François Legault a répondu aux questions des journalistes lors de son passage à Trois-Rivières.

Au tour de Legault

TROIS-RIVIÈRES — Une dizaine de jours après le début officiel de la campagne électorale provinciale déclenchée le 23 août dernier, François Legault, le chef de la Coalition avenir Québec, est débarqué en Mauricie alors que les autres chefs y ont multiplié les apparitions. Il a choisi de faire sa première apparition publique à l’Amphithéâtre Cogeco vendredi, quelques minutes avant la représentation de Notre-Dame de Paris.

Le 12 août dernier lors d’une rencontre préparatoire électorale à Shawinigan, il avait clamé «Ça prend la Mauricie!». Il avait alors affirmé que la Mauricie était une région importante pour savoir qui formera le prochain gouvernement provincial.

De son côté, Philippe Couillard, le premier ministre libéral sortant, a multiplié les apparitions en Mauricie et il a même choisi la Mauricie pour y faire son lancement de campagne. Jean-François Lisée, chef du Parti québécois, y a fait deux passages alors que Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, les porte-parole de Québec solidaire, ont eux aussi foulé le sol trifluvien cette semaine.

Est-ce que la CAQ tient les électeurs de la Mauricie pour acquis? «Ben non, je pense qu’on a des vedettes ici. Jean Boulet, c’est une vedette. Il n’a pas besoin du chef pour attirer l’attention. Sonia LeBel, même chose, je l’ai même envoyée présenter des candidats dans d’autres régions. Elle me remplace parfois. Ici, j’ai des vedettes!», affirme-t-il. M. Legault poursuit en ajoutant que le Québec est grand et qu’il y a beaucoup à faire. «Il y a 17 régions, j’ai fait le Bas-Saint-Laurent, Chaudière-Appalaches, Québec, le Saguenay, etc. Nous sommes rendus en Mauricie», assure-t-il.

Une rencontre importante
D’ailleurs, lors de son passage, la CAQ a convié Clément Masse, président du syndicat de l’ABI pour une rencontre en privé. À 18 h 27, Clément Masse a gravi les marches de l’autobus caquiste pour une rencontre avec le chef et deux de ses candidats, Jean Boulet et Donald Martel. Il en est ressorti trente minutes plus tard. «M. Legault a pris position. Naturellement, il m’a dit que s’il est élu, il va mettre plus de direction dans ce dossier que les libéraux», raconte M. Masse. Il ajoute qu’évidemment, il s’attendait à ce que M. Legault lui prête une oreille attentive. Après tout, M. Masse a quand même rencontré tous les autres chefs depuis le début de la campagne et visité plusieurs autobus. «Nous profitons de la campagne pour nous faire entendre et aller chercher des appuis», soutient M. Masse. Quel parti aura son vote? Pour le moment, celui qui a rencontré personnellement les chefs des différents partis préfère garder son allégeance politique confidentielle. «Un vote c’est secret!», lance-t-il en souriant.

Un manque de sérieux du côté patronal?
«J’ai rencontré les membres du syndicat d’ABI et c’est quand même terrible! Nous parlons de 1000 emplois très payants en plus des emplois indirects. C’est une entreprise qui ne fonctionne pas depuis 8 mois, il est temps que le gouvernement du Québec s’implique pour voir quel est le problème», a lancé M. Legault.

Il ajoute qu’après 8 mois, le gouvernement doit savoir ce qui se passe, connaître les enjeux réels. «Est-ce que c’est l’électricité ou encore le coût de la main-d’œuvre le problème ? Il faut savoir ce qui se passe», estime le chef de la CAQ.

Il ajoute que pour la Mauricie, ce dossier est très important. «Jean Boulet (candidat caquiste dans Trois-Rivières) suit le dossier et en tant qu’avocat en droit du travail, il connaît bien les gens qui négocient, mais ça ne semble pas sérieux du côté patronal», avance M. Legault.

Bain de foule mauricien
François Legault a profité de son passage à l’Amphithéâtre Cogeco pour rencontrer quelques électeurs et prendre le pouls de la Mauricie. Il s’est baladé avec, à ses côtés, son candidat dans Trois-Rivières, Jean Boulet et Donald Martel, le député sortant dans Nicolet-Bécancour.

En fin de soirée vendredi, il s’est rendu sur le boulevard Thibeau à Trois-Rivières pour la visite du local électoral de sa candidate vedette dans Champlain, Sonia LeBel. Il a ensuite quitté la région, car samedi, c’est congé. «Écoutez, 39 jours c’est long. J’ai eu un bon sondage cette semaine, je suis content de l’équipe que j’ai présentée. Nous faisons de la prévention, je veux rester en forme pour le reste de la campagne», assure M. Legault. Celui qui est actuellement en tête des sondages prévoit être la cible des autres partis lors des débats et il compte bien se préparer pour affronter la hargne des autres chefs.

M. Legault estime que ses candidats en Mauricie n’ont pas besoin d’une présence accrue de leur chef pour remporter les prochaines élections, bien que toutes les circonscriptions de la Mauricie étaient représentées par des députés libéraux. La CAQ prévoit faire des gains dans la région, entre autres dans Trois-Rivières et Champlain.

«Samedi, nous avons prévu que certains vont faire des sorties. Il faut les montrer et que je ne prenne pas toute la place», a terminé le chef de la CAQ quelques heures avant sa journée de repos.

