Le conseil municipal de Shawinigan a finalement ordonné à la propriétaire du chien Julius de le faire euthanasier.
Le conseil municipal de Shawinigan a finalement ordonné à la propriétaire du chien Julius de le faire euthanasier.

Attaque d’un chien sur une fillette: la Ville de Shawinigan ordonne l’euthanasie de l’animal

Mathieu Lamothe
Mathieu Lamothe
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Après avoir longuement étudié la question lors de quatre rencontres de travail, un processus qui a d’ailleurs entraîné deux sursis, le conseil municipal de Shawinigan a finalement ordonné à la propriétaire du chien Julius de le faire euthanasier.

Cette décision émotive a fait l’objet d’une résolution adoptée à l’unanimité, en fin de journée mardi, lors d’une séance extraordinaire. Elle a été prise en vertu du règlement d’application de la loi visant à favoriser la protection des personnes, par la mise en place d’un encadrement concernant les chiens.

Pour en venir à ce constat, le conseil a pris en considération l’avis de la SPA Mauricie à l’effet que le chien Julius doit être déclaré potentiellement dangereux et a aussi tenu compte que, selon la vétérinaire au dossier, le risque zéro n’existe pas pour un animal et que la possibilité d’une récidive, peu importe le niveau de dangerosité de l’animal, ne peut jamais être totalement écartée.

Rappelons que cette ordonnance fait suite à un événement survenu le 15 juillet dernier alors que le chien Julius avait attaqué et mordu une enfant âgée aujourd’hui de huit ans. La fillette avait notamment subi des perforations profondes nécessitant des points de suture et la prise d’antibiotiques. Le chien de race berger australien avait échappé à la surveillance de ses maîtres et s’était dirigé sur le terrain du voisin où deux jeunes filles étaient en train de jouer.

Présente dans la salle du conseil lorsque le verdict est tombé, la propriétaire de Julius, Marilyn St-Arnaud, était visiblement très triste et ne comprenait pas la décision des élus.

«Les gens qui vous ont interpellés et qui disent qu’un chien qui mord, c’est un chien qui mord, ce ne sont pas des experts en comportement canin», a-t-elle simplement déclaré la voix remplie de sanglots quand le maire Michel Angers lui a offert de prendre la parole.

Également présent, le conjoint de Mme St-Arnaud, Pierrick Lethiecq, a quant à lui tant bien que mal tenté de faire renverser la décision en y allant d’un long plaidoyer de plusieurs minutes. Sans amoindrir aucunement la gravité de l’attaque du chien de sa conjointe, qu’il considère comme le sien à la lumière de ses propos, et des blessures subies par la fillette, il a demandé aux membres du conseil pourquoi ils n’ont pas suivi les récentes recommandations de la vétérinaire. Selon lui, cette dernière ne croyait pas que Julius méritait un tel sort. Fait à noter, le conseil a clairement indiqué qu’il rejetait les mesures proposées par la SPA Mauricie en ordonnant l’euthanasie de cet animal.

«Avec une cote de dangerosité de cinq sur dix [que Julius a obtenue], elle m’a dit clairement qu’elle ne recommandait pas l’euthanasie. Quand elle croit que le chien doit être euthanasié, elle écrit automatiquement neuf sur dix», a lancé M. Lethiecq.

Prenant entièrement le blâme, car il considère que Julius est sorti de la résidence du couple sans laisse par sa faute, il a assuré que sa conjointe et lui ont pris toutes les mesures afin que de tels événements ne se reproduisent plus jamais. Il a ajouté que toute cette histoire leur avait causé un stress énorme.

Conscients de la peine que cause leur décision aux maîtres de Julius, les élus leur ont expliqué qu’ils l’avaient prise en priorisant la sécurité des citoyens. Ils ne pouvaient donc pas courir le risque d’une récidive.

En plus du maire Michel Angers, les conseillers Nancy Déziel et Claude Grenier ont tenu à s’adresser à Mme St-Arnaud et M. Lethiecq. Lui-même propriétaire de chiens, M. Grenier a entre autres indiqué qu’il comprenait leur peine.

«Si je perdais un chien, je serais également à l’envers. J’ai déjà eu un chien qui a mordu et j’ai dû le faire euthanasier. J’ai eu mal pendant longtemps», a-t-il raconté.

Depuis que Québec a adopté des règles plus strictes concernant les chiens dangereux, c’est la deuxième fois que la Ville de Shawinigan doit prendre une décision sur un animal.

Rappelons qu’en mai dernier, le pitbull Bloody avait été euthanasié après avoir attaqué mortellement un yorkshire miniature le 25 avril dernier. Le conseil municipal s’était basé sur deux rapports de vétérinaires pour prendre sa décision. Les élus jugeaient qu’il représentait un risque trop élevé pour la population.

Création d’un comité

Considérant que les élus municipaux n’ont pas nécessairement les compétences requises pour statuer sur l’état comportemental d’un chien, le maire Angers indique que ces décisions seront bientôt prises par un comité, qui fera ensuite ses recommandations au conseil municipal. Cette nouvelle instance sera formée de la greffière de la Ville, du chef du Service des incendies – qui est le responsable quand il est question quand il est question de dossiers touchant la SPA Mauricie – ainsi que d’un expert en comportement animal.

«Dans l’éventualité où les citoyens ne sont pas en accord avec une décision, il y aura un appel», a souligné le maire Angers.