chercheurs étaient présents.

«On a plusieurs conférences qui touchent divers aspects de la vie d’adulte chez les personnes TSA. Permettre à ces jeunes adultes de s’intégrer à la société et de développer leur plein potentiel grâce à leur implication dans le milieu communautaire, au travail ou en faisant du bénévolat, ça passe par un bon accompagnement. On discute de quel accompagnement on peut faire ensemble, les intervenants du réseau de la santé, de l’éducation, du communautaire, les entreprises et la famille», résume Julie Michaud, agente d’information au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

L’événement est donc l’occasion pour les intervenants d’échanger sur les pratiques d’intervention et d’acquérir de nouveaux outils. Pour les acteurs du marché du travail, c’est l’occasion de comprendre la réalité avec laquelle vivent de nombreuses personnes et de découvrir comment s’adapter pour profiter du savoir-faire de cette main-d’œuvre, surtout dans un contexte de pénurie. Le CIUSSS indique en effet que sur 946 personnes qui ont recours à ses activités d’intégration au travail et au milieu communautaire, 147 ont un TSA, soit 15 %. Une proportion qui augmente constamment: au cours des cinq dernières années, le nombre d’usagers avec un TSA qui bénéficient des services du CIUSSS a augmenté de 41 % pour les 12-21 ans et de 95 % pour les 22 ans et plus.

Selon Mme Michaud, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, qui a multiplié ses efforts pour trouver des solutions contre la pénurie de main-d’œuvre au cours des derniers mois, faisait partie du nombre des personnes invitées au Rendez-vous.

«L’objectif, c’est de partager les connaissances, pour que la recherche puisse servir dans les interventions à l’aide de témoignages, de faits vécus et d’apprentissages. C’est de partager tout ça aux auditeurs et aux participants, pour que ça serve ensuite auprès des usagers, des familles, des intervenants et de toute la communauté», souligne Mme Michaud.