François Legault a profité de son passage pour rencontrer quelques électeurs en compagnie de Jean Boulet, le candidat dans Trois-Rivières et Donald Martel, le député sortant dans Nicolet-Bécancour.

Une pause samedi

François Legault, a décidé de s’offrir une journée de répit après une semaine mouvementée durant laquelle il s’est souvent retrouvé sur la défensive. La journée de samedi sera consacrée à faire la grasse matinée «jusqu’à 10 heures, quelque chose comme ça, deux, trois cafés en lisant les médias» et au temps en famille, a-t-il expliqué en mêlée de presse à Trois-Rivières en début de soirée.

«Moi, je pense qu’un être humain, là, 39 jours de suite, c’est peut-être un peu exagéré. Qu’il y ait une ou deux journées de congé, je pense que c’est un peu plus normal», a fait valoir M. Legault, se disant néanmoins en pleine forme.

Il a assuré ne pas avoir pris cette décision pour se remettre d’une semaine difficile et juré que tout allait comme sur des roulettes dans la caravane caquiste, brandissant le sondage favorable publié en milieu de semaine comme pièce à conviction.

«J’ai eu un bon sondage cette semaine, là, et moi, je suis content de l’équipe qu’on a présentée, des propositions qu’on a présentées», a indiqué le leader caquiste.

Il ne sera pas le seul à relâcher la pédale, samedi: la journée du chef libéral, Philippe Couillard, doit prendre fin vers midi.

Mais quoiqu’en dise François Legault, les derniers jours n’ont pas été faciles: il a dû encaisser coup sur coup le départ du président du parti, Stéphane Le Bouyonnec, et les révélations sur le prêt de 55 000 $ contracté par son «shérif éthique», Éric Caire.

Et la journée de vendredi s’est poursuivie dans la même lignée: le chef l’a amorcée en essuyant les attaques de ses rivaux, qui avaient tous convergé vers Longueuil, aux bureaux de l’Union des producteurs agricoles (UPA), pour défendre la gestion de l’offre.

Lui était à quelque 400 kilomètres de là, du côté de Saguenay, à faire une annonce sur un engagement dont il avait parlé deux jours auparavant... et à nier avoir été surclassé par l’équipe libérale sur le plan stratégique.

C’est que les libéraux ont confirmé la présence à Longueuil de leur chef, Philippe Couillard, vers 21 h, jeudi, alors que la caravane de la CAQ venait de s’arrêter pour la nuit à Saguenay.

L’équipe caquiste a décidé de rester sur place plutôt que de filer vers la Montérégie. L’horaire de vendredi a été revu et François Legault a commencé cette neuvième journée de campagne avec un entretien matinal avec le dirigeant de l’UPA, Marcel Groleau.

Au lutrin qui avait été installé devant la rivière Saguenay, M. Legault a cherché à minimiser son absence à la conférence de presse commune de Longueuil.

«C’est pas la journée pour faire de la petite politique. Il y a unanimité à l’Assemblée nationale: il faut défendre la gestion de l’offre, il ne faut faire aucun compromis, il faut envoyer un message clair à Justin Trudeau», a-t-il insisté.

«Est-ce qu’on aurait dû faire ça à Ottawa, est-ce qu’on aurait dû faire ça à Longueuil, est-ce qu’on aurait dû faire ça dans une région comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean où il y a beaucoup de producteurs de lait? Moi là, je passe par-dessus ça», a-t-il ajouté.

Les libéraux lui ont-ils tendu un piège? «J’espère que non», a-t-il lâché en anglais.

Tous contre Legault

Les chefs réunis à Longueuil, et leurs stratèges présents sur les réseaux sociaux, n’ont pas manqué de profiter de l’absence du leader caquiste pour lui décocher quelques flèches.

Le dirigeant péquiste, Jean-François Lisée, a ainsi affirmé qu’il s’agissait du «seul endroit sérieux où un homme politique sérieux qui a du jugement doit être aujourd’hui».

De son côté, le chef libéral Philippe Couillard a déclaré qu’il considérait «absolument indispensable d’être présent, non seulement en tant que chef du Parti libéral, mais en tant que premier ministre du Québec».

Lorsqu’on lui a demandé si son équipe avait tendu un guet-apens à la CAQ, il a répondu: «C’est vrai? Donc, il n’est pas capable de prendre lui-même une décision? Moi, je l’ai prise tout seul, ma décision.»

Pour sa part, la porte-parole solidaire Manon Massé a déploré que, selon elle, «les accords commerciaux» soient décidés derrière des portes closes et que le Québec n’ait pas de «voix».

Le dirigeant de l’UPA, Marcel Groleau, a quant à lui cherché à calmer le jeu. «Quand on a organisé ça (l’événement) mercredi, on ne connaissait pas l’issue de la négociation. Les chefs ont fait leur choix», a-t-il argué en mêlée de presse.

Le leader syndical s’était entretenu au téléphone avec le leader caquiste en matinée, une conversation qui «ne laissait aucune équivoque» sur l’«engagement» du chef Legault en faveur de la gestion de l’offre, a-t-il signalé.

Sous le soleil saguenéen, vendredi matin, François Legault a de nouveau promis une connexion internet haute vitesse et une couverture cellulaire large bande sur l’ensemble du territoire québécois pour 2022, advenant son accession au pouvoir.

La CAQ estime qu’elle devra débloquer 400 millions $ sur quatre ans pour offrir ces deux services à 100 pour cent des citoyens.