La designer Nancy Gagné encaisse difficilement l’annulation de l’Expo habitat de Trois-Rivières.
La designer Nancy Gagné encaisse difficilement l’annulation de l’Expo habitat de Trois-Rivières.

Annulation d’Expo habitat: «Ça nous brise le cœur»

Sébastien Houle
Sébastien Houle
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — La centaine d’exposants qui s’apprêtait à accueillir le public jeudi soir, à l’occasion de l’ouverture d’Expo habitat Mauricie, a été frappée de plein fouet par l’annonce en après-midi des mesures visant à contenir la propagation du coronavirus. Pour plusieurs, ce sont des semaines de préparatifs, des milliers de dollars d’investissement et l’expectative d’un carnet de commandes à remplir qui viennent de s’envoler.

Nancy Gagné trouve le coup particulièrement difficile à encaisser. La designer trifluvienne mettait la touche finale à la décoration de la maison modèle, grandeur réelle, qui fait office de salle de démonstration pour quelque 25 entrepreneurs de la région, quand on lui a appris la nouvelle. 

Cela fait une semaine que Mme Gagné travaille de sept heures le matin jusqu’à minuit afin que tout soit prêt pour l’ouverture du salon. Le projet de 2500 pieds carrés est l’attraction centrale de l’événement. Chaque pièce met en valeur le savoir-faire des différents partenaires du projet et présente ce qu’ils ont de mieux à offrir en termes de design intérieur, souligne l’exposante déçue.

Pour la designer, c’est une année de préparations et de planification qui ne trouvera pas son aboutissement. Événement phare des activités professionnelles de l’entrepreneuse, celui-ci a des retombées tout au long de l’année, explique-t-elle, encore sous le choc. «Ça fait une heure qu’on le sait, c’est vraiment dur, on est fâché, on est déçu, on passe par toute une gamme d’émotions», indique, doublement surprise, celle qui n’avait pas eu le temps de suivre l’actualité des derniers jours. 

Louis Ricard, copropriétaire de Piscine Saint-Louis tente d’aborder la situation avec philosophie tandis qu’on s’affairait à démonter ce qu’on venait tout juste de terminer.

Elle estime à 50 000 $ l’investissement qui vient d’être perdu. Sans compter les heures nécessaires à la réalisation de l’entreprise. «C’est la plus belle maison qu’on avait faite, on avait hâte de voir la réaction des gens», se désole-t-elle.

Pour Louis Ricard, copropriétaire de Piscine Saint-Louis, dans le secteur Saint-Louis-de-France, la nouvelle de l’annulation de l’exposition est tout aussi cruelle. Celui qui en est à sa quinzième participation à l’événement qui attendait 12 000 visiteurs s’était joint cette année au projet de Mme Gagné, en aménageant la cour arrière.

Un spa bouillonnait encore tandis qu’on absorbait le choc. Le projet avait visiblement été conçu pour faire rêver. Barbecue, patio, solarium, mobilier de jardin, on n’avait pas ménagé les efforts pour en mettre plein la vue. L’entrepreneur explique qu’une équipe de huit à douze représentants était mobilisée en permanence pour faire des contacts avec le public. 

Philosophe, M. Ricard tentait de trouver une consolation dans la perspective d’éventuellement voir les gens investir leurs économies dans des rénovations plutôt que des projets de voyage. 

Du côté des organisateurs, la nouvelle était tout aussi amère. «On gère notre peine», illustre Maxime Rodrigue, directeur général de l’APCHQ Mauricie-Lanaudière, promoteur de l’événement.

Stratégiquement situé à l’approche du printemps, ce dernier sert de coup d’envoi de la saison pour nombre d’entrepreneurs, explique M. Rodrigue. 

Si celui-ci convient que la santé publique doit primer sur toutes autres considérations et qu’on avait vérifié auprès du bureau du premier ministre «pour bien comprendre le sens de la directive», le choc n’en est pas moins brutal. «On va s’y plier, même si ça nous brise le cœur», laisse-t-il tomber. 

La nouvelle était encore trop fraîche pour aborder la question du dédommagement des exposants, qui avaient défrayé les coûts de location de leur kiosque. «On s’occupe du côté humain pour l’instant, on s’occupera du côté business plus tard», déclare M. Rodrigue.