Maestro Jacques Lacombe vient de vivre une soirée et une nuit qu’il n’est pas prêt d’oublier.

Attentat de Strasbourg: «Répondre par l’art»

TROIS-RIVIÈRES — «Répondre par l’art, la culture, c’est la réaction la plus forte à une absurdité comme celle-là.»

Maestro Jacques Lacombe vient de vivre une soirée et une nuit qu’il n’est pas prêt d’oublier. Le chef d’orchestre originaire de Trois-Rivières dirigeait un opéra à Strasbourg, mardi, à quelques pas des lieux de l’attentat qui a fait trois morts et 13 blessés.

M. Lacombe a appris durant l’entracte qu’un drame venait d’arriver. Il se souvient d’avoir circulé vers 19 h dans le secteur où, moins d’une heure plus tard, le tireur se promenait.

À l’instar du chef d’orchestre, les spectateurs et les musiciens réunis à l’Opéra national du Rhin ont appris au même moment que ces événements horribles venaient de se produire.

«La réaction des gens a été très calme. C’était silencieux en raison du choc de la nouvelle», a commenté M. Lacombe, en entrevue avec Le Nouvelliste mercredi après-midi alors qu’il se trouvait pour une répétition à Mulhouse, une ville située à un peu plus de 100 km au sud de Strasbourg.

Le spectacle de mardi a repris, car les musiciens se sont dit à la pause qu’il fallait bien réagir à une telle tragédie. L’opéra Barkourf ou un chien au pouvoir, de Jacques Offenbach, s’est poursuivi.

«C’est un opéra comique. Après la pause, le public a réagi et a ri à peu près aux mêmes endroits. Mais derrière la tête, on sait qu’il se passe des choses terribles. C’est le monde dans lequel on est.»

Si les spectateurs ont eu l’autorisation de quitter l’opéra par petits groupes après la représentation, Jacques Lacombe a préféré passer la nuit dans sa loge. Il craignait devoir faire face à un parcours difficile pour se rendre à son logement. Mais sa nuit a quand même été mouvementée.

«Vers 1 h 30, 40 ou 50 gendarmes ont fouillé l’opéra. De fond en comble. Une fois les gendarmes sortis, je ne voulais pas prendre la chance de me rendre à mon appartement», mentionne-t-il, en rappelant que les forces de l’ordre étaient et sont toujours à la recherche du tireur.

Jacques Lacombe a pu rentrer chez lui mercredi matin. Le spectacle qui s’offrait devant lui mettait en scène des militaires sur fond de ville désertée.

«Au marché de Noël, il y a un monde fou. Strasbourg est la capitale de Noël. C’est un peu spécial de voir la ville aussi tranquille. Imaginer les victimes, ça trouble. Ce matin (mercredi), il y avait un silence qui régnait sur la ville comme on voit avec ce genre d’événement. C’est lourd.»

M. Lacombe n’a pas eu de difficulté à prendre le train pour faire le trajet Strasbourg-Mulhouse malgré le renforcement des mesures de sécurité à la gare. Ces mesures s’ajoutent au contrôle habituel du centre historique de Strasbourg où est érigé le marché de Noël.

Habitué de travailler dans plusieurs grandes villes européennes, Jacques Lacombe ne s’était jamais heurté à un tel événement.

«C’est ma première expérience (un attentat). Être aussi proche de ça... Une heure après, j’aurais croisé l’assaillant», raconte Jacques Lacombe, qui jouera jeudi soir, comme prévu, à Strasbourg.