Sylvie Tardif était de celles qui visaient le poste de mairesse de Trois-Rivières en 2013.

Aucune femme candidate à la mairie de Trois-Rivières: «c’est un recul»

Trois-Rivières — 2013. Trois femmes sont au nombre des candidats à la mairie de Trois-Rivières. On aurait pu penser que c’était le début d’une nouvelle ère.

Pourtant depuis cette élection, aucune femme n’a osé tenter sa chance. Parmi les hypothèses qui sont soulevées pour expliquer ce fait, il y a le ton de l’élection de 2013.

«J’irais jusqu’à parler de violence au niveau des propos, pas nécessairement de la part de candidats mais par les gens qui les appuient, et des réseaux sociaux.» Sylvie Tardif était de celles qui souhaitaient devenir la première mairesse de Trois-Rivières, en compagnie de Catherine Dufresne et Marcelle Girard. Elle est entrée dans la course avec beaucoup de motivation mais elle en est ressortie brisée.

«Depuis ce temps-là, je ne suis plus sur Facebook. Ça m’a tellement blessée à ce moment-là les propos qui ont été tenus sur moi, sur COMSEP, sur ma vie privée. Ils ont mis en doute mon intégrité... toute ma vie j’ai travaillé fort pour que mon nom soit intègre. Dans cette campagne, il y a eu des propos vraiment violents. Je comprends que ça puisse en décourager certaines. Comme femme, on est peut-être moins dans ce mode d’attaque là. Quoique certaines femmes m’attaquaient violemment aussi, ce n’était pas juste des hommes.»

Six ans plus tard, elle n’hésite pas une seconde à reparler de cette expérience mais l’émotion est encore bien présente. «La campagne a été très dure. Peut-être que ça a ralenti certaines femmes, bien que j’espère que non, parce que ça ne veut pas dire que ça va être comme ça toutes les fois. Plus tu montes dans ton niveau d’implication politique, c’est de plus en plus dur.»

Quand Sylvie Tardif voit le portrait de la présente campagne à la mairie, bien que le portrait pourrait changer étant donné que les aspirants ont jusqu’au 5 avril pour déposer leur candidature, elle ressent un pincement au cœur de n’y voir aucune candidate. «Je suis triste. C’est surtout pour le principe, car on a trois bons candidats présentement. Le fait qu’il n’y ait pas de femmes qui se présentent, je trouve que c’est un recul. On a notre vision de faire de la politique et qu’on n’entende pas une voix de femme, ça m’a attristée.»

Elle souligne que pourtant, dans les autres paliers politiques, il y a un peu d’amélioration. «Il y a eu des progrès au niveau du provincial. On a vu plus de femmes que jamais et il y a eu des avancées dans les conseils des ministres autant au fédéral qu’au provincial. Ça, c’est très intéressant.»

«Même si on a fait de grands pas, il y a des plafonds qui n’ont pas encore sauté. Je ne sais pas si Trois-Rivières aurait été prête, comme Ville, à élire une femme à la mairie. On ne l’a pas su jusqu’à maintenant et on ne va pas le savoir à la prochaine élection... à moins que quelqu’un lève la main d’ici là.»

Source d’inspiration

Bien que Sylvie Tardif ait trouvé difficile sa dernière campagne municipale, elle ne regrette en rien son implication. «J’ai adoré être en politique municipale. Si on retournait en 2003, je le referais.» Elle est fière aussi d’avoir pu servir d’inspiration pour la jeune génération. «Des jeunes filles me disaient que le fait de voir une femme conseillère ou une candidate à la mairie ça les inspirait. Ça fait chaud au cœur d’entendre ça!» De plus, elle racontait avoir elle-même été inspirée par Christiane Thibodeau, conseillère de 1986 à 2001.

«Ça donne espoir à des filles. J’espère qu’un jour on n’aura plus à parler de ce thème-là parce que ça va devenir naturel qu’il y ait autant d’hommes que de femmes qui se présentent et on n’aura plus à faire autant de sensibilisation.»

«Il y a beaucoup de choses à changer de l’intérieur et c’est pour ça que c’est important d’avoir des femmes. J’arrivais du communautaire et les discussions autour d’une table, ça ne se passe pas de la même façon en politique ou autour d’une table du conseil. Tu as à apprendre mais tu dois aussi faire apprendre ta façon de faire et l’importance des consensus. On amène notre couleur. Plus tu es de femmes et plus ça devient facile de faire changer les choses.»