Le ministre des Finances, Eric Girard propose un régime à prestations cibles, inclus dans sa Mise à jour économique du 7 novembre dernier.
Le ministre des Finances, Eric Girard propose un régime à prestations cibles, inclus dans sa Mise à jour économique du 7 novembre dernier.

Assurance des pensions: Girard dit non aux retraités pénalisés

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Hier, c’était les retraités de Sears et de la White Birch. Aujourd’hui, c’est Groupe Capitales Médias. Demain, ceux de Bombardier?

«Quand j’ai commencé au Sears de Place Fleur de Lys, en 1972, j’avais mon package de bienvenue et c’était garanti à vie. Mais ce que je n’ai pas compris, c’est que c’était garanti à vie de l’entreprise, pas garanti à ma vie!» s’est exprimé Claude Sénéchal, mardi, au parlement de Québec.

M. Sénéchal et une vingtaine de représentants de groupes de retraités réunissant 30 000 Québécois ont imploré le gouvernement de mettre en place un régime québécois d’assurance des fonds de retraite. Ils étaient épaulés par deux députés du Parti québécois.

Cela se fait depuis 40 ans en Ontario, province souvent citée en modèle par le premier ministre François Legault et son équipe.

Le ministre des Finances, Eric Girard, a toutefois repoussé l’idée. Trois fois plutôt qu’une. En mêlée de presse, puis à la période de questions, en plein Salon bleu. La motion du PQ sur le seul fait d’étudier la question a ensuite été battue.

«Pas d’appétit»

«Lorsqu’on parle d’une assurance, il y a des primes. Et les primes seraient payées majoritairement par les employeurs. Or, lorsqu’on compare le Québec et l’Ontario, le Québec impose déjà plus ses entreprises. Alors, il n’y a pas d’appétit pour augmenter le fardeau fiscal de nos entreprises», rétorque le ministre, parlant d’un «désavantage compétitif» déjà existant de 25 %.

M. Girard propose un régime à prestations cibles, inclus dans sa Mise à jour économique du 7 novembre dernier. Régime hybride où les prestations déterminées peuvent être ajustées selon la situation financière du régime.

Depuis la faillite de 2017, M. Sénéchal et les 3000 retraités de Sears au Québec épongent chaque mois 30 % de pertes sèches sur leur rente. En Ontario, 93 % des retraités de Sears Canada encaissent leur pension complète grâce au système public d’assurance des régimes de retraite. Les 7 % restants recevaient auparavant davantage que le maximum garanti de 1500 $ par mois.

Les entreprises de la province voisine paient 41,25 $ par employé, par année, et 835 000 retraités en profitent. États-Unis et Grande-Bretagne ont le même système.

100 M $ perdus par année

Député péquiste de Bonaventure, Sylvain Roy estime que «nous assistons à l’émergence d’une nouvelle catégorie de pauvres, qui sont les retraités qui se font usurper une partie de leur fonds de pension».

«On parle de 15 384 retraités qui ont perdu environ 30 % de leur fonds de pension. [Pour] un montant très conservateur de 100 millions $ par année», dit M. Roy, y voyant du «mépris générationnel».

Le 1er février, les 948 retraités des six journaux quotidiens du Groupe Capitales Médias, dont faisait partie Le Soleil, ont reçu un chèque amputé de 26 à 29 %. Les employés actifs perdent autant.

Et le député Roy de prédire : «On a aussi le dossier de Bombardier qui aurait un déficit de 4 milliards $ dans son fonds de pension et la voie est tracée pour transférer des entreprises en mettant en jeu la viabilité des fonds de pension. Il y a fort à parier qu’ils vont essayer d’appliquer le même stratagème à leurs retraités actuels et futurs.»