Le magasin Écotone de Trois-Rivières a fermé ses portes samedi dernier.

Armes à feu: «Il faut que le gouvernement applique sa loi»

Trois-Rivières — Les ventes en ligne et l’absence de pénalités pour les propriétaires d’arme à feu non enregistrée sont les facteurs qui ont mené à la fermeture de la succursale trifluvienne du magasin Écotone du boulevard des Récollets samedi dernier.

Le principal irritant que déplore le propriétaire Patrice Mongrain, c’est le manque de sanctions pour les gens qui possèdent une arme à feu non enregistrée. «Il faut que le gouvernement applique sa loi. S’il ne l’applique pas, rien ne va avancer», clame-t-il. «Nos armes quand on les vend aux consommateurs, il faut faire l’enregistrement. Jusque-là, ce n’est pas un problème pour moi. C’est un choix de société. Au Québec, on a décidé qu’on enregistrait les armes. La problématique c’est que je dois vendre des armes enregistrées mais que le client qui l’achète hors Québec ne l’enregistre pas et il n’y a pas d’infraction à ça. Je suis pris avec une loi qui me pénalise.» Rappelons que plusieurs propriétaires d’arme à feu ne les enregistrent pas en guise de protestation pour le système mis en place par le gouvernement.

Dans les trois entreprises que M. Mongrain possède avec un autre associé, les ventes d’armes représentent une diminution de 60 % du chiffre d’affaires pour la dernière année. «On dit au consommateur achète [ton arme] ailleurs, enregistre-la pas et en plus, on ne te charge pas les taxes...», soupire M. Mongrain. «Ça aucun bon sens!»

Patrice Mongrain est loin de vouloir remettre en question la mise en place du registre. «Un coup que le registre est là, je ne suis pas contre ça! Là où je suis contre, c’est que le gouvernement n’applique pas la loi. C’est là le problème. Moi, je suis obligé de la respecter parce que les entreprises sont talonnées pour qu’on le fasse mais, par contre, le citoyen n’a pas de pénalité quand il l’achète ailleurs. On est bien mal foutu avec ça comme entreprise.» En ce qui concerne les armes à feu, la concurrence principale vient, selon M. Mongrain, des autres provinces canadiennes et non des États-Unis qui n’acheminent aucune arme à des particuliers canadiens.

Patrice Mongrain martèle aussi que le commerce en ligne rend la vie impossible aux commerçants au détail. «Dans mon domaine, on n’est pas compétitif en chargeant une taxe (TVQ) que les autres provinces ne chargent pas quand les produits sont vendus en ligne», mentionnait-il en entrevue téléphonique. «Même les magasins qui ont des sites transactionnels n’arrivent pas à éclore à cause des prix. La différence est trop grosse.» Comme le commerce offre des produits qui ont une valeur élevée, le 10 % de taxe peut représenter une somme non négligeable. «On vend des produits plus chers alors la taxe équivaut à un 100 $ ou 150 $ de rabais (pour les articles achetés à l’extérieur du Québec).»

«Le moyen de taxation est désuet. On peut commander de partout sur la planète. On ne peut pas avoir une taxe seulement pour les commerçants locaux et pas pour les commerçants d’ailleurs qui peuvent vendre la même chose chez vous! Même la taxe de la Ville pour les locaux, la taxe d’affaires, c’est à revoir. Malheureusement, à la vitesse où ça va... C’est un gros combat parce qu’on n’est pas à armes égales avec la compétition.»

Le créneau principal du magasin Écotone est la pêche. Les articles de chasse lui permettaient de combler la saison hivernale et d’assurer un roulement à l’année. «Quand on n’est pas capable de bien faire dans la chasse, notre temps mort est trop long. C’est ce qui rend l’entreprise non viable.»

La réflexion de Patrice Mongrain était amorcée depuis novembre 2018. «On a fait des analyses de marché. Dans le commerce au détail, on ne peut pas faire des analyses de 10 ans. On fait des analyses de 2 à 3 ans et 3 ans c’est considéré comme du long terme. On a décidé à partir de là que ce n’était pas viable pour les trois prochaines années. J’ai décidé de fermer la boutique avant qu’elle ne soit plus viable.» L’arrivée de gros joueurs comme Latulipe est venue confirmer sa décision.

Patrice Mongranin mentionne qu’il faut s’attendre à voir d’autres joueurs du commerce au détail tomber au combat prochainement. «Dans le réseau de la chasse et de la pêche, il y a plusieurs magasins qui vont fermer dans les prochains mois. Il y en aura même dans une semaine ou deux. Il n’y en a pas en Mauricie, à ce que je sache, mais il y en a dans les autres régions.»

Dans les prochains mois, Patrice Mongrain et son associé vont concentrer leurs efforts sur leurs deux autres boutiques situées à Drummondville et à Roxton Falls qui, elles, ne sont pas menacées. «Ce sont de plus petits magasins donc on est capable de résister parce que nos prix fixes sont plus bas.»

Dix personnes ont perdu leur emploi à la suite de la fermeture définitive du magasin samedi. «Ce sont de très bons employés alors on travaille fort pour qu’ils se trouvent un nouvel emploi et qu’ils ne se retrouvent pas sans emploi à Noël. Quand tu es entrepreneur, tu as une partie de responsabilité. On reste une petite entreprise. Je les voyais plus que mes propres enfants!», laisse-t-il tomber. Trois d’entre eux y travaillaient depuis l’ouverture il y a 13 ans.