Pour les commerçants du centre-ville de Trois-Rivières, la venue du Grand Prix de Trois-Rivières est une véritable manne, mais elle n’aura pas lieu en 2020.
Pour les commerçants du centre-ville de Trois-Rivières, la venue du Grand Prix de Trois-Rivières est une véritable manne, mais elle n’aura pas lieu en 2020.

Annulation du Grand Prix de Trois-Rivières: «Ça ne se remplace pas»

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Même si l’annonce était attendue compte tenu des directives dictées par le gouvernement Legault au sujet des événements estivaux jusqu’au 31 août, l’annulation du Grand Prix de Trois-Rivières est reçue comme une autre claque au visage des commerçants du centre-ville de Trois-Rivières. Difficile, dans les circonstances, de croire que les hôteliers, restaurateurs et autres commerçants pourront avoir, en 2020, un été digne des années précédentes.

«Le Grand Prix de Trois-Rivières, c’est majeur et ça ne se remplace pas», résume Gena Déziel, directrice générale de Trois-Rivières Centre. L’organisme qui offre notamment des services aux commerçants du centre-ville à travers divers programmes craint désormais que le report de tous les événements estivaux puissent menacer la survie de plusieurs commerces.

«C’est la crainte un peu partout, dans la plupart des centres-villes du monde ces temps-ci, et on n’y fait pas exception. La distanciation empêche énormément de choses en ce moment, et ce, sur l’ensemble de la planète, et on n’aura pas le choix de mettre en place des mesures pour ajuster l’offre tout en respectant les directives gouvernementales. Mais oui, ça risque de faire mal», indique Mme Déziel.

Au restaurant Le Poivre Noir, l’annulation coup sur coup de tous les événements qui attiraient des milliers de personnes au centre-ville l’été a de quoi donner le vertige. «On n’a vraiment aucune idée de ce qu’aura l’air l’été. Ça fait treize ans que nous sommes en affaires, et ce sera la première fois de tous les temps qu’on va vivre une situation comme celle-là», mentionne le propriétaire, José-Pierre Durand. Ce dernier ne cache pas que la saison estivale, pour les restaurateurs, c’est la saison la plus importante pour le chiffre d’affaires annuel, et qu’à l’intérieur de cette saison, les jours de Grand Prix sont ni plus ni moins que le summum de l’été.

Pour le moment, les propriétaires du Poivre Noir estiment bien s’en sortir, eux qui ont mis en place une offre en formule à emporter et en livraison les vendredis et samedis soirs, une offre qui affiche pratiquement complet chaque semaine depuis son lancement. «Nous sommes réellement bénis des dieux, car on a une clientèle fidèle et qui est au rendez-vous. Mais on pense à l’après, à tout ce que ça va vouloir dire pour le milieu de la restauration. Tout dépendra des restrictions qui seront imposées lorsque ça va redémarrer, mais le milieu de la restauration va devoir se transformer je pense. On aura une structure à réinventer, d’une certaine façon», ajoute José-Pierre Durand.

À la Maison de Débauche par le Carlito, la fin de semaine du Grand Prix de Trois-Rivières est, chaque année, la plus grosse fin de semaine de l’été, à égalité avec la tenue de Trois-Rivières en Blues, aussi annulé en 2020. «C’est évidemment une grosse perte, et ça s’ajoute aussi à la perte du Cirque du Soleil qu’on connaissait déjà. En plus, le Grand Prix, ce n’est pas juste du monde dans nos restaurants, mais c’est aussi une visibilité internationale qui amène des gens à Trois-Rivières le reste de l’année», mentionne le copropriétaire, Dany Bruneau.

Éternel optimiste, M. Bruneau indique qu’il aimerait bien voir les affaires reprendre graduellement dans l’industrie de la restauration d’ici la fin du mois de mai. «Ça va dépendre des mesures qui seront imposées par le gouvernement. Mais malgré l’annulation des événements, je garde espoir que les gens auront plus que jamais envie de sortir et d’en profiter. De notre côté, nous sommes prêts à mettre en place toutes les mesures qui seront nécessaires pour que ce soit sécuritaire pour les clients et nos employés afin qu’on puisse quand même en profiter», mentionne Dany Bruneau.

Chez les hôteliers, la situation actuelle force à réinventer l’offre touristique pour la prochaine saison, histoire de sauver ce qu’il reste à sauver pour cette industrie qui, déjà à la base, pouvait compter chaque été sur au moins 30 % de la clientèle qui provenait de l’étranger.

C’est l’avis de Gilles Babin, propriétaire de l’hôtel Oui Go, pour qui les efforts se concentrent désormais à penser à une offre forfaitaire pour le tourisme de plein air, les circuits agro-touristiques et les partenariats avec les institutions déjà existantes et qui pourraient reprendre une vie économique normale plus rapidement que, par exemple, l’événementiel.

«L’offre qui était grandement basée sur le festif et l’événementiel va être appelée à se diversifier, et il va falloir se serrer les coudes avec tout le monde. Par contre, les événements qui ont dû annuler ont beaucoup fait circuler le message que tout était reporté à 2021, et ça se ressent dans nos réservations. Les gens déplacent leurs réservations pour l’année prochaine, ce qui est tout de même positif car ça nous permet d’envisager le futur à partir d’une certaine base», évoque M. Babin.

Aide

Chez Trois-Rivières Centre, on planche déjà sur des mesures d’aide à apporter aux entreprises qui auront souffert de la crise, des mesures qui deviendront complémentaires à l’aide déjà offerte par les divers paliers de gouvernement de même que par Innovation et développement économique Trois-Rivières.

«Plusieurs économistes partout au pays nous disent déjà que certaines entreprises et certains commerçants ne passeront pas au travers. Nous on veut mettre des mesures en place pour aider et éviter autant que possible que ça arrive. On travaille sur une offre qui pourra véritablement s’adapter aux besoins et aux réalités de chacun. On peut penser à de l’accompagnement pour le redressement financier, pour la gestion en général, pour les négociations avec des fournisseurs, pour de la formation pour favoriser la transition vers le numérique», énumère Gena Déziel, confirmant que les programmes devraient être annoncés au cours des prochaines semaines.