Jean-François Gagnon et Nicole Jacobs de Trois-Rivières remontent tranquillement la pente après que l’homme ait été lourdement affecté par le coronavirus.
Jean-François Gagnon et Nicole Jacobs de Trois-Rivières remontent tranquillement la pente après que l’homme ait été lourdement affecté par le coronavirus.

Après 53 jours à l’hôpital, dont 18 dans le coma: «Les médecins disent que je suis un miraculé»  [VIDÉO]

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — «Tu es gavé, tu portes une couche, tu ne peux pas marcher, pas boire d’eau et tu n’as pas de force. Et là, tu entends le monde dire: il n’y a rien là, c’est juste une grippe. Eh bien!»

Jean-François Gagnon revient de loin. Le Trifluvien de 59 ans qui a contracté la COVID-19 au printemps dernier a dû passer 53 jours à l’hôpital, dont 18 dans le coma, avant de commencer une lente réhabilitation qui le laisse inapte au travail pour le moment. Entre deux séances de physiothérapie et l’angoisse de ne jamais pouvoir complètement retrouver ses facultés motrices, il lance un message de prévention à toute la population, lui qui s’inquiète de voir que plusieurs banalisent encore les effets du coronavirus.

«Je sais que c’est plate en ce moment, que c’est difficile de rester chacun chez soi, de devoir limiter nos contacts. Mais c’est un effort collectif. Il faut que tout le monde s’y mette. Est-ce qu’on peut prendre la chance de faire une affaire comme ce qui m’est arrivé? Moi, je ne l’aurais pas essayé», lance-t-il.

Jean-François Gagnon a été terrassé par le coronavirus au printemps dernier, au tout début de la pandémie, alors qu’il revenait de voyage en République dominicaine. Encore aujourd’hui, il ne pourra jamais affirmer avec certitude où il a pu attraper la COVID-19, mais il soupçonne que ça se soit passé à son retour au Québec, puisque l’enquête épidémiologique a révélé que personne dans l’avion de retour, outre lui, n’a été testé positif.

En quelques jours, son état s’est dégradé si rapidement qu’il n’arrivait plus à se lever de son lit, ressentant de la douleur jusque dans les jointures, raconte-t-il. Les symptômes se multipliaient en attendant les résultats du test de dépistage, dont la perte du goût et de l’odorat. Une poussée de fièvre et des frissons extrêmes auront fait en sorte que sa conjointe a appelé le 811, alors que l’homme respirait à raison de 40 respirations aux 30 secondes.

«On nous a dit d’aller tout de suite à l’hôpital, car il était en détresse respiratoire sévère. Il a même eu du mal à descendre trois marches pour embarquer dans l’auto», se souvient sa conjointe Nicole Jacobs.

Arrivé au CHAUR, Jean-François Gagnon a été pris immédiatement en charge, son état n’inspirait rien de bon. «Ça s’était jeté dans ses deux poumons, qui étaient atteints à 75 %. Ils l’ont emmené aux soins intensifs pour l’intuber tout de suite. Je ne pouvais pas rester, car j’avais été en contact avec lui et je devais aller me confiner. Quelques heures plus tard, on m’a appelée pour me dire qu’il était vraiment très malade et que je devais me préparer au pire», se souvient Mme Jacobs, très émotive. La dame — elle en est la première surprise — n’a pour sa part eu aucun symptôme de la maladie.

Durant 18 jours, l’homme a été plongé dans un coma afin de pouvoir stabiliser son état. Nicole Jacobs restait confinée chez elle, accrochée au téléphone pour ne pas rater l’appel quotidien du médecin, de qui elle redoutait d’apprendre tout simplement le décès de son conjoint.

Au bout de 18 jours, lors de son réveil, il a pu être transféré dans une autre aile des soins intensifs, où il était gavé et devait porter une couche. Une expérience que l’homme ne pensait jamais vivre à son âge.

Lors de l’évaluation de son état général, le constat a été frappant: le coronavirus avait fait beaucoup de ravages en ne s’attaquant pas qu’aux poumons, mais aussi au système nerveux en plus de le laisser avec une tachycardie. Impossible encore à ce jour de savoir si cette condition cardiaque sera permanente chez lui.

«J’avais une jambe qui ne fonctionnait pas du tout. Mon visage a encore une forme de paralysie. Ma langue est engourdie à peu près tout le temps, et ça a joué aussi sur le sens du goût. Si c’est dans les extrêmes, trop salé ou trop sucré par exemple, c’est vraiment violent», constate-t-il.

Après un séjour au Centre de réadaptation Interval pour reprendre des forces, il a pu rentrer à la maison, mais doit continuer encore aujourd’hui des séances de physiothérapie plusieurs fois par semaine pour tenter de retrouver de la force dans cette jambe, qui ne fonctionne encore qu’à 50 %. Il n’a pas encore repris son travail de mécanicien en véhicule lourd, ce qui visiblement l’affecte beaucoup.

«La question qui revient tout le temps te hanter, c’est: est-ce que ça va toujours rester de même? Est-ce que je vais pouvoir revenir comme avant ou si c’est permanent», questionne Jean-François Gagnon qui, avant toute cette mésaventure, avait une santé de fer et était très actif. Le couple préparait tranquillement une retraite où il comptait en profiter. Tout semble pour le moment mis sur pause, en attendant de voir si son état s’améliore.

Pour sa conjointe aussi, les impacts sont importants. «J’ai été mise en arrêt de travail, je suis allée consulter pour m’aider à passer au travers. Je sais qu’il n’est plus le même qu’avant. C’est un deuil que j’ai à faire et qu’on a à faire ensemble, celui du Jean-François d’avant. Mais j’admire son ambition, je sais qu’il veut revenir comme avant et il fait les efforts pour y arriver. Il faut juste accepter que ça va prendre du temps», constate Mme Jacobs, qui dit recevoir énormément de soutien de ses deux filles, de sa famille et de plusieurs proches.

En attendant de voir sa condition s’améliorer, Jean-François Gagnon prend part à un protocole de recherche mené par l’UQTR auprès de personnes ayant contracté le coronavirus. «Si mon cas peut aider à faire avancer plus vite la science, c’est tant mieux. Les médecins disent que je suis un miraculé, il faut bien que ça serve à quelque chose», croit celui qui souligne du même souffle le travail remarquable des équipes médicales et des infirmières qui ont été à ses côtés.

«C’est mon miracle, en effet. Et je veux l’avoir avec moi pour encore longtemps», ajoute Nicole Jacobs.